L’indépendance d’esprit d’Einstein ne s’exprime pas seulement dans le domaine scientifique, mais aussi quand il s’oppose à la tendance politique générale et signe le contre-appel « Aux Européens » du physiologiste et pacifiste berlinois Georg Friedrich Nicolaï. Ce dernier préconisait le pouvoir de la raison, l’arrêt de la guerre le plus rapidement possible et l’entente entre les peuples. Einstein ne s’en tint pas à la signature de cet appel, mais participa en automne 1914 à la fondation de l’association pacifiste Nouvelle patrie, qui devint pendant la guerre une organisation d’intellectuels de gauche d’abord surveillée par la police et l’armée impériales, puis finalement interdite en février 1916. Einstein lui-même devint suspect aux yeux de la police. Ainsi, en mars 1916, l’autorité militaire basée à Berlin demanda à l’Académie de cette ville des informations sur l’un de ses membres et, en janvier 1918, on trouve le nom d’Einstein sur une liste, établie par la police, de pacifistes de renom habitant Berlin et ses environs. Depuis 1916, les autorités faisaient même fait suivre Einstein par un indicateur. Ce dernier rapporta qu’Einstein, bien que membre de l’association Nouvelle patrie, ne s’était pas fait remarquer jusque-là comme agitateur du mouvement pacifiste : les enquêtes de moralité avaient montré qu’il jouissait d’une excellente réputation.
Entre-temps parut un rapport beaucoup plus accablant, d’un tout autre genre : celui de l’écrivain pacifiste Romain Rolland, qui constata après une entrevue avec Einstein sur le territoire neutre de la Suisse : « Einstein espère une victoire des Alliés, qui anéantirait le pouvoir de la Prusse et de la dynastie prussienne … Tout autre que lui aurait souffert… de se sentir isolé dans ses convictions, lui non. Il en riait même. Il a réussi à rédiger pendant la guerre son œuvre scientifique la plus importante. » Avec la théorie de la relativité générale et la confirmation expérimentale durant l’été 1919 d’une de ses conséquences les plus importantes, la déviation gravitationnelle de la lumière, Einstein devint célèbre dans le monde entier, une idole pour un public qui ne se limitait pas, loin s’en faut, aux scientifiques.







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