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Interview d'Alain Jaubert - 02/06/06

Palettes la suite...

ARTE : Quels ont été les échos des critiques par rapport à l'émission?

Alain Jaubert : Je ne peux pas le dire. La série semble faire l'unanimité. Il y a des professeurs qui se servent des cassettes pour des cours de civilisation ou pour des cours d'art graphique. Chaque tableau peut être une source d'information ou dérouler des fils pour les professeurs. Je suis étonné que des petits enfants plutôt branchés sur Madonna ou sur le rap restent à l'écoute lors de ces projections.
Je reçois beaucoup de courrier mais peu de critiques, souvent des questions, des propositions ou des informations supplémentaires sur certains tableaux..


Est-ce que Palettes est une émission de vulgarisation?

Alain Jaubert : Oui, en effet, on peut parler de vulgarisation. C'est parti d'une réflexion que je menais dans les années 80 sur la vulgarisation scientifique: faire passer les concepts scientifiques dans un discours télévisuel. Je n'ai pas appliqué ce concept sur la science mais sur Palettes. Il n'y a rien d'aussi compliqué soit-il que l'on ne puisse faire passer d'une façon ou d'une autre.


Envisagez-vous une série du type "Palettes" mais sur un autre art, comme la musique, l'écriture?

Alain Jaubert : Oui, il y a un projet sur les partitions musicales. Mais, c'est beaucoup plus difficile. On ne pourrait pas par exemple diffuser toute la Cinquième Symphonie de Mahler. Cela prendrait trop de temps. Par contre, utiliser les outils vidéographiques pour montrer à la fois la partition, les gestes du chef d'orchestre ou de l'interprète, et décomposer le son, ce serait l'idéal. L'explication serait alors plus scientifique que dans Palettes.
Dans Palettes, vous pouvez laisser partir le flot d'informations à la dérive, vous êtes toujours dans la fascination des yeux. Dès qu'on tourne des scènes à l'extérieur dans des paysages aussi merveilleux que la Toscane, Venise, ou Bruges... on les jette immédiatement.
Dès que l'on sort de l'univers du tableau, c'est désastreux. La fascination du tableau ne supporte pas la confrontation avec le réel.


Comment en êtes-vous arrivé à la peinture?

Alain Jaubert : Je suis né à une époque où il y avait une censure très forte. Donc mon initiation au plaisir des yeux s'est faite au Louvre où l'on pouvait voir des scènes étranges et fascinantes, et des femmes nues... Tous les grands sujets de la peinture classique sont à la fois violents et érotiques. La jouissance du spectateur se fait par la beauté plastique, le plaisir de la touche, etc..
Mais la jouissance physique est très difficile à rendre, donc j'en parle peu à Palettes. Tout entre en jeu: la perception physique, le corps, l'odorat, le champ de vision, etc.. C'est une gymnastique de l'oeil et du cerveau qui est une très grande source de jouissance. C'est aussi excitant que de s'asseoir dans un fauteuil pour écouter une symphonie de Mozart.


Pratiquez-vous la peinture?

Alain Jaubert : Je n'ai jamais osé pendant des années. Je me suis mis à la peinture à l'huile (c'est bien plus facile) avec beaucoup de plaisir il y a trois ou quatre ans de cela. Mais je n'ai pas vraiment le temps. Je pense qu'on peut être un très bon aquarelliste et un très bon dessinateur même si l'on a une autre activité. Mais peindre vraiment, à la peinture à l'huile, ou faire du pastel, demande beaucoup de temps et d'espace.


Pensez-vous aborder dans la suite de Palettes des oeuvres africaines ou orientales?

Alain Jaubert : Il y a très peu de peintures africaines classiques. J'ai déjà abordé la miniature persane, j'aimerais bien faire une oeuvre de la peinture chinoise. C'est difficile parce qu'il s'agit vraiment d'un autre univers. La peinture chinoise est un univers extrêmement répétitif, avec des normes, des canons classiques, etc.. Je voudrais faire aussi l'icône, byzantine et russe, parce que c'est un univers qui a évolué parallèlement à l'univers de la peinture occidentale, qui est resté très figé, lié à des dogmes sur l'interdit des images. Ce sont aujourd'hui malheureusement des interdits qui reviennent et qui sont vraiment d'actualité.


Qu'en sera-t-il de Palettes dans vingt ans?

Alain Jaubert : Mektoub! Si ARTE survit, ARTE aura le pouvoir de faire survivre Palettes. On a beaucoup de discussions pour savoir s'il faut s'arrêter au 50ème numéro ou si l'on continue encore un peu...Cela dépend de beaucoup de paramètres, de la désaffection ou de l'affection du public. Je pense que la série n'a pas encore connu tout son développement, puisque c'est la première fois qu'elle passe intégralement sur ARTE, elle peut encore passer sur toutes les autre chaînes. En plus c'est une série non contingente, donc elle ne vieillira pas vraiment.
Palettes reste très modeste, très ouverte, elle laisse la possibilité à d'autres théories, à d'autres hypothèses, et à d'autres interprétations, de s'exprimer. Ce n'est qu'une narration en image. Il n'y a pas d'interrogation écrite à la sortie. Ce qui est intéressant c'est que, du début à la fin, il y a une énigme, du suspens, des mystères que l'on dévoile petit à petit, comme dans un film policier. Je raconte les aventures et les mésaventures d'un tableau, avec toute un série d'informations qu'il n'est pas nécessaire de retenir. C'est la capacité d'un tableau à engendrer une narration qui me plaît.

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Interview d'Alain Jaubert
Réalisée en 1998 à l'occasion de la diffusion compléte de la collection Palettes sur ARTE
par Anne Gross, Emmanuel Heyd et José Correia
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Edité le : 31-05-06
Dernière mise à jour le : 02-06-06