Federico Fellini déclara un jour à son scénariste Tonino Guerra, au sujet des problèmes de représentation et de distribution des films : « Nous construisons des avions mais nous n’avons pas d’aéroports ». Si tant est que les festivals de cinéma sont des aéroports, Locarno paraît s’efforcer d’obéir à leurs nouvelles normes européennes. Il se dote d’un nombre vertigineux de sections qui sont autant de parois, de lounge et de terminaux supplémentaires. C’est un dédale où le critique évolue à tâtons, certain que sont postés ici et là des bons films jamais assurés d’une carrière en salles, et résolu à ne pas forcément avoir le loisir de les dénicher. Pas plus qu’il ne fera au cours de la manifestation la synthèse des enjeux politiques et économiques tout aussi nombreux et même majoritaires qui le dépassent simplement ou ne l’impliquent aucunement. Contredit par la sérénité du Lac Majeur, Locarno a souvent donné l’impression d’être une grande foire plus qu’un festival, à laquelle il ne manque rien, pas même une traditionnelle exposition des clichés N&B et des photogravures dérangeantes de David Lynch, baptisée « USA, Solo Exhibition », voire une seconde due à Simon Edelstein, dédiée aux salles de cinéma à travers le monde et intitulée judicieusement « Mélancolie ».
Ces conditions sont acceptées par les différents participants. Elles sont reproduites chaque année au cours de cette véritable suite Suisse, mais une autre certitude demeure : la révélation des auteurs, même si ce phénomène est souvent reconnu à sa juste valeur avec le décalage nécessaire. Qui se souvient forcément que le hongrois Kornél Mondruczó, avant de briller cette année au sein de la compétition cannoise avec « Delta », son troisième long métrage, obtint un Léopard d’Argent six ans auparavant à Locarno pour son inaugural « Pleasant Days » ?
La soixante et unième édition du festival tessinois s’est conclue en tout cas par l’attribution du Léopard d’Or à « Parque Via », révélation effective et première œuvre du mexicain Enrique Rivero, qui figure la réclusion d’un homme dans une maison qui appartient à un autre et s’apprête à être vendue. Misant sur le naturel des comédiens non professionnels, répétant peu et encourageant la spontanéité, le cinéaste longtemps établi à Madrid porte un regard plus ou moins renouvelé sur la mégalopole de Mexico qui l’a vu naître. Récipiendaire du Prix Spécial du Jury, « 33 Scenes of Life » de Malgoska Szumowska confirme quant à lui la résurgence du cinéma polonais sur la scène internationale au travers d’une fiction qui s’attache à l’exutoire d’une jeune artiste confrontée à la maladie et la désagrégation du nid familial. Fidèle à son envergure, Locarno comprend aussi différents jurys qui, cette année, auront décerné plus d’une vingtaine de prix, mentions non comprises !
Julien WelterPrincipales Récompenses
Léopard d’Or«
Parque Via » d’Enrique Rivero
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[...]Prix Spécial du Jury & Deuxième Prix du Jury des Jeunes«
33 Scenes of Life » de Malgoska Szumowska
Une Coproduction Arte
Voir la critique du film et les vidéos des interviews avec Malgoska Szumowska et la comédienne Julia Jentsch
[...]Prix de la mise en scène & Mention Spéciale du Prix « L’environnement, c’est la qualité de vie »«
Elle veut le chaos » de Denis Côté
Voir la vidéo de l’interview avec Denis Côté
[...]Léopard de la Première Oeuvre«
März » de Klaus Händl
Voir la vidéo de l’interview avec Klaus Händl
[...]Prix Raimondo Rezzonico (prix du meilleur producteur indépendant)
Christine VachonVoir la vidéo de l’interview avec Christine Vachon
[...]>> Tous les prix Locarno 2008(
www.pardo.ch - Site officiel du festival, en anglais)