Interview de Patrice Chéreau
Opéra de chair Così fan tutte est un opéra fait pour lui car c’est un opéra qui, sous le masque du sublime, nous montre l’envers du décor, la face cachée de la passion, les masques de la fidélité. Il y a quelque chose des Liaisons dangereuses dans Così, et Patrice Chéreau, nous offre une tragédie humaine sans en avoir l’air, un huis clos sadien.
Così ou toutes les mêmes Così est un opéra où rien ne va de soi, même si la musique et les mots semblent couler de source. C’est l’une des raisons pour lesquelles il eut longtemps mauvaise réputation auprès des tenants de l’amour héroïque : Beethoven par exemple, qui toute sa vie durant chercha la bien-aimée lointaine, trouvait immorale l’intrigue de Così. Quant aux puritains, ils n’y ont longtemps vu qu’un avatar du libertinage tel qu’on le pratiquait au XVIIIe siècle. Certes, le piège est cruel, et la fable pleine de désenchantement. Le titre d’ailleurs, qu’on ne traduit jamais, est sans équivoque : mot à mot, “ainsi font elles toutes”. Ou bien, plus crûment : toutes les mêmes. Et le sous-titre, La scuola degli amanti (L’école des amants), dit bien lui aussi ce qu’il veut dire : il faut passer par l’épreuve de l’infidélité pour s’affranchir de l’illusion amoureuse.
La Chéreau touch
Il n’a pas la brutalité superbe et virile de son film La reine Margot : Mozart s’y opposerait. Mais il est brillant comme les yeux des femmes amoureuses, enlevé comme les corps ravis par l’émoi, nocturne comme la mélancolie qui baigne l’opéra tout entier. Il y a le décor étrange, lisse et beau de Richard Peduzzi, comme une architecture prenant au piège les sentiments alarmés des chanteurs-acteurs. Car c’est bien là un des apports de Chéreau à l’opéra : avec lui les chanteurs s’expriment aussi avec leur corps, alors qu’autrefois c’était dans leur voix seule qu’ils puisaient l’émotion. Patrice Chéreau nous montre qu’il ne cherche jamais à désacraliser l’opéra, mais à y retrouver la fièvre.
Une gravité légère
Et puis il y a la musique de Mozart. À Aix-en-Provence, l’opéra fut joué dans le Théâtre de l’Archevêché, et dirigé par le jeune chef Daniel Harding, et interprété par une équipe de six chanteurs avec six voix aux couleurs et aux tessitures complémentaires (un soprano léger, un soprano dramatique, un mezzo soprano du côté des femmes ; un ténor, un baryton, une basse du côté des hommes), parmi lesquels Ruggero Raimondi (Don Alfonso), qui fut autrefois Don Juan pour Joseph Losey et comédien pour Alain Resnais : un physique que l’écran sert admirablement.
(d'Après Christian Wasselin pour le ARTE Magazine)
1974 : Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach, à l’Opéra de Paris.
1976-1980 : Tétralogie de Richard Wagner, pour le centenaire de l’Opéra de Bayreuth.
1979 : Lulu de Berg à l’Opéra de Paris
1992 : Wozzeck de Berg, au Théâtre du Châtelet
1994 : Don Giovanni de Mozart, à Salzbourg.
>> Biographie de Patrice Chéreau avec ses débuts au théâtre et une filmographie






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