Pourtant, Eudeline reste encore aujourd’hui un punk, dandy revendiquant la sophistication comme rempart indispensable à la vulgarité du naturel. Entre deux livres, deux disques de loin en loin, il continue son activité de rock critic, principalement pour Rock&Folk où il veille à préserver au maximum son intégrité, sans pour autant se vitrifier dans une époque révolue. Il est considéré comme une référence dans ce domaine, à l’instar de Lester Bang, Nick Kent.
Jenny Ulrich
- Quelques liens
>> Patrick Eudeline sur Myspace
>> Une balade nocturne à Paris avec Patrick Eudeline, en vidéo
>> Une longue interview en deux parties de Patrick Eudeline
>> Les punks français dans "L’Œil cyclone" : documentaire vidéo en deux parties
>> Les années punk à Paris
- Questionnaire de Proust revisité
En 1970, si vous aviez été :
Une ville ?
En 1970, j’étais obsédé par l’Angleterre, donc Londres bien sûr.
Un voyage ou un séjour ?
Un séjour, à New York, parce qu’il y avait quand même des choses là-bas, l’ombre du Velvet, les New-York Dolls...
Une couleur ?
Noir, parce que la couleur noire a toujours été l’évident symbole qu’il est encore.
Un slogan ?
En 73, j’aurai répondu « Chéri, passe-moi le rimmel ». En 70, comme j’étais encore adolescent, j’avais 16 ans, ça devait être « il est interdit d’interdire ».
Et en 78 ? Pas « No Future » en tout cas, parce que ça, c’est un cliché, donc en 77, mon slogan n’aurait pas été « No Future » mais aurait été : « un pied dans le caniveau et la tête dans les étoiles », comme disait Oscar Wilde.
Un vêtement ?
Une veste de velours bordeaux apparemment noire.
Un livre ?
"Rose poussière" de Jean-Jacques Schuhl.
Un disque ou une chanson ?
Il y a tellement de chansons que donner une chanson en 70, ce n’est pas si évident, mais si, « La Suite (Le medley) », la symphonie qui clôt « Abbey Road »
des Beatles. Autant les Rolling Stones ne m’intéressent plus depuis des années, autant les Beatles, c’est toujours resté, et c’est un cliché terrifiant de croire que les punks n’aiment pas ou n’ont jamais aimé les Beatles. C’est des foutaises. Je me rappelle une anecdote, j’étais avec Joe Strummer de Clash et tous les petits punks croyaient qu’il ne fallait surtout pas citer des gens qui avaient fait des choses avant 77 à part les Stooges et le Velvet, et nous on était au Gibus, on parlait de Bob Dylan et des Beatles, de John Lennon, de la fascination pour ces deux personnages, moi, c’était surtout Lennon et Mc Cartney, et Joe Strummer, Dylan, et les petits punks autour voulaient à tout prix entendre ce qu’on disait, qu’est-ce qui peuvent bien se raconter, je ne sais pas ce qu’ils s’imaginaient et puis des fois, ils entendaient « les Beatles », « Dylan » et ils ne comprenaient pas. En vrai, les punks, ils écoutaient les Beatles, du blues... ce qu’ils n’écoutaient pas, c’est Genesis...
Un film ?
"La Dolce Vita" de Fellini parce que ça aurait déjà été un rêve impossible. C’était déjà fini.
L’utopie, l’idée, le concept qui vous manque le plus ?
Aujourd’hui, rétrospectivement, je ne vais pas dire que tout manque, mais... je vais prendre une allégorie. Imaginons Françoise Sagan dans une boîte en 74-75, elle fume sa Kool, elle est défoncée aux amphétamines et elle va reprendre son Aston Martin pour rentrer chez elle. Bon, on a plus le droit de fumer, tous les amphétamines ont été interdits, et la vitesse, on a plus le droit. Elle est morte à temps.
L’utopie, l’idée, le concept qui vous manque le moins ?
Les fringues et les babas
Une anecdote, un évènement de votre vie qui n’aurait pas pu arriver à une autre période ?
Plein de choses dans les années 70 me sont arrivées qui n’auraient pas pu m’arriver aujourd’hui ou même dans les années 80, parce que les gens, la société et les lieux étaient différents. Je n’aurai pas pu aller voir à quoi ressemblaient les backgrounds du Bronks, et acheter de l’héroïne à des travestis Place du Châtelet, non, ça se fait plus trop. Tout, la vie est tellement différente, je ne peux même pas répondre à ça, parce que j’ai l’impression qu’on me demande de parler de la planète Mars. Tout a changé.







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