Patrick Gaumer, pourquoi un « Larousse de la BD » ?Cela n’a rien de surprenant, quand on sait que les éditions Larousse se sont toujours efforcées d’offrir au plus grand nombre un savoir universel. L’ouvrage témoigne simplement de la dimension culturelle de la bande dessinée.
Qu’y trouve-t-on ? Des auteurs, des séries ?Pas seulement. Ce dictionnaire se veut le plus complet, le plus précis possible. Pour prendre l’exemple d’Art Spiegelman, une entrée lui est naturellement consacrée, mais on y lit aussi des articles sur son formidable
Maus ou sur « Raw », un magazine avant-gardiste new-yorkais qu’il dirigeait avec Françoise Mouly. D’une manière plus générale, le « Larousse de la BD » doit être représentatif de toutes les tendances, de tous les courants graphiques, sans aucune discrimination. La partie patrimoniale et classique reste également très présente. Le classement alphabétique facilite les choses. Sur près de 900 pages illustrées en noir et blanc, l’ouvrage présente les séries, les œuvres indépendantes emblématiques, les acteurs du 9e art (les scénaristes et les dessinateurs, mais aussi quelques grandes figures éditoriales comme William Randolph Hearst qui inspira le Citizen Kane d’Orson Welles), les périodiques et les termes techniques. À ces 900 pages, s’ajoute un cahier central en couleurs de 80 pages qui offre, lui, une vision historique et géographique de ce qu’est la BD aux quatre coins du monde.
Comment le marché de la BD a-t-il évolué depuis ces dernières années ?En une décennie, la bande dessinée a connu d’intenses bouleversements : artistiques et narratifs, tout d’abord, avec le renforcement de la bande dessinée d’auteur « indépendante » (initiée dès les années 1950-1960 par les hebdomadaires « Mad » et « Pilote », l’underground US, etc...), l’évocation de thèmes d’actualité ou de société (
L’Ascension du Haut-Mal de David B.,
Persepolis de Marjane Satrapi,
No Sex in New York de Riad Sattouf ou
Le Photographe d’Emmanuel Guibert) ; économiques, aussi, avec l’introduction du marketing et la concentration des éditeurs (en 2004, après avoir racheté Dupuis, le groupe Dargaud contrôlait 37 % du marché francophone) ; sociologiques, enfin : les femmes sont de plus en plus nombreuses à aimer la bande dessinée… Près d’un lecteur de mangas sur deux est une lectrice !
Difficile d’échapper aux mangas japonais ou aux manhwas coréens !19 titres traduits en 1994, 754 en 2004… Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Là aussi, le « Larousse de la BD » témoigne de la diversité de la bande dessinée asiatique, de son implantation durable sur le marché francophone. Aux côtés de classiques comme
Osamu Tezuka (
Astro Boy,
Ayako) ou Katsuhiro Otomo (
Akira), de séries grand public comme
Dragon Ball ou
Love Hina, on y lit des articles sur Yoshiharu Tsuge (
L’homme sans talent), Jirô Taniguchi (
Le Journal de mon père, Quartier lointain) ou Naoki Urasawa (
Monster). Le point fort du manga étant d’être publié à un rythme soutenu. Dans le cas des séries, le lecteur n’a ainsi pas à attendre plusieurs années pour connaître la suite !
Comment voyez-vous l’avenir du 9e art ?Sans jouer les Cassandre, on peut prévoir, à moyen terme, de nouveaux regroupements et la disparition de certains éditeurs. L’on va également assister à une plus grande segmentation de la production, un peu à l’image de ce que l’on observe dans la bande dessinée japonaise. Nous n’en sommes pas encore là, mais une chose est sûre, les amateurs ne peuvent plus tout lire… L’heure est venue de faire des choix en fonction de ses goûts, de ses affinités, d’où l’utilité de ce « Larousse de la BD », qui dresse un bilan de ce qu’est aujourd’hui le 9e art… Un mode d’expression extrêmement réactif, en phase avec son temps, où chacun peut trouver matière à réflexion ou à une simple détente.