Paul Andreu: "Je ne voudrais pas avoir l’air irresponsable, ou appeler la fatalité à notre secours à tous et à la mienne… Mais les condamnations faites par des tas de gens qui n’y connaissent rien… la justice est beaucoup plus prudente et beaucoup plus respectueuse.Au milieu des dizaines de tonnes de gravats, les recherches s’avèrent pénibles. L’immense coupole de verre qui enveloppait la carcasse de béton a été réduite à néant. Elle a éparpillé ses débris tranchants un peu partout. La chance de retrouver des survivants est donc quasi nulle, les secouristes ont laissé la place aux enquêteurs.
Metropolis : Quand il y a un accident c’est toujours l’architecte qu’on appelle. L’architecte est responsable ?
Paul Andreu: Il y a de temps en temps de vaines gloires et des peines abusives, et en l’occurrence je pense que l’accablement, puisque accablement il y a dans la presse, est vraiment exagéré et injuste. Regarder toutes les hypothèses, regarder toutes les possibilités, c’est la sauvegarde des gens qui sont sous le regard de la justice, donc je n’ai certainement pas à me plaindre, ni en mon nom ni au nom d’autres, qu’on aille jusqu’au bout de toutes les hypothèses. Cela dit… on connait la cause. La cause, c’est un défaut de ferraillage.
Metropolis : Racontez-moi ce que c’est, le ferraillage…
Paul Andreu: Alors dans le béton armé, et surtout aux endroit où il y a un impact très fort de contraintes, il faut répartir la contrainte dans le béton. On le fait en mettant du fer, des armatures, comme on dit, tout le monde a vu ces espèces de construction fantômes avec des barres métalliques liées les unes aux autres, et qu’on prend entre deux coffrages et entre lesquelles on coule le béton, là, il y a un défaut, il y a un manque de ces armatures aux endroits où les contraintes sont les plus grandes, c’est-à-dire qu’un béton qui n’est pas armé, il est cassant, il est comme de la porcelaine, il ne résiste pas à la torsion ou à l’élongation.
Un architecte s'attache à créer un espace dans lequel il va contrôler un certain bien-être, de chaleur, de froid, de lumière, rendre un espace visuel, et puis il va s’attacher à la fonction du lieu, comment on y circule, qu’est-ce qu’on y fait, pourquoi on le fait, etc. A partir de là toute une machine se met en route, la machine à l’intérieur de la maîtrise d’œuvre, c’est-à-dire dans la collaboration de tous ceux qui définissent le projet au départ avec l’architecte, les ingénieurs de toute sorte, les économistes qui font les évaluations, le tout sous le regard d’un maître d’ouvrage, c’est-à-dire de quelqu’un qui a les cordons de la bourse.
Et quand le projet a suffisamment évolué, on passe des appels d’offre, on demande à des entreprises des offres de prix pour le construire, on passe des marchés et on passe à la construction, et là on passe d’une phase qui était de pure conception à une phase qui est d’exécution et dans laquelle l’entreprise reprend tout l’ensemble des calculs…Elle le rejustifie avec un bureau de contrôle qui la surveille. Il faut qu’il y ait un bureau de contrôle qui vérifie l’ensemble des dispositions du bâtiment, en particulier toutes les dispositions réglementaires, il vérifie la solidité de l’ensemble de l’ouvrage. Théoriquement, une erreur ne peut pas passer, mais vous savez, il y a des erreurs… Il y a des erreurs extraordinaires qui, comme ça, parce qu’elles sont extraordinaires, passent à travers tout.
Metropolis : S’il y a une erreur, c’était une raison pour que ça ne soit pas partout pareil, sur toute la… longueur ?
Paul Andreu: L’erreur est plus ou moins grave, mais générale, c’est une vraie erreur, c’est pas une négligence.
Metropolis : Mais alors, il faudrait tout détruire ?
Paul Andreu: Ça, c’est le président d’Aéroports de Paris qui choisira… Il faut renforcer, il faut ou tout reconstruire ou renforcer.
Metropolis : Ça a eu un effet sur vous, sur votre manière de travailler depuis ?
Paul Andreu: Ca change le monde extérieur,il y a les gens qui vous appellent, qui vous condamnent par avance, donc qui ne vous appellent plus, qui vous enlèvent des affaires, vous commencez à être infréquentable…
Il y a aussi et surtout ceux qui continuent à faire confiance à Paul Andreu. A Pékin, le chantier de l’Opéra avance. L’Opéra de Pékin sera terminé dans environ un an. Aujourd’hui, pour Paul Andreu, il y a d’autres chantiers, d’autres projets monumentaux...
Paul Andreu et l'Opéra de Pékin
>> Le site officiel de Paul Andreu
>> Conférence de Paul Andreu - Présentation de l'Opéra de Pékin en vidéo
Terminal 2E
>> Roissy, Terminal 2E : une erreur de conception? (Le Nouvel Observateur - 07.02.05)
>> La polémique enfle autour de l'effondrement du terminal 2E de l'aéroport de Roissy (Le Monde - 08.02.05)
Photo
Photo prise avant l'effondrement du terminal - Sébastien Cappe - 2003
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Metropolis
Un reportage d'Annabelle Le Doeuff et Pierre-André Boutang
Samedi 26 février 2005 à 00h00
Rediffusion le 27 février à 18h05
Rédaction: ARTE France, Online Productions
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