* Matta
Alain Jouffroy : Ce qu’il y a d’extraordinaire chez tous les peintres surréalistes, c’est que chacun a inventé son espace, son dessin et les formes qu’il utilise. Aucun peintre surréaliste ne ressemble à aucun autre et Matta, par exemple, il aimait bien Miro, mais on ne peut pas comparer la maladresse prodigieuse de Miro, à partir de laquelle il a inventé son univers, c’est grâce à sa maladresse qu’il l’a inventé. Matta était architecte, élève de Le Corbusier, il a participé au plan de la Cité Radieuse, il savait dessiner parfaitement. Et l’aisance de la création des espaces chez Matta est prodigieuse, c’est pour ça qu’il a fait éclater l’espace et que toute l’école de New York s’est précipitée dans ces espacse et sans en avoir les moyens en quelque sorte, plastiques.
* Miro
Alain Jouffroy : Il mettait un temps fou à mettre en place son univers, il a perdu beaucoup de temps. Et puis tout à coup il s’est libéré, il a commencé à inventer ce dessin imprévisible qui dessine un espace totalement autre. Il s’est libéré de la peinture figurative comme on enlève un smoking, on se jette dans la mer! Il passe au-dessus du modèle, il invente des peintures qui n’ont aucun modèle, extérieur. En fait, Miro était beaucoup plus intelligent et plus cultivé que on l’a dit. Je l’ai connu très bien et je sais combien il était lecteur de poésie par exemple. C’est un très grand lecteur de poèmes. Donc, à travers la poésie, il a constitué un univers poétique, parce que ce qu’il y a de commun à tous ces peintres, c’est la seule chose qui soit vraiment commune, c’est pas leur langage mais c’est le fait qu’ils ont lié poésie et peinture. Ca c’est évident. Il y a peu de peintres qui savent faire ça.
* Lam
Alain Jouffroy : Le père de Lam était chinois. Il avait trois races. En fait, le fait d’avoir trois races était sa chance. C’est-à-dire qu’il était comme le prototype de l’homme futur. Dans 100, 200 ans, toute l’humanité sera métisse, plus ou moins. Donc c’est un homme de l’avenir, il se projette dans l’avenir, mais pour faire une projection dans l’avenir il part de ses ancêtres. Il part du vaudou, tel qu’on le pratique encore en Haïti, mais il part aussi du Dahomey qui est source même du vaudou. Mais, au lieu de s’en contenter et de faire une peinture, disons ethnographique, nostalgique, des ancêtres, il en fait un langage moderne, violent, où il s’engage.
Alain Jouffroy: Pour tous ces peintres surréalistes - pour Lam comme pour les autres - l’idée de créer un espace qui soit ressemblant à la pensée plutôt qu’aux objets extérieurs, plutôt à la manière dont ils pensent que la manière dont ils voient les choses, c’est tenter de transformer l’impossible en possible. Donc l’oiseau du possible, c’est la peinture elle-même. La peinture, telle qu’ils l’entendaient tous, c’était la possibilité de rendre possible l’impossible. Ils ont été les seuls à le faire. Parce que les autres, ou c’est des décorateurs, ou c’est des gens qui ont des dons mais qui ne savent pas les utiliser à cette profondeur-là.
Actualité
Joan Miro - "La naissance du monde "
1917 – 1934
jusqu'au 28 juin 2004
au Centre Pompidou - Paris
>> Le site du Centre Pompidou
"Miro, une passion pour la gravure"
jusqu’au 15 octobre 2004
Centre d'Art Graphique
La Métairie Bruyère
89240 Parly
>> Site officiel
Lam - "L’oiseau du possible"
jusqu'au 15 juillet 2004
Galerie Boulakia
10, avenue Matignon
75008 Paris
Tél: 0033 1 56 59 66 55.
Matta
jusqu'au 16 juillet 2004
Galerie Malingue
26, avenue Matignon
75008 Paris
Tél: 0033 1 42 66 60 33
Ouvrages
Miro
d’Alain Jouffroy
chez Hazan
Les peintres du XXe siècle qui, nés au XIXe, ont été assez audacieux et passionnés pour croire à la modernité jusqu'au bout furent-ils aussi nombreux qu'on le pense ? La modernité exige de courir un risque, qui consiste à rompre avec les lois de la continuité. Avec Kandinsky, Mondrian, Duchamp et Klee, Miró fut sans doute l'un des seuls peintres modernes, au sens originel du mot : ceux qui ne deviendront «anciens» que dans quelques siècles. Picasso fut « ancien » très tôt, de même que Braque : leurs références à l'art classique furent toujours très nombreuses. Quant à Max Ernst, il s'adosse au romantisme allemand, à Grünewald, et Dali à Meissonnier. La plupart des peintres qu'on dit «modernes» se rappellent quelque chose en peignant, sauf Miró. Il peint dans le non-savoir, la maladresse, ne s'identifie à rien, recommence tout à zéro, ou fait comme si, en se lançant dans le vide.
La Vie réinventée
L’explosion des années 20 à Paris
d’Alain Jouffroy
aux éditions du Rocher.
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METROPOLIS
Réalisation : Dominique Rabourdin
Samedi 12 juin 2004 à 23h30
Rediffusion le dimanche 13 juin à 17h45
Rédaction: ARTE France, Online Productions
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