“Savoir qui est le fautif dans cette guerre, je m’en fous. Ce que je veux, c’est retrouver mon fils.”
Avec « Sous les bombes », Philippe Aractingi signe une oeuvre coup de poing, violente et poétique à la fois. Le cinéaste libanais raconte l’élaboration de ce film hors normes.
Trois questions au réalisateur de « Sous les bombes », Samedi 19 avril 2008 à 22h45 Pourquoi avoir choisi de mêler fiction et documentaire ?Quand la guerre a éclaté, ce n’était pas la première fois que ma vie était traversée par un tel drame. Ce n’était pas non plus la première fois que je racontais la guerre – j’ai fait de très nombreux documentaires sur ce sujet. Mais cette fois, j’avais envie d’aller plus loin, d’évoluer dans mon travail et de me lancer dans le “docudrama”. Je souhaitais que ce film s’adresse à l’émotionnel, fasse ressentir ce qu’est la guerre. Le tout à travers la quête d’une héroïne qui nous invite à la suivre :
“Savoir qui est le fautif dans cette guerre, si le combat se joue ou non à armes égales, je m’en fous. Ce que je veux, c’est retrouver mon fils, voilà tout.”
Comment s’est déroulé le tournage ?On a d’abord tourné une journée pendant la guerre. Puis je suis parti en France pour convaincre mes producteurs de faire ce film. De retour au Liban, trois jours après la fin de la guerre, nous avons tourné pendant une dizaine de jours, en improvisant des scènes sur place. Nous vivions en direct les événements que nous voulions raconter… Ensuite, je suis reparti en France pour prendre du recul et réécrire avec Michel Leviant la partie fiction. Enfin, nous sommes revenus terminer le tournage. J’ai alors pris soin de filmer avec le même esprit : caméra à l’épaule, très peu
d’éclairage, pas de maquillage, pas de décor. J’ai également essayé de rester le plus fidèle possible à mon souhait de ne filmer qu’avec les vrais protagonistes du drame.
Comment votre film a-t-il été reçu au Liban ?Relativement bien. Il a fait 40 000 entrées, ce qui est bien pour le Liban. Certains ont été assez bousculés ; d’autres ont vraiment beaucoup aimé. Ce sont ceux qui considèrent que le film peut aider à refermer les plaies. À cet égard, j’ai eu une très belle réaction d’une femme de Dubaï, une Libanaise. Elle me disait qu’elle avait perdu sa grand-mère pendant la guerre à cause du manque de médicaments. Elle m’a confi é qu’après sa mort, elle souffrait tellement qu’elle s’était jurée qu’elle ne rentrerait jamais au pays. Mais après avoir vu Sous les bombes, elle a pleuré toutes les larmes de son corps et a décidé de revenir vivre au Liban… Le film l’a aidée à se réconcilier avec son pays. Dans ces moments-là, je me dis que j’ai fait ce que j’avais à faire.
Propos recueillis par Hélène Duchateau