Philippe Petit : "Le vertige et la performance sont deux mots qui ne font pas partie de mon vocabulaire. Je suis un funambule autodidacte, j'ai appris seul. Je ne viens pas du cirque. Ce sont le théâtre, la poésie, le cinéma, l'écriture qui m'ont invité à transformer un morceau de câble d'acier en scène de théâtre. Il faut être en possession de son travail d'acteur. Le funambule doit être en possession de sa vie dans le ciel. Le vertige, c'est pour les autres."
Petit fait ses premiers pas sur la corde à 16 ans, après avoir été viré de cinq écoles différentes. En 71, à 21 ans, il s'introduit clandestinement dans les tours de Notre Dame de Paris, et se donne en spectacle dans le ciel de la cathédrale. Pour la première d'une longue série de 500 arrestations, il repart en panier à salade. Deux ans plus tard, il remet ça à Sidney, en Australie, sur le Harbour Bridge, le pont le plus large du monde. Philippe est contraint de descendre lorsque les policiers entreprennent de scier l'un des câbles.
Le film
"Le Funambule" de James MarshDVD Diaphana
Dans les années 70, à Paris, on ne parlait que de lui : il avait sur son fil d’acier défié toutes les lois du genre, passant outre les interdictions de la police, osant ce qu’aucun n’avait tenté ni même imaginé : glissant entre les deux tours de Notre-Dame, passant de la tour Eiffel au toit du Musée de l’homme, surgissant entre les deux piliers du pont le plus élevé d’Australie, avec toujours la même élégance, le même dédain nonchalant, avec lequel il semblait exorciser le danger.
Les médias d’alors nous laissaient parfois entr’apercevoir son visage sans traits particuliers : un air de Gavroche, farouche, encerclant l’espièglerie d’un sourire et un regard de braise...Un Arsène Lupin échappé du théâtre des Funambules. Ce personnage magnifique me fascinait. Il devint même mon héros. À la même époque je tombais sur le texte de Genet, Le Funambule, et je compris que cet art était quasi sacré, proche de la tauromachie autant que de la danse mais peut-être aussi de l’écriture. Philippe Petit, comme le héros de Genet, n’était pas seulement un funambule mais une sorte de magicien danseur hors normes, qui n’existait que lorsqu’il glissait, volait au-dessus du vide. Qu’était-il à terre, qui fréquentait-il, et que faisait-il lorsqu’il n’arpentait pas le ciel ?
À New York, en 1974, son exploit fit la une des journaux : il réussit à franchir à 400 mètres d’altitude la distance entre les Twin Towers qui devinrent tragiquement célèbres le 11 septembre 2001. Le film Le funambule nous permet de comprendre, 35 ans plus tard, grâce aux témoignages de ceux qui l’avaient aidé à l’époque et des images qu’ils avaient filmées alors, la stratégie ludique mise au point pour déjouer la surveillance de la police et tendre leur filin, la nuit, clandestinement, au sommet des deux tours, dans le vent glacial qui soufflait sur New York.
Cette histoire joliment racontée par Philippe Petit et ses complices met en valeur le mystère unique de ce gentleman des abîmes. Son style s’apparente à celui des quelques rares danseurs et chorégraphes pour qui le danger fait aussi intégralement partie de la beauté réalisée..
Patrick Bensard







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