"J’ai eu mes premiers contacts avec la photographie en 1969. C’était un hasard total, car je me méfiais beaucoup du métier du photographe. À cette époque, la photographie était considérée comme un sport oisif et inutile, réservée aux fils de famille. Comme je travaillais pour le ministère de la culture et de la propagande, la direction m’avait donné d’office un poste de photographe. J’ai refusé plusieurs fois, mais au bout du compte je n’ai pas eu le choix."
Wu Jialin
"Une fois que j’ai vu les tirages de mes prises de vue, c’était une sorte de magie, une révélation ! Et là, j’ai été complètement convaincu. J’ai grandi dans la province du Yunnan, une région très pauvre. Chaque ménage élevait des tas d’animaux. L’harmonie entre eux était incroyable. Les gens de la campagne traitent leurs animaux comme leurs aînés."
Wu Jialin
"On coexiste ensemble dans cet environnement créé et dominé par l’homme. Je crois qu’en photographiant les animaux dans le milieu humain, on comprend mieux la société dans laquelle on vit. Le gouvernement utilisait les images pour la propagande. Je leur ai dit que dans les villes, la civilisation chinoise était en voie de disparition. C’est dans ces terres encore épargnées par la modernité, que l’on voit la vraie tradition chinoise dans toute sa pureté."
Wu Jialin
"Une fois à la retraite, je suis retourné à mon unité de travail pour leur expliquer que la propagande ne m’intéressait plus, mais par contre, je voulais bien continuer à photographier selon ma propre vision des choses. J’ai beaucoup voyagé, fait plus de 10.000 kilomètres, traversé 8 provinces, 36 districts, visité plus de 1.000 villages. Ce projet a déclenché chez moi une inspiration phénoménale. Pendant trois mois je me couchais tard pour me lever tôt, mes chemises noires étaient tachées de sueur blanche. Le travail se confondait avec la passion."
Wu Jialin
Dans ses photographies patiemment fabriquées, Yang Shi, 31 ans, élève des beaux-arts de Luxun, vit et travaille aujourd’hui à Canton. À l’opposé de la photographie documentaire de Wu Jialin, il représente un monde où l’harmonie entre l’homme et la nature a disparu.
"Je suis très heureux de voir des gens de la jeune génération, qui comme moi, ont un sens fort de la responsabilité sociale. L’économie de marché et le développement ultra-rapide du pays ont amené trois problèmes principaux : tout le monde est tourné vers l’argent ; La moralité et les traditions sont jetées par la fenêtre ; le progrès se fait au détriment de notre environnement. Ces jeunes citadins ont créé une image cauchemardesque d’un futur proche, qui peut nous arriver si nous continuons à détruire notre écosystème."
Yang Shi
Né en 1953, Jiang Jian vit dans la province du Hénan. Grand prix du Festival pour son travail sur les orphelins, il photographie, dans les années 90, des fermiers de sa province simplement assis dans la pièce principale, le Zong Tang. Cette pièce représente à ses yeux la longue histoire de la culture familiale chinoise et son système patriarcal.
"Depuis des années, je travaille sur ce que j’appelle des « portraits en situation ». Cette démarche consiste à photographier les paysages, les maisons, les objets, les environnements dans lesquels mes sujets vivent. En 2004, le Temple de Shaolin, situé dans la province de Henan, a décidé d’apporter de l’aide dans cette même province à 1.000 orphelins âgés de moins de 16 ans. J’ai pu photographier 400 d’entre eux. J’envisage de travailler à nouveau sur ce sujet dans cinq ans précisément, afin de suivre l’évolution de ces enfants."
Jiang Jian
"Mon prochain projet photographique est encore lié aux êtres humains. Je compte photographier des visages de sculptures anciennes qui se trouvent dans des temples traditionnels et les mettre en regard avec des visages d’aujourd’hui."







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