HOOKED
Pour une fois, Iubi et son amant Mihai ont le temps de faire un pique-nique ensemble. Iubi a l'intention de parler à son mari de sa relation extraconjugale qui est devenue un véritable amour, mais ce n'est pas chose aisée. Durant le trajet déjà, les deux amoureux se disputent et ne font pas attention à la route. Ils percutent une jeune prostituée. Iubi et Mihai se sentent coupables et acceptent alors d'emmener la jeune fille pique-niquer. Dès lors s'engage un jeu psychologique entre les trois protagonistes qui met à l'épreuve la relation fragile des deux amants. Avec le charme irrésistible d'une lolita à la fois innocente et séductrice, Ana parvient à soutirer à chacun des amants des secrets qui repoussent les limites de ce qu'ils étaient initialement prêt à accepter et à concéder. Sans qu'ils sachent vraiment où tout cela mène, Iubi et Mihai devinent que Ana cherche à les manipuler, même si elle affirme qu'elle « veut faire le bonheur des autres ».
Dans son premier film, Hooked, le metteur en scène roumain Adrian Situ nous raconte une histoire qui paraît par moments si réaliste qu'elle fait froid dans le dos. Les deux acteurs principaux, Adrian Titieni et Ioana Flora, jouent d'une façon si naturelle que l'on croit voir un film documentaire. La perspective est constamment subjective de sorte que l'on ne voit que ce que les protagonistes voient eux-mêmes. Ce procédé met en évidence l'inquiétude et l'énervement grandissants du couple, dont les regards flottants semblent vouloir s'accrocher à quelque chose sans y parvenir, hormis le regard insistant de l'homme dans le profond décolleté d'Ana dont la poitrine est imparfaitement soutenue par un soutien-gorge rouge.

Mise en scène : Adrian Sitaru
Roumanie/France 2008, 84 min.
Mvec Adrian Titieni, Ioana Flora, Maria Dinulescu
GIORNATE DEGLI AUTORI

Hooked est une expérience cinématographique très pertinente qui nous raconte en temps réel comment une tierce personne peut durablement perturber l'équilibre relationnel d'un couple. A la fin de la journée, Ana est heureuse et affirme que ce fut une journée «super-spéciale », alors que Iubi relève que « Ana a complètement gâché la journée. » Hooked emprisonne littéralement le spectateur par sa perspective subjective qui le place en situation de victime et l'oblige en permanence à réfléchir. Que ferait-on dans la même situation?
$E11.0u7!
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la Malaisie n'est pas franchement connue pour ses productions cinématographiques et encore moins pour ses comédies. $E11.OU7! (Sell Out!) qui fut produit avec un budget minimal, mêle la critique sociale, en particulier à l'égard des médias, à des éléments comiques ou tragi-comiques et à de nombreuses chansons. L'histoire paraît confuse mais s'avère tout à fait distrayante. Rafflesia Pong est le producteur d'une émission télévisée culturelle. Le jour où un écrivain meurt en direct, l'audimat monte en flèche. Rafflesia Pong réagit immédiatement et invente "Final Say", un show où les gens meurent en direct. Evidemment, il s'avère difficile de trouver des candidats. Au même moment, Eric Tan, un simple employé, est réprimandé ("We don't hire you to think but to do") pour avoir inventé une machine à produire du lait de soja: il s'agit pour ses employeurs d'un véritable péché.
Comme il se refuse à renoncer à son idée, ses chefs le conduisent chez un exorciste qui doit extirper le « rêveur » qui est en lui. L'exorcisme ne réussit que partiellement, car « le rêveur » quitte son corps et mène dès lors une existence autonome diamétralement opposée à celle de son double Eric, « le réaliste ». Yeo Joon Han a écrit le scénario, produit et mit en scène le film . Ses dialogues recèlent de jeux de mots et d'ambiguïtés. Les deux chefs de l'usine en particulier lancent en permanence des calembours: "No one wants a boss for company." "I have a pornographic memory."

Mise en scène: Yeo Joon Han
Malaisie 2008, 108 min.
Avec Jerrica Lai, Peter Davis, Jonathan Yong
SETTIMANA DELLA CRITICA

Les chansons ont également été composées par le metteur en scène. Certes, ce n'est pas du grand art, mais elles remplissent parfaitement la mission qui leur est confiée au sein de ce film volontairement grotesque et qui fait preuve d'une originalité et d'un charme indéniables. A cet égard, le karaoke, au milieu du film, auquel sont conviés les spectateurs pendant que défilent des images nocturnes poétiques de Kuala Lumpur, est éminemment original et drôle. A la fin, cependant, la tonalité redevient tragique, car le public doit voter par SMS pour décider qui du Eric « rêveur » et du Eric « réaliste » restera en vie.
PLASTIC CITY
Hormis Happy Together de Wong Kar Wai, Plastic City est certainement le seul film chinois qui a été tourné en Amérique latine. Avec des images magnifiques, Yu Lik Wai nous raconte l'histoire d'immigrants chinois à Sao Paolo. Yuda (Anthony Wong) est un homme d'affaires chinois influent qui en compagnie de son « fils adoptif », Kirin (Joe Odagiri), fait un trafic considérable de contrefaçons. Mais ses jours sont comptés, car des politiciens et la mafia s'associent pour le détroner.
Plastic City commence, certes, comme un film de mafia typique avec tous les ingrédients du genre (des hommes cools avec des lunettes de soleil, des armes, des femmes lascives, des bars nuits élégants et beaucoup d'argent), mais par moments le film change d'orientation et déroute le spectateur. Ainsi, un combat imaginaire a lieu, au cours du film, sur un plateau surplombant la métropole, entre, d'un côté, Kirin et un gang d'enfants des rues, et de l'autre côté, la mafia. C'est moins le combat qui a inspiré Yu Lik Wai que le lieu, les photos noctures que Cassio Vadconcellos a prises de la ville de Sao Paolo, à laquelle Plastic City rend également hommage.

Mise en scène: Yu Lik Wai, Brésil/Chine/Japon 2008, 118 min.
Avec Joe Odagiri, Anthony Wong, Huang Yi, Tainá Müller, Jeff Chen
COMPETITION OFFICIELLE

L'histoire, cependant, débute et finit dans la forêt amazonienne: Yuda y sauve le petit Kirin d'un tigre blanc. A la fin, le cercle se referme et la caméra retourne dans cette forêt mystique où l'on retrouve le tigre blanc (« Celui qui regarde trop longtemps un tigre blanc dans les yeux mourra. ») Dans les rôles principaux, Anthony Wong et Joe Odagiri sont excellents car tous deux apportent une véritable présence physique dont se nourrit le film, même s'ils ont du mal à pratiquer le portugais. Les images sont exaltantes et rappellent souvent les films de Wong Kar Wai, ce qui n'est pas étonnant puisque Yu Lik Wai était, aux côtés de Chris Doyle, le deuxième caméraman de In the Mood for Love (2000) et premier caméraman de la plupart des films de Zhanf Ke.
Nana A.T. Rebhan







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