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08/08/06

Portrait de Petros Markaris

"Un beau jour, en écrivant le scénario pour la série de télévision "Anatomie d'un crime", apparaît clairement devant moi une famille grecque, typique, simple de petits-bourgeois. Ma première réaction a été de l’envoyer au diable. Dans tous les genres littéraires que ce soit le théâtre ou le cinéma, il y a partout des histoires de petits-bourgeois. Par conséquent, qu’écrire de plus là-dessus? Alors, je me suis dit, laisse tomber… Mais ce personnage était extrêmement têtu; insistant même. Il ne me quittait pas. Dès que je me mettais à écrire, il était toujours là, assis face à moi en me regardant. Le supplice a persisté jusqu'au moment où je me suis dit que, pour qu'il me torture ainsi, il ne pouvait être que flic ou dentiste. Quoi d'autre ? Les dentistes sont peut-être des gens sympathiques mais comme ils ne présentent aucun intérêt dramatique, j’en ai conclus qu’il s’agissait plutôt d’un flic. C'est ainsi que Kostas Charitos est né."
(Petros Markaris dans le documentaire « Meurtre à l’Agora »)


Petros Markaris naît à Istanbul d’un père arménien et d’une mère grecque, fait ses études secondaires à l’école autrichienne et parle couramment quatre langues. C’est un cosmopolite qui se revendique comme tel. Scénariste de Théo Angelopoulos, il est également traducteur de Goethe et de Brecht en grec et auteur dramatique. Il est venu sur le tard à la littérature policière et à ce jour a publié trois romans; avec ses personnages, simples et familiers, nous pénétrons l’envers du décor d’Athènes et de la Grèce contemporaine.
Ce n’est que tardivement, à 57 ans, qu’il commence sa série sur le commissaire d’Athènes Costas Charitos. Ce héros, qui a appris le métier de flic sous les Colonels et dont la femme est une Xanthippe, fait son petit bonhomme de chemin dans la jungle de corruption et de bureaucratie grâce à son caractère rusé et à son entêtement. Charitos est plus qu’un petit bourgeois typique. Sa manie du dictionnaire - tic qu’il partage avec son inventeur – est pour le moins originale :

La manie de Charitos (extrait de "Meurtre à l'Agora")

Le récit de JOURNAL DE LA NUIT qui paraît à Athènes en 1995 est composé d’une série de meurtres liés à divers trafics avec l’Europe de l’Est. Le commissaire Costas Charitos est appelé à enquêter sur le meurtre d'un couple d'Albanais, qui semble être lié à un règlement de comptes ordinaire – jusqu'au moment où la journaliste spécialiste des faits divers du journal télévisé est assassinée, peu avant de passer à l'antenne. L'enquête mène Charitos à découvrir le monde du trafic d'organes et d'enfants, où d’anciens communistes, attirés par l'appât du gain facile, n'hésitent pas à trahir leurs idéaux d'antan pour tirer profit de la misère des autres. Le commissaire Charitos plonge ainsi dans un univers glauque et une enquête aux pistes innombrables et enchevêtrées.

La vie nocturne constitue l'arrière-plan du deuxième roman de Markaris, DEFENSE BETON , paru en 1998 où des personnages sombres circulent en plein jour, apparemment sans crainte d'être reconnus. Il est situé dans la période 1985-1996, et retrace l'époque d'un populisme basé sur la redistribution de fonds européens, et de la formation d'une nouvelle classe moyenne. La vie nocturne constitue l’arrière-plan du roman, Dinos Koustas, self made man à la tête d’un petit empire de boîtes de nuit est abattu à bout portant. En enquêtant dans la famille de Koustas, le commissaire Charitos dévoile une toile d'araignée qui relie des éléments disparates : le monde des restaurants et des boîtes de nuit, les affaires douteuses et le blanchiment d’argent, et les indices de popularité trafiqués d’hommes politiques. Le commissaire tente en vain de percer le mur du silence. Rude match pour Charitos, mais le vieux macho n’a pas dit son dernier mot…

Le troisième roman de Markaris LE CHE S’EST SUICIDE parait en 2003 : le suicide en direct à la télévision de trois hautes personnalités grecques, donne lieu à un remue-ménage sans précédent dans les médias. Les suicidés appartiennent tous les trois à la "génération de l'école Polytechnique", ces jeunes qui ont contribué à la chute de la junte militaire en 1974. Mus à l’époque par des idéaux de révolte et de justice sociales, ils ont viré leur cuti au cours de leur vie pour devenir la « gauche caviar » de la Grèce actuelle.

Petros Markaris est un écrivain grec de cette nouvelle génération d’auteurs européens, qui ont utilisé le roman policier comme outil critique pour discerner le bien du mal dans leur société contemporaine. Sous l’influence de la globalisation et de l’immigration, le crime a changé de nature, à Athènes également. Les véritables responsables restent dans l’ombre.

Petros Markaris (extrait du documentaire "Meurtre à l'Agora")


Texte d'Angelos Abazoglou, auteur du documentaire "Meurtre à l'Agora", le 4.8.2006 sur ARTE

Edité le : 28-07-06
Dernière mise à jour le : 08-08-06