Richard Bellia: Je suis Lorrain, j'ai 44 ans. J'ai commencé à photographier les concerts en 1980, avec l'achat de mon premier appareil photo. Je bossais alors pour un fanzine de Nancy. Ca a duré cinq ans où je me déplaçais beaucoup au gré des concerts. En été 85, je me suis payé un billet de train inter-rail. J‘ai fait le tour des festivals en Europe ! Ensuite, je me suis installé à Londres. J'étais squatteur et bossais pour la presse musicale anglaise (Melody Maker). Je suis revenu en France en 1993.Musicalement, ce n'était pas la plus passionnante des périodes…
R.B.: La seconde moitié des années 80 ? Il y avait quand même les Stranglers, Talking Heads, les Happy Mondays, Sonic Youth, Public Enemy, Bjork et ses Sugarcubes, l‘arrivé de la musique électronique, les Pixies, … C'est vrai, c'était aussi l'ère du Live Aid, les rockers de stade. J'ai arrêté d'aimer U2 le jour où ils ont cessé de débarquer sur scène en courant, préférant s'installer en marchant sur un air de piano magistral, Bono criant «God bless you!» à la foule. Comptez pas sur moi pour couvrir ça.
Quel était pour vous le plus grand groupe de l'époque?
R.B.: Happy Mondays! Non, My Bloody Valentine!
Dans quelles circonstances avez-vous rencontré The Cure ? Quelle fut votre première impression ?
R.B.: Je suis allé à mon premier festival en 1980, c'était dans un champ en Moselle. Il y avait Cure, Clash, du hard rock allemand et Roxy Music. Ils jouaient en début de journée, il faisait gris. Je me souviens qu'ils jouaient de plus en plus vite et de plus en plus fort. A la fin, on était presque content que ça s'arrête. Deux mois après, je me suis acheté mon premier appareil photo, et deux mois après, je suis allé les revoir en concert. C'était en octobre 80. C'était vraiment vachement bien. La vraie classe.
A la demande de Robert Smith, tu as photographié The Cure l’été dernier lors des festivals. Comment était l’état d’esprit du groupe ?
R.B.: A la Route du Rock (qui est, je vous le rappelle, un excellent festival), Il y a eu ce moment où Smith est arrivé accompagné de son épouse, avec ses parents qui marchaient devant, et tout le groupe derrière ; c'était une vision absolument fantastique. On aurait dit un cortège royal. Ils étaient maquillés, marchaient d'un pas lent, une vraie vision. Je crois que c'est l'image qui me reste de ce festival. Sinon, les musiciens étaient tous de très bonne humeur. En fait, comme ils se font photographier depuis des années, ils ont pris l'habitude de discuter et rigoler pendant les sessions. Ils savent bien que tout ce qui intéresse les photographes, c'est Smith et que les autres seront flous derrière...
Dans les années 80 tu as côtoyé des groupes ayant une forte identité comme le Clash, Les Happy Mondays... Quels sont les groupes qui aujourd’hui te semblent incontournables, tant sur le plan artistique que sur l’état d’esprit ?
R.B.: Ralph Myerz and the Jack Herren Band (meilleur groupe de scène en 2006, sans l'ombre d'un doute), Beck, Sam Prekop, Acoustic Ladyland (pour ainsi dire les White Stripes du jazz, super bien), Clap Your Hands Say Yeah, Hanne Hukkelberg, Erik Sumo, 13th and God, et en français, les lyonnais de Triste Sire, trois dépravés qui ont une classe folle.
Quelle est la recette d’une bonne photo?
R.B.: Tu n'as jamais remarqué, en lisant « les Inrockuptibles » par exemple, que les mecs tirent toujours la gueule? Eh ben le contraire. Je ne te donne pas la recette, là, je te donne les ingrédients, nuance. Quand je fais des photos, je vais super vite et je parle tout le temps, j‘écoute rien, je fais pas gaffe. J'attends que ça soit joli et harmonieux dans le viseur, et j'appuie. C’est pour ça que j’ai souvent des mecs qui se marrent sur mes photos. Après, il y a le cadrage et la lumière, bien entendu…
Suite à votre première expérience avec avec l’équipe des journalistes cinéma d’ARTE à Cannes pour un Blog quotidien, qu'attendez-vous de cette nouvelle aventure en direct de la Berlinale?
R.B.: Tous les matins je vais me raser avec la certitude qu’une heure plus tard Annette Gerlach me fera une bise dans le bureau de presse d’ARTE. Ça les gars, c’est un plaisir de roi.







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