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Présidentielle 2008

Dmitri Medvedev est devenu le, 2 mars 2008, le nouveau président russe au terme d'une campagne morne et sans enjeu.

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04/03/08

Poutine reste, Medvedev arrive

Sa victoire était acquise et annoncée depuis sa désignation comme dauphin officiel par Vladimir Poutine à l'automne dernier. Dmitri Medvedev est devenu hier le nouveau président russe au terme d'une campagne morne et sans enjeu.

La victoire ne s'est pas jouée ce dimanche, mais les 10 et 11 décembre derniers. En l'espace de 24 heures, le résultat était écrit. Lundi 10 décembre, 14 heures, l'agence de presse russe Ria-Novosti annonce : « Russie unie, Russie juste, le Parti agraire et celui de la Force citoyenne (tous pro-Kremlin, ndlr) proposent Dmitri Medvedev comme candidat à la présidentielle. Poutine soutient ». Mardi 11 décembre, 14 heures : « Medvedev propose Poutine comme Premier ministre ». Un pouvoir bicéphale lourd d'inconnues, c'est la donnée essentielle à retenir de cette élection présidentielle.

Une large victoire déjà écrite
70,23% des suffrages donc pour Medvedev, 42 ans qui a grandi dans l'ombre de Vladimir Poutine depuis leur rencontre il y a 17 ans à Leningrad, devenue St Pétersbourg. Dmitri Medvedev a écrasé sans ménagement ses trois concurrents. Les quelque 110 millions d'électeurs de dimanche ont donc suivi les consignes délivrées par le Kremlin et ses médias.

Le candidat communiste Guennadi Ziouganov recueille 17,76% des voix, 9,37% pour l'autre vétéran des scrutins présidentiels russes l'ultra-nationaliste Vladimir Jirinovski, et enfin 1,29% pour le leader du petit Parti démocratique de Russie pro-européen Andreï Bogdanov, taxé de candidat de paille du Kremlin.
Le plan Poutine a donc fonctionné à merveille dans la foulée des législatives remportées haut la main le 2 décembre dernier par la formation présidentielle Russie unie. 64% des suffrages, la marque d'un grand « signe de confiance de la part du peuple russe et d'une légitimité renforcée pour le Parlement », disait Vladimir Poutine au lendemain de cette écrasante victoire. Alors pourquoi ne pas donner une assise encore plus importante au pouvoir Poutine ?

Le plan Poutine
Première mesure : écarter tous les opposants dérangeants pour Dmitri Medvedev. Dont acte. Dernière victime en date du système, l'ancien premier ministre libéral Mikhaïl Kassianov, dont la candidature a été invalidée le 5 février par la Cour suprême russe. La juridiction a jugé légal le refus de la commission centrale électorale d'enregistrer la candidature de Kassianov à la fin du mois de janvier : 13% des deux millions de signatures exigées pour se présenter comme candidat indépendant – non soutenu par un parti représenté à la Douma – ont été considérées comme non-valables, ce qui dépasse le seuil de 5% toléré par la loi russe. Commentaire de Kassianov : « Le pays s'est finalement mis en route sur un terrain glissant vers le totalitarisme avec un pouvoir illégitime ». Même verdict de la commission électorale à propos de l'ancien dissident soviétique Vladimir Boukovski, exilé en Grande-Bretagne depuis les années 70 : son problème, ne pas avoir vécu au moins dix ans en Russie, handicapant pour prétendre diriger le pays. Quant à l'opposant libéral Boris Nemtsov, il s'était désisté en faveur d'un candidat unique de l'opposition libérale,... Mikhaïl Kassianov.

L'ancien champion du monde d'échecs, Garry Kasparov, s'était vu, lui aussi, contraint de jeter l'éponge le 12 décembre. Le chef du mouvement d'opposition L'Autre Russie voulait lutter « pour qu'une vraie élection ait lieu » ; en raison de l'ostracisme dont il a été victime de la part du pouvoir, il n'est pas parvenu à trouver une salle pour réunir son groupe de soutien avant le 18 décembre, date limite de dépôt de candidature. Enfin, dernières preuves d'un pouvoir qui verrouille tout et ne souffre pas la contradiction, l'annulation de sa mission d'observation par l'OSCE « en raison des restrictions imposées par les autorités russes » et des journalistes régulièrement soumis à des pressions de la part du pouvoir, certains battus en marge de manifestations ou d'autres, même, assassinés, comme Anna Politkovskaïa le 7 octobre 2006.

Les grandes lignes de la politique Poutine-Medvedev
La politique étrangère de la Russie restera la même et Medvedev défend le retour de son pays comme grande puissance mondiale. Il estime aussi que Russie et Etats-Unis sont voués à coopérer « dans tous les cas, inévitablement. [...] Beaucoup de sujets exigent un travail commun, comme la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue ou les questions énergétiques ». Quant aux divergences, « nous sommes obligés d'en tenir compte », allusion à l'installation du bouclier antimissile américain en Europe centrale. Vladimir Poutine déclarait d'ailleurs lors de sa dernière conférence de presse annuelle le 14 février devant un millier de journalistes que les missiles russes pourraient alors être « réorientés sur des cibles qui menaceront notre sécurité nationale », comme l'Ukraine, la Pologne et la République tchèque.
Dmitri Medvedev s'est également prononcé pour un système judiciaire plus indépendant du pouvoir et pour le départ de nombre de bureaucrates des conseils d'administration où « ils devraient être remplacés par des dirigeants indépendants recrutés par l'Etat pour travailler dans son intérêt ».
Sur un plan économique, Medvedev a dessiné les contours d'un futur reposant sur des milliers de petites entreprises plutôt que sur quelques conglomérats géants. Une approche libérale donc avec, à la clé, la transformation de la Russie en « l'un des plus gros centres financiers du monde ». Enfin, à la suite du discours de Vladimir Poutine le 8 février sur le développement de la Russie jusqu'en 2020, Medvedev en appelle à la privatisation des entreprises d'Etat et au développement de l'économie russe, trop tournée aujourd'hui vers les matières premières et les hydrocarbures et pas assez compétitive.

Poutine reste, Medvedev arrive
L'exercice du pouvoir apparaît donc clairement partagé. Poutine estime qu'après huit années passées au Kremlin, « tous les objectifs ont été atteints. Ma mission a été remplie. Nous avons une situation stable économiquement et politiquement ». Avec une prospective jusqu'en 2020, Poutine joue une partition stratégique. Ne pas enfreindre la Constitution russe et laisser sa place pour mieux revenir en 2012, voire avant par le biais d'élections anticipées, et éventuellement se faire réélire président pour deux mandats consécutifs. Dans les quatre années à venir, il sera donc un conseiller exclusif et omniscient pour Medvedev. Poutine, pourtant, s'en défend : « Je n'ai jamais ressenti de dépendance au pouvoir ». Dans les faits, Poutine a aussi déclaré que « le pouvoir exécutif suprême dans le pays, c'est le gouvernement russe et le chef du gouvernement », ajoutant qu'il ne serait pas un Premier ministre de transition.

Le jeu de bascule du pouvoir risque toutefois de s'avérer dangereux puisque la Constitution russe fixe un pouvoir présidentiel fort, avec un rôle technique pour le Parlement et le gouvernement. Seul grain de sable susceptible de gripper la machine : Medvedev prend goût au pouvoir, s'affirme comme président et applique son droit de limoger un Premier ministre trop encombrant. Deux inconnues dans ce tandem inédit : à qui seront subordonnés les siloviki, ces hommes en noir issus de l'armée et de l'ex-KGB qui ont essaimé vers de nombreux postes-clé sous Poutine ? Et comment coexisteront deux administrations fortes, celle du président et celle du gouvernement, chacune voulant être indépendante ?
Alexis Fricker

Edité le : 02-03-08
Dernière mise à jour le : 04-03-08