Ce qui me manque est une série de modules télévisuels vraiment européens :
Dans chaque module, un homme ou une femme assise à une table face à la caméra.
Toutes ces personnes ont un point en commun : ils sont européens, mais ont choisi de vivre dans un autre pays européen. Et ils nous racontent et nous montrent le ou les deux ou trois objets dont ils ne peuvent que difficilement se passer dans leur pays d’adoption et qu’ils rapportent donc de leur pays natal quand ils y repassent.
John, un Irlandais installé à Hambourg nous présente son « magic beer glass », un verre très intelligemment conçu et qui lui manque en Allemagne,
Airi, une Finlandaise de 73 ans qui vit en France depuis plus de vingt ans nous présente sa petite caisse en bois dans laquelle on peut trancher les betteraves rouges sans se salir les mains, de petits fagots de branches de bouleau dont on se fouette le corps dans le sauna et du cardamome parce que vraiment « en Finlande, il est beaucoup plus épicé, plus fin. »
Diletta trouve que le capuccino vendu en France ne ressemble à rien, elle nous présente donc son « bricco da spuma », s machine à faire de la mousse de lait.
Bernhard, l’Autrichien, ne conçoit pas de passer l’hiver sans ses caleçons longs, ni sans son huile de pépins de courge…
Comme eux, ils sont un peu plus d’une cinquantaine à nous
présenter un, deux ou trois objets qui leur manquent : « ce qui me manque ».
Tous s’adressent directement à nous.
Tous parlent dans leur langue. Ainsi, quasiment toutes les langues européennes sont présentes, du hongrois au portugais, du letton au grec etc, etc,.
Sur ARTE les spots sont diffusés avec une voice-over qui peremet à la langue originale de rester bien perceptible en arrière-fond.
Ces 50 modules sont des petits morceaux d’Europe, de toutes ses cultures, de ses langues, de sa vie. C’est aussi une galerie de portraits.
C’est gai, ludique, vif, même s’il arrive aussi qu’une certaine nostalgie imprègne le plan. (Quand une personne exprime le manque de tel ou tel objet, on ne peut s’empêcher de lire derrière l’objet « le manque du pays »).
Ce qui me manque n’est pas anecdotique. Car ces objets manquent vraiment à ceux qui nous les présentent. Ils sont l’expression de la diversité des cultures quotidiennes et de nos pratiques. Ils sont irréductibles : ces petits riens font notre vie, notre quotidien, notre richesse, nos différences et ils résistent imperturbablement à la globalisation.
Ce qui me manque, ce sont les facettes d’une Europe incarnée.
Ces 55 modules ont été produits dans le cadre de l’Atelier de Recherche d’Arte France.
À ma demande, quatre réalisateurs, Jan Peters et Markus Seitz en Allemagne, Stefanie Rieke et Conce Codina en France ont filmé ces modules en suivant une charte très précise qui permet l’uniformisation de l’ensemble.
Nous essayons, en complémentarité avec la diffusion sur ARTE, de monter un projet d’installation itinérante à travers l’Europe pour cette série, avec une vingtaine de moniteurs montrant 20 visages figés qui s’animeraient au fur et à mesure et qui permettraient de les monter en une vaste boucle d’une heure de programme.
Claire Doutriaux







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