Ils sont venus en éclaireurs. Pour ouvrir les portes de la ville aux quelque 200 000 visiteurs qui déferlent chaque année, pour une orgie de bulles. Et le plus incroyable, c'est que c'est volontiers que les habitants ouvrent leurs portes aux barbares. Car l'événement a depuis longtemps une renommée mondiale, et fait parler de la Charente jusqu'aux confins des îles Senkaku.
Quant aux auteurs et dessinateurs de bande dessinée, sont trop souvent précaires et disséminés, le festival d'Angoulême fait pour eux figure de sanctuaire. Un bastion plutôt, puisqu'ici on ne se recueille pas, on se mélange plutôt, on se rencontre, on coince la bulle et on reprend des forces pour la suite. Car si la crise n'a pas fait dégringoler les ventes de bande dessinée en France, les éditeurs constatent une stagnation qui ne leur dit rien de bon.
Ouf !
Le festival, cette année, a d'ailleurs failli ne pas avoir lieu. La ville d'Angoulême, premier partenaire financier, menaçait à l'automne de réduire de 400 000 euros ses subventions.Âpre bataille, dans laquelle les Tuniques bleues au grand complet n'auraient pas été de trop. Les débats ont duré des semaines, et les organisateurs ont bien cru que la BD allait devoir se refermer pour de bon. Ou s'ouvrir plus tard, en été. Car le problème du festival, c'est la petitesse et le manque d'équipement de la ville, qui oblige les organisateurs à chauffer à grands frais des tentes d'exposition.
Finalement, les élus locaux ont accepté de revoir leurs réductions à la baisse. Pour cette année du moins. Pour 2011, on verra. Heureusement pour les festivaliers, le ministre de la Culture prévoit de venir à Angoulême. Rejoindra-t-il les rangs des ardents défenseurs de l'art à bulles ? C'est ce que tous espèrent, pour que le festival reparte l'an prochain sur des rails plus sereins.
Embuscades
Dès lors, la 37è édition s'est bien ouverte. Avec beaucoup de public, déjà, et de belles surprises. Car aux côtés des monstres sacrés Sempé & co, de jeunes auteurs moins connus se débusquent à tout coin de rue. Leurs personnages viennent grossir les rangs de cette troupe de caracactères hirsutes et fantastiques. Ainsi, on a pu rencontrer les indiens en boîte de Samuel Stento. Le scénariste bordelais a infiltré les plumés dans un donjon de l'Hôtel de Ville, pour présenter sa "Saison des flêches", parue aux éditions de la Cerise.Des indiens d'Amérique conservés en boite de conserve, à déboiter chez vous pour un western d'intérieur. L'une des histoires qui agitent Angoulême, le temps de trois jours de siège.
Un article de Cécile Magne







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