dimanche, 30 janvier 2011 à 00:55
Rediffusions :
Pas de rediffusion
Bamako, la cour
(France, Mali, 2006, 93mn)
ARTE F
Réalisateur: Abderrahmane Sissako
Image: Abdourahmane Somé, Jacques Besse, Makhète Diallo, Thomas Nikéma
Acteur: Aïssa Maïga, Balla Habib Dembélé, Danny Glover, Maimouna Hélène Diarra, Tiécoura Traoré, Aminata Traoré (Témoin), Djénéba Koné (La soeur de Chaka), Gabriel Magma Konate (Le procureur), Hamadoun Kassogué (Le journaliste), Mamadou Kanouté (Avocat de la défense), Roland Rappaport (Avocat de la défense), William Bourdon (Avocat des parties civiles)
Auteur: Abderrahmane Sissako
Costumier: Maji-da Abdi
Décors: Mahamadou Kouyaté
Maquillage: Batoma Kouyaté
Production: ARTE France, Archipel 33, Chinguitty Films, Mali Images
Producteur: Thomas Alfandari
Son: Christophe Winding, Dana Farzanehpour
Dans une cour de Bamako où vivent plusieurs familles se tient le procès public de la Banque mondiale et du FMI. Mi-documentaire, mi-fiction, une parabole politique imparable, à laquelle Aïssa Maïga insuffle une émotion poignante.
À Bamako, dans une jolie cour ombragée de manguiers où vivent plusieurs familles, on juge publiquement les institutions financières internationales. Un procès dans les règles du droit, où viennent tour à tour déposer d'authentiques témoins - dont l'ancienne ministre malienne de la Culture Aminata Traoré. "Compressés", "déflatés", "ajustés", ils exposent les ravages infligés à des milliers d'existences par les politiques d'ajustement structurel imposées depuis vingt ans aux pays pauvres par la Banque mondiale et le FMI. Apparemment indifférente aux débats, au réquisitoire du procureur ou aux plaidoiries des avocats, la vie de la cour continue comme à l'ordinaire. Melé, chanteuse dans un bar de nuit, est impuissante à sauver son mariage avec Chaka, miné par le chômage ; un jeune couple se marie ; une femme soigne son enfant...
Libre parole
Habité par le désir de tourner dans la demeure où il a grandi, dans le quartier populaire d'Hamdallaye, à Bamako, et de dénoncer l'injustice faite selon lui à l'Afrique par des politiques mondiales que dicte l'Occident, Abderrahmane Sissako (La vie sur Terre, En attendant le bonheur) a imaginé un dispositif d'une radicale originalité, entre documentaire et fiction. Dans l'espace théâtral du procès, les protagonistes (dont nombre d'habitants du quartier) jouent leur propre rôle et usent librement de leur temps de parole pour tenter de faire entendre, au fil des audiences, leur vérité. Tout autour, le cinéaste recrée une vie imaginaire jouée par des comédiens, faisant palpiter de brefs morceaux d'histoire entre les murs de pisé. Dans cette quasi-unité de lieu (cette cour au double sens du terme, que l'on ne quitte que pour de brefs instants) et de temps (celui du procès), se noue une parabole politique d'une force étonnante. La précision du cadre reflète la rigueur et l'exigence du débat ; les récits, réels et fictifs, se croisent avec subtilité, distillant une émotion puissante. Figure centrale et presque sans paroles, Aïssa Maïga illumine d'une présence douloureuse et charnelle cette dénonciation imparable, sans clichés ni pathos.