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Bollywood

Pendant une semaine, ARTE a célèbré l'Inde avec des films, des documentaires et deux Themas. Découvrez la planète Bollywood et ses secrets.

Bollywood

Semaine indienne - 02/09/08

Qu’est-ce qui fait courir Bollywood ?

Bollywood offrirait-il un easy cinéma fait de spectacles luxuriants, colorés, sucrés et sexy, prompts à provoquer l’engouement des foules ? S'il semble réducteur de le cantonner à ce stéréotype, le film musical indien n'en est pas moins un genre très codifié qui s'exporte de plus en plus… sauf en Europe.

Les Français découvrent enfin la saveur et les épices du cinéma indien. Les récents succès en salle de Devdas et Lagaan, et la rétrospective "Vous avez dit Bollywood !", organisée en février 2004 par le Centre Pompidou à Paris, ont marqué les esprits. Mais que représente vraiment le cinéma populaire indien aujourd’hui ? Au-delà d’un Bollywood sans doute chimérique, il serait plus juste de parler du film musical comme LE genre autour du quel s’organisent toutes les autres productions (historique, religieuse, mythologique), articulées de manière très codifiée autour d'au moins six chants et six danses.

Société sous influence

Avec huit cent films produits par an à Bombay, le cinéma est l’une des industries les plus florissantes du pays. Destiné d’abord à un marché local, ce cinéma commercial s’exporte à merveille, influençant au passage le cinéma égyptien. L’énergie du cinéma indien est telle qu’elle conditionne jusqu’aux modes de vie des Indiens : Devdas, qui a connu un succès considérable, a influencé la mode des saris et même celle des mariages. Quant à Amitabh Bachchan (La famille indienne, de Karan Johar) ou Shahrukh Khan, l’acteur de Devdas (qui joue dans d'innombrables films dont Dil Se et Kuch kuch hota hai, diffusés par ARTE les 23 et 25 février) ce sont de véritables divinités.

Mais rares sont les films qui parviennent jusqu'à chez nous, et tout un pan de la production, d’inspiration mythologique et religieuse, nous échappe. La société contemporaine indienne se retrouve en effet à travers des fictions où le réalisme a été sacrifié au profit de scénarios simplissimes, mais qui constituent le point d’orgue autour duquel sont constamment interrogées les valeurs morales. Le cinéma populaire indien, à travers ses déchirements familiaux, ses amours contrariées, ses combats sociaux et politiques, brodés à partir de récits traditionnels, peut être vu comme le miroir et l’expression d’un inconscient collectif.

Cinéma du désir

Derrière la critique de l’esclavage portée par le film Mother India pointait l’idée (inconsciente) d’un pays en train de naître et de se reconnaître dans son indépendance. Aujourd’hui, Dil Se (De tout cœur) de Mani Ratnam et Asoka de Santosh Sivannous parlent aussi bien des mariages arrangés et du terrorisme que de la non-violence. Surtout, dans une nation marquée par le puritanisme et la censure, le cinéma musical populaire permet aussi l’expression d’un érotisme étouffé par ailleurs. Ce qui fait courir Bollywood, c’est peut être ça : un cinéma du désir plus que de l’acte.

Donald James

Edité le : 15-02-05
Dernière mise à jour le : 02-09-08