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Une carrière européenne
C’est le cas notamment dans « Les malfaiteurs » (« Los Atracadores », 1962) où il interprète un jeune idéaliste issu d’un milieu aisé qui entraîne deux camarades nettement plus pauvres dans la délinquance. Dans ce film très noir de l’Espagnol Francisco Rovira Beleta, il est parfaitement convaincant en meneur charmeur puis éperdu. Ce sera son ticket pour les fameux « Winnetou ». Mais déjà avant cela, l’Italie avait reconnu en lui un acteur au potentiel intéressant et lui avait offert quelques rôles salués : l’assassin d’une prostituée dans « Jeux précoces » (« Il Rossetto », 1960) de Damiano Damiani, un étudiant chargé d’écrire sur le carillon macabre d’un célèbre sculpteur dans le gothique « Moulin des supplices » ( « Il mulino delle donne di pietra », 1960) de Giorgio Ferroni... Ah l’Italie, terre des possibles !
Il faut dire qu’à l’époque, dans les années 60, il y avait encore d’importants studios en Europe et notamment Cinecitta à Rome. Qui dit production cinématographique conséquente, dit opportunités pour un acteur sous-exploité dans son pays. D’autant que c’est aussi la période des co-productions et que sur les plateaux on parle toutes sortes de langues, l’ensemble étant ensuite post-synchronisé. Du coup, au fil de sa filmographie, on pourra entendre Pierre Brice s’exprimer couramment en italien, espagnol, allemand, anglais, roumain…
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Un projet légèrement borderline en coulisse donc… Au cours de sa carrière, Pierre Brice s’aventurera en toute innocence dans d’autres projets discutables –on pense notamment aux films du poussif Peter Rush (en réalité Filippo W. Ratti : il était alors de bon ton de prendre des pseudonymes sonnant américain) : « Erika » (1971) et surtout « Les nuits sexuelles » (« La notte dei dannati » 1971) truffé d’inserts lesbiens plutôt complaisants. Pierre Brice traverse cela dignement comme toujours.
Il a d’ailleurs tourné avec d’autres futurs réalisateurs polissons avant que ceux-ci n’aient trouvé leur style. Il participe ainsi au très sage « Dictionary of sex » (1964), de Radley Metzger qui deviendra –en matière de libido inspirée- le seul concurrent contemporain sérieux de Russ Meyer. Chez Max Pecas débutant, ça se passe bien aussi : celui qui fera ensuite carrière dans l’ultra-vulgarité made-in-France offre à Pierre Brice l’occasion de composer un personnage élégant et manipulateur dans une inoffensive variation autour des « Liaisons dangereuses » intitulée « Douce violence » (1962).
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C’est un peu ce que fera la télévision à partir des années 70 : elle s’accapare Pierre Brice qui s’arrête de tourner pour le cinéma. Mais qui sait ce que réserve l’avenir ? À 78 ans, Pierre Brice toujours vif et séduisant ne baisse pas les bras !
Pierre Brice à propos de…
- Sa carrière et son avenir cinématographique : « Je suis à l’automne de ma vie, le métier d’acteur, je pense que je le fais avec cœur, avec émotion, apparemment avec succès : je n’ai pas fait complètement ce que j’aurais voulu faire, mais je crois au destin, peut-être que quelqu’un va venir et me proposer la chose que j’attends. »
- Sa formation : « Je suis allé de cours de comédie en cours de comédie. Mais moi je venais déjà de me taper quatre ans de vie militaire, dont deux ans d’enfer en Indochine. Mes contacts avec les élèves étaient différents, mes problèmes étaient différents : j’étais devenu un adulte, avec cette guerre d’Indochine, donc, je ne me sentais pas à l’aise. Pas du tout à l’aise. Jusqu’au jour où j’ai rencontré un vieux comédien Russe, qui était en Russie au moment de la Révolution et était acteur du théâtre Stanislavski de Moscou -le théâtre Stanislavski, c’est la fameuse méthode qui a fait l’actor’s studio en Amérique. Et il donnait des leçons de comédie dans sa cuisine. Et là, avec trois ou quatre autres élèves, j’ai tout appris. J’ai appris mon métier. »
-Les valeurs qu’il a en commun avec Winnetou : « Je me suis rendu compte que c’était une espèce de rencontre entre l’acteur et le personnage. Ça me correspondait très très bien parce que je pense que Winnetou est quelqu’un qui défendait des valeurs comme : « paix, liberté, égalité, fraternité » ! Les droits de l’homme. Et ce sont des valeurs que moi j’ai toujours respectées et que je me suis forcé tout au long de ma vie à imposer. »
- Une carrière Hollywoodienne ? : « En 1960, j’ai fait un séjour à Hollywood, j’ai connu pas mal de gens et j’ai eu une proposition pour signer un contrat de sept ans. Mais en fait, j’ai estimé que c’était dangereux. C’est dangereux, un contrat de sept ans : on peut être engagé pendant sept années, on est payé, bien payé, mais la vie coûte cher à Hollywood, il faut paraître, et puis il est aussi possible que l’on ait été engagé pour ne pas faire d’ombre à un acteur qui est déjà sous contrat. Et j’ai donc dit non, d’autant plus que j’avais beaucoup de films qui m’attendaient à Rome à cette époque-là. »
-Ambassadeur : « Ca fait plus de quarante ans que je travaille pour les Allemands. Il n’y a jamais eu de scandale sur ma personne, je n’ai jamais fait parler de moi dans un mauvais sens, non : je crois que j’ai donné une bonne image de la France. Et des Français. »
Texte : Jenny Ulrich






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