En Europe, de plus en plus de mineures tombent enceintes. Plus de la moitié des adolescentes de moins de 18 ans décident de garder l’enfant, et de nombreux jeunes papas acceptent d’assumer leurs responsabilités. Mais ces jeunes ne savent pas ce qui les attend : quand les enfants font des enfants, c’est leur univers tout entier qui se retrouve bouleversé. Cela représente un véritable défi pour tout le monde. Les parents de Dominik, 18 ans, ont toujours considéré leur fils comme un adolescent sérieux et appliqué. C’est la raison pour laquelle la nouvelle de sa paternité précoce a été, pour eux, un véritable choc. Il a fallu du temps pour que les deux jeunes grands-parents se fassent à cette idée: « En tant que parents, on a tendance à penser en premier à tous les problèmes que cela implique. Les premiers temps, après l’annonce de la grossesse, nous avons commis de graves erreurs. Nous avons mis l’accent sur tous les problèmes qui les attendaient. Nous leur avons parlé des difficultés qu’ils allaient rencontrer, de tout ce à quoi ils allaient devoir renoncer. Mais nous avons changé notre fusil d’épaule le jour où Dominik nous a dit qu’il ferait peut-être mieux de se jeter sous le métro. »
Nicole et Dominik sont ensemble depuis 20 mois. Ils ont pris leur temps avant d’avoir des relations sexuelles. Nicole n’a jamais voulu entendre parler de pilule. Elle a toujours refusé d’aller chez le gynécologue car elle appréhendait l’examen. C’est une réaction typique de nombreuses filles de son âge. Le douloureux abandon du cocon familial, les mois de refoulement de sa grossesse, la mauvaise utilisation des moyens de contraception…Les problèmes rencontrés par Nicole et Dominik permettent d’expliquer de nombreuses grossesses adolescentes.
Le nombre de grossesses adolescentes en Europe ne cesse d'augmenterDepuis plusieurs années, on constate, presque partout en Europe, une augmentation constante du nombre de grossesses adolescentes. Selon une étude menée par l’UNICEF en 2001, l’Angleterre se situe en tête de peloton, avec une moyenne de 30 grossesses pour 1 000 adolescentes. En Autriche, le taux de grossesse chez les adolescentes est de 25 pour 1 000. En Allemagne, il est de 20 pour 1 000, contre 15 pour 1 000 en France. En Hollande, le travail d’information a particulièrement bien fonctionné. On n’enregistre que 7 grossesses pour 1 000 adolescentes.
Il existe plusieurs raisons pour expliquer ce nombre toujours croissant. Premièrement, la maturité sexuelle des jeunes commence de plus en plus tôt. Certaines jeunes filles ont leurs premières règles dès l’âge de 9 ans. Deuxièmement, si l’on en croit les sexologues, les jeunes entre eux se sentent tenus à une obligation de performances pour ce qui est de la sexualité. Beaucoup sont persuadés que tout le monde l’a déjà fait sauf eux ! Cela est dû à l’omniprésence du thème de la sexualité dans la vie des ados.
Le médecin Heike Eversheim se rend régulièrement dans les écoles berlinoises pour donner des cours de sexualité. Elle constate à longueur de temps qu’un véritable fossé sépare leur vision des choses de la réalité. Seuls 10 % des jeunes de 14 ans sont effectivement actifs sexuellement. En Europe, l’âge moyen de la « première fois » se situe entre 16 et 17 ans. Une troisième raison pour expliquer ce phénomène est le manque d’information. Beaucoup de jeunes ont du mal à faire le lien entre ce qu’ils apprennent en cours de biologie d’une part, et la réalité d’autre part. Ils sont très mal à l’aise lorsqu’on aborde le sujet de leur propre sexualité.
Peu de risques médicaux
La plupart des gynécologues sont d’accord sur un point : le jeune âge des mères présente peu de risque médical supplémentaire, que ce soit pour la grossesse, la naissance ou pour l’enfant. Statistiquement, on pratique moins de césariennes chez les jeunes filles que chez les femmes plus âgées. Toutefois, la combinaison de facteurs psychosociaux, de problèmes relationnels au sein du couple ou de la famille, ou encore la peur de l’avenir de ces jeunes filles peut entraîner des complications durant la grossesse: "Les filles qui tombent enceintes aussi tôt présentent généralement d’autres facteurs de risque. Elles fument plus que la moyenne, elles prennent moins soin de leur santé. Une autre pathologie peut s’avérer dangereuse, aussi bien pour la maman que pour le bébé : il s’agit de la pré-éclampsie, autrefois appelée toxémie gravidique. Ce phénomène est également plus fréquent chez les jeunes mamans. »
Mères adolescentes: le bébé leur donne une place dans la sociétéEn France, le nombre de grossesses chez les adolescentes est relativement stable depuis une dizaine d’années. La France figure en milieu de peloton des pays européens. La distribution de moyens de contraception à destination des jeunes fonctionne particulièrement bien dans le pays. Mais on constate malgré tout des cas de grossesses adolescentes dans les pays où la distribution de moyens de contraception marche bien. Les experts ont remarqué que le désir d’enfant était très fort chez les filles issues de familles à problèmes. Dans la plupart des pays européens, les filles issues de familles défavorisées ne s’intéressent souvent pas aux cours d’éducation sexuelle ni aux moyens de contraception. Elles veulent à tout prix tomber enceinte.
Patricia, de Hambourg, a eu son enfant à 16 ans. Son ami, Steven, est âgé de 18 ans, et leur fils, Nico, a tout juste 3 mois. Patricia vit aujourd’hui avec son fils dans son propre appartement. L’office de la jeunesse leur a trouvé un appartement supervisé car la jeune maman ne pouvait pas rester chez ses parents. Christiane Volkmer est la conseillère de Patricia. Elle aide la jeune fille dans ses démarches administratives, ses rendez-vous chez le médecin, et pour toutes les questions d’ordre financier. Elle est à la fois sa confidente et sa tutrice. Ce n’est pas un rôle évident : il est souvent difficile pour ces jeunes filles d’accepter de l’aide. Elles veulent s’en sortir toutes seules et ont tendance à se surestimer. Elles ressentent cet encadrement comme du dirigisme. Il est donc indispensable qu’une relation de confiance s’installe entre la jeune maman et sa conseillère puisque cette dernière va suivre le développement de l’enfant: « La difficulté avec ces jeunes mères, c’est qu’elles ont aussi leurs propres besoins. Elles sont tellement jeunes ! Elles ont parfois du mal à s’accepter ou alors elles ont besoin qu’on les comprenne. Elles n’ont généralement pas appris dans leur enfance à recevoir et à donner de l’amour. Aujourd’hui, elles veulent faire mieux que leurs parents. Le plus important, c’est de bien comprendre son enfant. Que veut-il me dire ? Il ne pleure pas pour m’embêter ou parce qu’il est en colère, mais parce qu’il a faim, ou qu’il souhaite que je le prenne dans mes bras parce qu’il a besoin de moi. »
Carmen, l’amie de Patricia, vit également dans ce centre supervisé. Carmen avait 16 ans quand elle est tombée enceinte. Son fils David est aujourd’hui âgé d’un an. Carmen et Patricia se voient pratiquement tous les jours. Cette amitié est très importante pour les deux jeunes filles. Elles se comprennent, elles peuvent partager leur expérience. Leur quotidien n’a, en effet, plus rien à voir avec celui de leurs copines de leur âge: « Pendant la grossesse, ou même avant de tomber enceinte, on croit qu’un enfant, c’est facile à gérer. Il suffit de lui donner à manger, de le faire dormir, de changer ses couches. La réalité est très différente. On doit toujours penser en premier à son enfant. Pour commencer, l’enfant te réveille toujours très tôt le matin. C’est malheureusement vrai. On ne choisit pas combien de temps on va dormir. » Les deux adolescentes ont découvert leur grossesse très tôt. Pourtant, aucune des deux ne voulait entendre parler d’avortement: "Je peux dire que j’ai trouvé un nouveau sens à ma vie. Ca peut paraître débile de faire un enfant pour donner un nouveau sens à sa vie, mais je dois avouer que ça m’a apporté quelque chose. Je me sens enfin utile et aimée. J’ai de l’amour à donner. Ce sont des choses que je n’avais jamais connues avant. "
Carmen et Patricia n’ont aucun diplôme. Mais elles souhaitent y remédier et suivre une formation dès que leur enfant sera un peu plus grand. Pour le moment, les deux jeunes filles sont protégées financièrement grâce à leurs enfants. Etre mère leur donne une place dans une société dans laquelle elles se sont toujours senties exclues.
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HIPPOCRATE - Magazine de santé
Mardi 04 juillet 2006 à 14h00
Rediffusion du 07 juin 2005
Rédactrice en chef : Heidemarie Petters Une coproduction ZDF -ARTE G.E.I.E.






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