Dunod : Vous avez fondé en 1987 le premier service de maternologie à Saint-Cyr-l'École. Quel est l’objectif de cette discipline ?
Jean-Marie Delassus : On reproche trop souvent aux mères de ne pas avoir fait ci ou ça. Si les mères ne sont pas parfaites, on leur tombe dessus. Or la maternité est un acte qui ne peut avoir de sens que s'il est libre. S'il ne l'est pas, la femme se méfie, elle se sent contrainte et surveillée, donc inquiète. Soutenir les mamans, c’est donc les soutenir dans leur liberté, car c'est seulement dans la liberté que l'on trouve les mots d'amour. Et pour soutenir les mères dans leur liberté, il faut une science qui comprenne la maternité -- c’est la "maternologie"-- la maternologie vise à comprendre le sens de la maternité pour aider des femmes à être mères quand la chose ne se fait pas tout à fait naturellement.
Cela permet ensuite que l'enfant fasse une bonne naissance, que le père puisse participer à un événement heureux et cela permet enfin de "faire" de la famille au sens fort et chaleureux du terme.
Dunod : La maternologie s'adresse-t-elle en priorité aux mères ou aux enfants ?
Il n'y a pas de maternité si la mère n'est pas heureuse et pas de naissance si le bébé n'est pas heureux. La maternologie s'adresse donc à la mère et au bébé ensemble, car ils ont à établir ce lien de sécurité, de chaleur et de bonheur.
La maternologie s'intéresse à la genèse du lien, de manière à ce que ce lien permette que l'accouchement de l'enfant devienne sa naissance (psychique). Cette question de lien se joue aussi dans le cadre de ce que le père en verra et pourra en soutenir de manière à former un ensemble au sein duquel des processus psychiques et des affects très délicats pourront oser s'exprimer.
Dunod : Qu'entendez-vous par maternité psychique ?
Au niveau humain, la maternité n'est pas simplement d'ordre physique. Si elle se double bien sûr de sentiments d'amour, elle doit aussi répondre à ce qu'a été la vie prénatale de l'enfant, lequel a enregistré, intégré l'harmonie habituelle de la vie utérine et se trouve donc habitué à la totalité de la vie. La mère est celle qui assure, par sa présence psychique, affective, symbolique, la continuation de la totalité vitale et donne ainsi envie de naissance à son enfant. Elle lui donne d'autant plus envie de naître qu'elle-même retrouve ce désir de totalité vitale en ayant eu un désir d'enfant et en ayant porté son enfant.
La maternité psychique, c'est cette dimension d'échange et de partage d'univers de totalité que l'un et l'autre se donnent, se le donnant dans le cadre de ce que l'on appelle dans ce livre, le cycle du don.
Dunod : 10 à 15 % des femmes qui viennent d'accoucher reconnaissent souffrir de ce que la maternité ne leur vient pas "naturellement". Quelle est l'origine de cette souffrance ?
L’analyse de ces statistiques pose effectivement un lourd problème de santé publique et redouble la tâche obstétricale, introduisant cette obstétrique mentale qu'est la maternologie.
Cette souffrance vient du fait que la mère s'attend naturellement à sentir, aimer et pouvoir soigner son enfant, et cela ne se fait pas alors naturellement chez elle – ce qui démontre indirectement l'origine psychique de la maternité humaine. [...]
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© DUNOD EDITEUR, 9 Juillet 2002 - Pour visiter le site de Jean-Marie Delassus, cliquez ici !
Pour aller plus loin, lisez aussi dans ce dossier :
- "Le fœtus est un être humain à part entière" (interview)
- La vie avant la naissance (interview)
- Une sélection d'ouvrages sur le sujet
- Les citations des scientifiques du documentaire
- La filmographie du réalisateur du documentaire






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Jean-Marie Delassus, chercheur interviewé dans le documentaire, est pédopsychiatre. Il a créé le premier service de maternologie en 1987.
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