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L'esclavage aujourd'hui - 30/07/07

Quand une exploitation maximale assure des profits considérables…

Quelque 27 millions de personnes à travers le monde vivent dans des conditions d’esclavage.

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Le mot « esclavage » évoque immédiatement la Rome antique ou les Caraïbes du XIXe siècle. Pourtant, il y a encore des esclaves au XXIe siècle. L’Américain Kevin Bales, spécialiste d’histoire économique, estime que dans le monde, 27 millions de personnes vivent sous l’entière domination d’une autre qui les exploite. Cet esclavage moderne est particulièrement présent sur le sous-continent indien ; cela dit, il est loin d’avoir disparu en Afrique du Nord et de l’Ouest.

En 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme énonçait très clairement que « nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes ». À l’époque, l’esclavage était encore légal dans plusieurs pays. Il n’a été aboli qu’en 1949 au Koweït, en 1952 au Qatar, en 1962 au Yémen et seulement en 1970 au sultanat d’Oman. Aujourd’hui, il n’existe certes plus d’esclavage au sens où un être humain est, devant la loi, la propriété d’un autre. En revanche, d’autres formes, guère plus humaines, d’asservissement total ont vu le jour. 

Sur le sous-continent indien, l’esclavage a avant tout perduré sous la forme de servitude pour dettes. Les dettes sont par ce biais transmises de génération en génération et le travail ne suffit pas à les régler. En effet, le débiteur n’obtenant en contrepartie que la jouissance des produits de la terre ou d’un petit lopin de terre, le remboursement est pratiquement impossible. 

La prostitution des enfants constitue une autre composante gravissime de l’esclavage dans le monde. La plupart du temps, ces enfants sont vendus par leurs parents indigents. S’ils se défendent, ils sont battus, voire violés, par le tenancier de la maison close jusqu’à ce qu’ils se résignent à leur sort... Rien qu’en Thaïlande, on estime que 300 000 enfants de moins de 16 ans sont victimes de l’exploitation sexuelle. Kevin Bales raconte ainsi l’histoire d’une jeune fille de 15 ans du nom de Siri qui se réveillait chaque matin avec des douleurs génitales. Cela lui rappelait qu’elle avait eu des rapports sexuels avec 15 hommes pendant la nuit. Dans ce pays d’Asie du Sud-Est, il doit y avoir quelque 35 000 jeunes filles dans le même cas que Siri. La Thaïlande est le pays qui affiche le taux de séropositivité le plus élevé au monde. Si une jeune fille tombe malade, son souteneur la met dehors. En règle générale, ces femmes retournent alors dans leur village natal, pour y mourir. 

Et si, dans l’Antiquité ou dans l’Amérique du XIXe siècle, un maître d’esclaves entretenait généralement aussi des esclaves non productifs (enfants, femmes enceintes, malades, personnes âgées), à l’époque actuelle, comme l’exprime crûment Kevin Bales, ceux-ci sont tout bonnement « jetés ». Les esclaves sont si peu chers qu’il ne vaut pas la peine de les garder lorsqu’ils sont improductifs. Au Brésil, un tenancier de bordel doit payer environ 150 dollars pour une fille. Elle lui rapporte chaque mois environ 10 000 dollars. À titre de comparaison, sur les marchés aux esclaves du Sud des États-Unis, un esclave coûtait, rapporté au coût de la vie actuelle, quelque 40 000 dollars. Et encore, 150 dollars, certains considèrent que c’est cher payé pour une esclave sexuelle aujourd’hui… D’après les estimations, la traite des êtres humains représente un marché d’environ dix milliards de dollars par an. C’est une activité lucrative face à laquelle les autorités et la police de nombreux pays sont impuissantes, ou indifférentes. Les Brésiliennes contraintes à la prostitution racontent qu’à l’occasion, les policiers eux-mêmes les ont battues lorsqu’elles voulaient dénoncer leur bourreau. 

La Mauritanie est l’un des foyers de l’esclavage en Afrique. L’esclavage y a pourtant été officiellement aboli en 1980 (!). Mais rien n’a vraiment changé : « Où que l’on regarde, à chaque coin de rue et dans chaque magasin, dans les champs et les pâturages, on voit des esclaves. Ils balayent, nettoient, cuisinent, s’occupent des enfants, ils construisent des maisons, gardent les moutons, transportent de l’eau et des briques, ils effectuent tous les travaux pénibles, dégradants et salissants. L’économie mauritanienne repose essentiellement sur leurs épaules. » C’est ainsi que Kevin Bales décrit la réalité quotidienne dans ce pays du Nord-Ouest de l’Afrique. Puisque l’esclavage y est une tradition séculaire, il correspond encore plutôt à l’image « classique » de la société esclavagiste, qui n’est pas uniquement tournée vers le profit maximum, contrairement à ce qui se passe pour les esclaves sexuels, liés par une servitude pour dettes. L’acquisition d’un esclave est des plus rentables, comme l’explique à Kevin Bales un détenteur d’esclaves dont les quatre esclaves parcourent le pays pour acheter de l’eau : ils lui rapportent autant chaque mois que ce que gagne en moyenne un Mauritanien en un an. La marge bénéficiaire est de 265 %. 

De même qu’en Mauritanie, au Soudan, qui ne compterait pas moins de 100 000 esclaves, les maîtres sont des Arabes issus de la classe supérieure, tandis que les esclaves proviennent de la population noire du Sud du pays. La guerre civile, qui fait rage dans ce pays depuis des années, exacerbe ce phénomène : entre 1986 et 2002, plus de 14 000 personnes au total auraient été enlevées et réduites en esclavage dans la zone de combats. Depuis la fin de la guerre civile au sud du pays, les rapts ont principalement lieu dans la région du Darfour. Ces hommes, ces femmes et ces enfants sont envoyés dans le Nord du pays, où ils travaillent comme employés de maison ou ouvriers agricoles sans aucune rétribution pour leur peine. 

Les « enfants soldats » sont parfois également considérés comme un nouveau type d’esclaves. On en dénombrerait environ 300 000 de par le monde, principalement en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Ils servent de chair à canon dans les guerres civiles et les insurrections. Mais l’Afrique n’a pas l’apanage de cette forme d’esclavage. Selon l’Association Terre des Hommes, ils seraient 14 000 en Colombie. Des enfants seraient également utilisés par des groupes de révolutionnaires et d’opposants aux Philippines, en Birmanie, en Inde, en Afghanistan et en Indonésie. Cette ONG décrit en ces termes la situation des enfants soldats : « Ces enfants sont souvent frappés, maltraités et contraints de commettre des atrocités. Ils doivent par exemple tuer d’autres enfants lorsque ceux-ci tentent de fuir. Ce traitement ne sert qu’un seul objectif : l’intimidation. On obtient par la force l’obéissance absolue de ces enfants qui deviennent blasés face à la violence. » 

Pour autant, l’Europe n’a pas de quoi se glorifier. Kevin Bales parle de milliers d’« esclaves domestiques » qui, dans les grandes villes occidentales, sont battus et humiliés et privés de toute scolarité. Par ailleurs, des femmes africaines, asiatiques ou d’Europe de l’Est sont appâtées par des promesses fallacieuses et finissent dans les bordels des pays occidentaux. Leurs passeports sont confisqués, et elles sont contraintes à la soumission, parfois par la force. En outre, du fait de la volonté de constamment maximiser les profits et réduire les coûts, le travail des enfants reste aujourd’hui encore répandu dans le Tiers monde. Cette exploitation qui se différencie souvent peu de l’esclavage moderne touche 250 millions d’enfants dans le monde. 

Uwe A. Oster

A lire :
Christian Delacampagne, Histoire de l’Esclavage, Paris 2002.

Edité le : 20-07-07
Dernière mise à jour le : 30-07-07


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