
Yves Paccalet, 56 ans est un homme double.
Biologiste, botaniste, zoologue, auteur d’une trentaine de livres avec le Commandant Cousteau,
il passe quinze ans sur les mers en embarquant sur le Calypso; poète, son regard est aussi scientifique.
Journaliste, il collabore également régulièrement à plusieurs magazines.

Les tournages de ‘Tendresses animales’
Je donne le premier coup de manivelle à moins d’un kilomètre de ma maison solognote, dans un marais où les grenouilles coassent et fraient. J’utilise, pour la première fois, la caméra télécommandée dont je me servirai pour une dizaine de séquences-clés. Grâce à cette merveille technique, j’emmène le spectateur dans l’intimité des bêtes, au coeur de leur territoire, sans jamais les déranger.
Les galères
On demande toujours aux réalisateurs de films “nature” s’ils ont connu des incidents ou des coups durs. Je suis désolé de devoir avouer que, pour ces films, nous n’en subissons aucun… En deux ans de tournage (je touche du bois pour le prochain !), nous ne déplorons ni incendie, ni déluge, ni malaria, ni morsure de serpent, ni attaque de lion, ni enlèvement par des bandits. J’ajoute que nous réussissons à filmer tous les animaux qu’au départ, nous désirions recruter comme vedettes !
Cela suppose une bonne connaissance du pays visité, de ses habitants et du comportement des espèces zoologiques locales. Il faut, bien sûr, accepter les conditions normales de tournage en milieu naturel. Impossible de filmer la parade du grèbe huppé sans passer huit heures par jour, durant deux semaines, de l’eau jusqu’au ventre. Impensable de surprendre la parade d’un paradisier de Nouvelle-Guinée sans grimper dans un affût de branches bancal, construit par des Papous à vingt mètres de hauteur… Mais (diraient le stoïcien ou le masochiste) la difficulté est la mère du plaisir.
Les exigences
Durant toutes ces aventures au coin de la France ou au bout du monde, je maintiens deux exigences : ne faire courir aucun risque à mes équipiers ; et ne jamais perturber les animaux. Lorsque je fais construire une grue pour filmer des fauvettes à Chambord, je demande aux machinistes de travailler quart d’heure par quart d’heure, en entrecoupant leurs interventions de longues pauses.
Les oiseaux ne cessent à aucun moment de revenir au nid pour nourrir leurs petits. En trente ans de tournages, il ne m’est jamais arrivé de faire abandonner un seul logis, une seule place de chant ou de brame à un animal. J’essaie de laisser la nature aussi propre que je la trouve en arrivant…
La patience et la récompense
Le film animalier exige une vertu cardinale : la patience. Pour filmer la parade du paradisier de Victoria, en Australie, je passe quatre jours à l’affût, au sommet d’une tour de quatorze mètres. La danse d’amour n’a lieu que le quatrième jour et dure trente secondes. Je fais démonter l’édifice pour le placer dans un autre axe. À nouveau deux jours d’attente – et une seule parade. Durant ces heures que je passe perché comme le baron d’Italo Calvino, non seulement les mouches et les moustiques sont assez désagréables, mais je dois veiller à ce qu’aucun serpent ne grimpe. En milieu humide, avec de la buée sur l’objectif et la hantise de rater l’événement, l’émotion est garantie.
Mais ce sont les ingrédients mêmes du plaisir… Quand on se lance dans un film animalier, on se dit qu’on a le temps : une fiction se tourne en huit à dix semaines ; en partant huit à dix semaines, le cinéaste de nature rapporte au mieux dix minutes d’image ! On angoisse à la pensée que le producteur recompte son argent… Mais on vit intensément. On a conscience d’être privilégié, de traverser des parages sublimes, le plus souvent avec des autorisations spéciales délivrées par les parcs et les réserves. On contemple des spectacles et des espèces que peu d’humains peuvent voir.
Je tolère toutes les incommodités du monde pour me retrouver à nouveau devant les grues du Japon qui dansent, au milieu d’une colonie de fous à pieds bleus du Mexique, ou dans une clairière de Chambord où brament les cerfs, dans l’étrange lumière d’un automne de brumes.
Laurent Charbonnier
Extrait de filmographie
2009 Tendresses animales ( Réalisateur – 4X43 min – diffusion Arte)
2008-09 Cheverny, au fil des saisons (Réalisateur - 52mn – diffusé sur Seasons)
2008-09 Chambord, au fil des saisons (Réalisateur - 52mn – diffusé sur Seasons)
2006 Brenne – Sologne (Coréalisateur - 2X52mn – diffusé sur Voyage)
La nuit des animaux (Réalisateur - 52mn – diffusé sur France 3)
2005 Przewalski, le dernier cheval sauvage (Coréalisateur - 52mn – diffusé sur France 3)
2003-04 Chevreuil le grand retour (Réalisateur - 52mn – diffusé sur France 5)
2003 Les gens de Cheverny (Coréalisateur - 52mn – diffusé sur TF1)
2003 Quand le chat n'est pas là (Réalisateur - 52mn – diffusé sur France 3)
2003 Les ailes de la nature (3X52mn – diffusé sur France 2)
2001-02 Des pieds à la tête, Randonnée Sologne (26mn – diffusé sur Voyage)
2001-02 Rendez-vous de saison (Coréalisateur – 52X7mn – diffusé sur Seasons)
2000 Dans les pâturages (Réalisateur – 52mn – diffusé sur France 3)
2000 Les hommes de Chambord (Coréalisateur – 52mn – diffusé sur TF1)
1998-99 Chambord sauvage : Le temps des cerfs, Renaissance
(Coréalisateur – 2X52mn – diffusé sur France 2, France 3, NHK, TSR, RTBF)
1998-99 Les rencontres de la semaine (Réalisateur – 52X4mn – diffusé sur Seasons)
1998 Tapage dans la basse cour (Réalisateur – 52mn – diffusé sur France 3)
1998 Loup y es-tu ? (Réalisateur – 52mn – diffusé sur TF1)
1995 Prédateurs (Réalisateur – 52mn – diffusé sur Canal+, France 3)
1993 Les sangliers (Réalisateur – 52mn – diffusé sur Canal+)
1985 Tant qu’il y aura des cerfs (Réalisateur – 52mn – diffusé sur TF1)
1984 Camargue grandeur nature (Réalisateur – 52mn – diffusé sur Seasons)
1981 La plaine aux busards (Réalisateur – 31mn – diffusé sur TF1)
Des films institutionnels
Extrait de filmographie
‘’ Val de Loire : patrimoine mondial ‘’
Film institutionnel de 8 minutes commandé par les Comités Régionaux du Tourisme des
régions Centre et Pays de la Loire dans le cadre du classement du Val de Loire au Patrimoine
Mondial de l’UNESCO en 2001.
‘’ Réserve naturelle de Chérine ‘’ en 2007, film destiné à une diffusion au sein de la réserve
pour présenter les activités.
‘’ Rencontre avec les arbres ‘’ en 2003, film pédagogique à destination des scolaires.
‘’ Bientôt le retour ‘’ en 2001, film artistique pour l’association Takh destiné à la recherche de
financements pour le programme de réintroduction des chevaux de Przewalski en Mongolie.






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