Le 1er janvier 1959, le révolutionnaire et ses guérilleros proclamaient la République de Cuba après avoir évincé le dictateur Batista, protégé des Etats-Unis. Depuis, Castro règnait en maître absolu sur le pays, à la fois comme chef de l’Etat, du gouvernement, du parti et de l’armée. Jusqu’à sa fameuse chute d'une tribune en automne 2004, on avait oublié à quel point le « guide suprême » avait vieilli. L’image de cette chute a fait le tour du monde, car pour beaucoup, cette maladresse était symbolique : à quand la vraie chute de ce dictateur qui détient presque le record du monde de longévité ?Raúl Castro, successeur de son frère, Fidel
Ce que beaucoup pensaient impossible est finalement arrivé en août 2006 : Fidel Castro a confié – provisoirement comme le soulignent bien les communiqués officiels - les affaires de l’Etat à son frère Raúl, de cinq années son cadet. Celui-ci est à la fois vice-président et ministre de la défense. La raison de cette passation de pouvoir provisoire est l’état de santé de Fidel Castro qu’une intervention chirurgicale suite à une hémorragie intestinale a obligé à se retirer. Raúl Castro est moins charismatique, il n’a rien de l’aura de son frère Fidel et, d’une manière générale, il est moins aimé que craint par le peuple cubain. Politiquement, Raúl Castro a toujours été considéré comme un pur et dur, fidèle à la ligne du parti, qui s’est opposé à toute réforme économique et politique. Comme modèle économique, il prône actuellement une libéralisation à la chinoise.
Tous les experts s’accordent à dire que le pays devrait être fortement ébranlé par le départ de Fidel Castro : « La chute du régime peut être évitée par un transfert du pouvoir aux militaires, c'est-à-dire à Raúl Castro », écrit le sociologue et spécialiste des affaires cubaines Hans-Jürgen Burchardt. « Mais ni la population cubaine ni la communauté internationale ne reconnaîtront longtemps les militaires comme dirigeants légitimes du pays. Un gouvernement dirigé par l’armée n’aurait qu’un caractère d’intérim. »
Une opposition exsangue
Les rares voix qui s’élèvent pour critiquer le système pourront-elles se faire entendre après un changement de régime ? Rien n’est moins sûr. Selon Bert Hoffmann, spécialiste de Cuba à l’Institut de Recherches sur l’Amérique Latine de Hambourg, il existe depuis longtemps déjà « un mécontentement significatif » dans le pays. Mais les opposants n’ont presque aucun moyen de s’exprimer dans un système politique hermétique et des médias au service de l’idéologie castriste. Même les opposants connus à l’étranger sont presque inconnus à Cuba, comme Oswaldo Payá, qui fait circuler une pétition pour plus de démocratie. Et malgré les protestations de la communauté internationale, les dissidents cubains continuent d’être opprimés, poursuivis, emprisonnés et frappés d’interdiction de travailler et de voyager. Difficile, dans ces conditions, d’imaginer « l’après Castro ».
En même temps, Bert Hoffmann ne croit pas à cette idée largement répandue selon laquelle Cuba, après la mort de Castro, deviendrait une démocratie modèle à économie de marché. « Pourquoi penser que Cuba, après 45 années de révolution, cette autocratie en confrontation permanente avec l’extérieur, devrait se changer en une démocratie modèle avec une dynamique économique et une justice sociale ? La plupart des autres pays d’Amérique latine n’en sont pas là non plus ! » Si Cuba devait s’ouvrir à l’économie de marché, Bert Hoffmann craint que le pays, qui n’a jamais connu l’Etat de droit, sombre dans la corruption. D’après lui, dans le cas contraire, l’île maintiendra son modèle socialiste, un modèle autoritaire et paternaliste qu’on trouve dans d’autres pays d’Amérique latine.
Perspectives économiques après la crise suite à l’effondrement du bloc soviétique
Au début des années 90, Cuba perd près de 85% de ses marchés à l’exportation ainsi que l’aide soviétique, estimée à plusieurs milliards de dollars par an. Sa position d’avant-poste du socialisme avait assuré à l’île des crédits avantageux ainsi que des livraisons de denrées alimentaires et de pétrole de la part des pays frères communistes. La dislocation de ces régimes a déclenché une crise économique sans précédent et de gravissimes problèmes d’approvisionnement. Les transports publics et la circulation ont été paralysés, des mesures d’économie d’énergie ont été prises, notamment des coupures de courant qui, au milieu des années 90, pouvaient durer de sept à douze heures par jour.
Cette crise a bien failli être fatale au régime castriste. Et malgré les efforts du chef pour inverser la tendance avec un programme d’urgence appelé « Período especial en tiempos de paz » (période spéciale en temps de paix), l’île ne se remettra de cette débâcle économique que vers la fin des années 90. Bert Hoffmann, dit qu’ « entre-temps, la situation s’est stabilisée à un niveau bas et précaire : Cuba reçoit du pétrole du Venezuela à un tarif préférentiel, et aussi longtemps qu’il y aura du pétrole dans l’île, la survie économique du système semble assurée. »
Mais sur le point crucial, la question de savoir si Cuba parviendra à se transformer en une société ouverte et pluraliste dans une économie de marché, ou si le socialisme d’Etat sera maintenu, les experts sont perplexes. Hans-Jürgen Burchardt, spécialiste de Cuba, lui, est persuadé que Cuba pourrait réussir son entrée dans l’économie mondiale : « Sa main d’œuvre hautement qualifiée et jouissant d’une bonne couverture sociale, ses nombreuses institutions scientifiques et technologiques ainsi que le know-how présent pourraient permettre une telle transition. »
Mais pour cela, l’Etat doit d’abord se réformer, autoriser des élections libres et multipartites et abandonner sa position hégémonique. Bert Hoffmann n’est pas le seul à considérer un tel scénario comme improbable : « Les élites actuelles feront tout pour éviter de trop changer le système tant que les Etats-Unis ne laisseront à l’actuel et au futur chef de l’Etat aucune autre option qu’une ‘ capitulation sans condition ‘. En changeant le système, elles scieraient la branche sur laquelle elles sont assises. »
Susanne Amann
Photo : Castro (gauche) avec son frère Raúl (milieu) et Ché Guevara (droite),
Havanna 1959
Droits : BR / © Roberto Salas
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Fidel Castro
Débat de la thema du 17 avril 2007
Discussion, 16mn.
Animé par Steffen Seibert
Voir le débat (16'19)
Invités :
Jacobo Machover, journaliste et écrivain cubain, maître de conférence à l’Université d’Avignon et professeur à l’ESG (Ecole supérieure de Gestion) à Paris, auteur de Cuba, totalitarisme tropical, Editions Buchet-Chastel, 2004, et co-auteur de Cuba nostra, les secrets d'états de Fidel Castro, Plon 2005. Jacobo Machover vit en France depuis 1963.
Volker Skierka, journaliste allemand, auteur de Fidel Castro : el comandante, Editions Alvik, 2004. Volkier Skierka a été correspondant du grand quotidien allemand Süddeutsche Zeitung en Amérique latine.







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