(1948, USA, 1h20)Avec Loretta Young, William Holden, Robert Mitchum…
Un DVD des éditions Montparnasse, inclus dans la nouvelle collection “RKO”
Synopsis : Après la perte de sa femme, David Harvey (William Holden), fermier dans l’Ohio, assure seul l’éducation de son fils. Il décide de se remarier avec la jeune femme qu’il souhaite engager comme servante, Rachel (Loretta Young), et la confine dans le rôle d’une femme d’intérieur. Toutefois, l’arrivée de Jim (Robert Mitchum) et son béguin pour Rachel va éveiller en David des sentiments insoupçonnés.
Critique : Grand succès de l’année 1948, « Rachel et l’étranger » n’en a pas moins disparu dans les limbes de la cinéphilie, et le nom de Norman Foster, faiseur appliqué à la réalisation de séries d’aventures pour le grand (« Charlie Chan », « Mr Moto » avec Peter Lorre) ou le petit écran (« Batman ») ne compte pas aujourd’hui parmi les références du studio RKO. L’intérêt de ce western pudique est ailleurs, dans sa description d’une communauté recomposée : un homme de principes un peu rigide (Holden), installé dans une ferme éloignée de la communauté (la société regroupée dans le Fort) tout en manifestant des principes inflexibles, un enfant, une épouse atypique (Young) en position inconfortable de remplaçante et un aventurier charismatique et individualiste (Mitchum). Dans un monde où les hommes ne sont pas les plus expansifs dans leur relation avec les femmes, la présence de l’épouse semble même se substituer au rythme des saisons du Far West : l’une en remplace l’autre, pour mettre immanquablement en concurrence les intérêts des deux amis.
Grâce à un regard placide sur les évènements (la venue de la mort ou de la violence ne devient jamais le prétexte à un paroxysme dramatique), Foster se permet aussi une certaine légèreté, ici non déplacée (le touchant « running gag » où chacun va se désaltérer, la nuit venue), accentuée par le flegmatisme de Robert Mitchum. Vêtu comme un pasteur lorsqu’il décide de se faire beau, il adopte une silhouette qu’il se plaira à reprendre plusieurs fois dans sa carrière, bien entendu dans « La Nuit du chasseur » (un plan du film de Charles Laughton est sûrement inspiré de « Rachel et l’étranger »), mais également et bien plus tard dans le curieux « La Colère de dieu » (1972) de Ralph Nelson.
Les Bonus : L’inénarrable Serge Bromberg offre une présentation du film dédiée à l’importance de Robert Mitchum, et il a bien raison. Qu’il court après son linge dérivant dans le cours d’eau, ou qu’il conduise Rachel à s’affirmer par sa goujaterie de séducteur, le comédien est le révélateur du film. S’il est vrai que la musique adoucit les mœurs, Jim le vagabond trappeur et chanteur occasionnel harmonise par son irruption le trio familial emmené par David, au lieu de le chambouler. Quand ce dernier ne sait que faire d’un métronome offert jadis à son épouse défunte, Rachel et Jim révèlent par leurs chansons les sentiments tapis de chacun. « Rachel et l’étranger » compte effectivement de nombreux interludes « country » à la gloire de Robert Mitchum. On sait bien que l’acteur enregistra un célèbre album de musique Calypso à la fin des années cinquante, mais on n’ignore généralement qu’il s’illustra avec beaucoup de conviction et de présence dans le genre country, là aussi pour un album unique, cependant moins farfelu et récréatif sans se révéler pour autant cérémonieux.
Julien Welter
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Rachel et l’étranger
(1948, USA, 1h20)
Avec Loretta Young, William Holden, Robert Mitchum…
Un DVD des éditions Montparnasse, inclus dans la nouvelle collection “RKO”
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