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Racines sur ARTE à partir du 1.6.2008« Racines » et les problèmes raciaux.
Quelles réactions, sur le plan politique comme sur le plan social, a suscité la série TV aux Etats-Unis ? Quel fut l’accueil du public blanc d’un côté et des téléspectateurs noirs de l’autre ?
Un article de Franklin W. Knight
Le best-seller d’Alex Haley, Racines (de son titre original Roots), et la série télévisée qui en a été tirée, ont constitué en leur temps un véritable phénomène. Pour le comprendre, il faut avoir en mémoire la situation des Etats-Unis à cette époque. En effet, les années 60 et 70 ont été marquées par un vent de très forte contestation.
Bouleversements dans les années soixante
Les années 1960 ont une importance capitale dans l'histoire américaine pour trois raisons qui sont liées entre elles. La première tient à une série d’assassinats : tout d'abord le président John Kennedy qui avait galvanisé le pays grâce à son charisme, sa fougue, sa jeunesse et son utilisation intelligente de ce nouveau média qu'était la télévision ; puis, cinq ans plus tard, en 1968, Martin Luther King et Robert Kennedy, frère de l'ancien président assassiné. En deuxième lieu, il faut citer les manifestations pour les droits civiques qui, certes, ont démarré à la fin des années 50, mais qui ont pris une ampleur inédite sous la direction de Martin Luther King, un homme à la fois inspiré et fin stratège. Enfin la troisième raison réside dans le traumatisme de la guerre du Vietnam qui déchira le pays et mit à mal la stabilité sociale, économique et politique.
Les années 1970 sont également traversées par un climat d'agitation sociale sans précédent.
Loin d’atténuer quoi que ce soit, les assassinats politiques et les mouvements pour les droits civiques exacerbent les conflits raciaux aux Etats-Unis. C’est ainsi que Richard Nixon doit en grande partie sa victoire aux élections présidentielles de 1968 à son instrumentalisation sans vergogne de l'hostilité de l'électorat "blanc" à l’accès aux droits civiques de tout le reste de la population. A cette époque les Etats-Unis mènent tout à la fois une guerre sociale sur leur propre sol et une guerre militaire au Vietnam, laquelle ne se termine pas de façon satisfaisante. Nixon préfère démissionner plutôt qu'être destitué pour obstruction à la justice et abus de pouvoir. Quelques années plus tôt, en 1971, le gouvernement fédéral a dû dévaluer le dollar, prouvant ainsi que l'économie américaine n'était pas assez solide pour financer conjointement le vaste effort de guerre en Asie et la modernisation du pays – ce que le président Lyndon Johnson appelait la "politique du beurre et des canons." La récession américaine fait également écho aux chocs économiques d’ampleur grandissante qui secouent la planète, et qui sont encore aggravés par la crise énergétique consécutive au conflit israélo-palestinien de 1973.
Débuts de la télévision en couleur
Dans un tel contexte, la télévision, depuis peu disponible en couleurs, révolutionne la culture populaire et éclipse la presse écrite ainsi que l'école, tout en s'imposant comme le premier média d'informations et de divertissement. Mais plus encore, la télévision est considérée comme un média " cool", parce qu’elle permet aux téléspectateurs, quoique isolés les uns des autres, d'établir une sorte de communauté virtuelle qui défie le temps et l'espace. Enfin, les Américains aspirent désespérément à fuir leur sombre quotidien et trouvent dans la télévision un formidable dérivatif.
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Racines est une remarquable opportunité pour les populations "blanche", et "noire" des Etats-Unis d’aborder sans violence la question de l’appartenance dite "raciale". Bien qu’il s’agisse d’un ouvrage de fiction – l’auteur a reconnu avoir plagié plusieurs passages d’autres livres –, Racines est considéré comme une véritable saga familiale et décroche, en 1977, le Prix Pulitzer, la plus haute distinction littéraire décernée aux Etats-Unis. Bien que des chercheurs et universitaires aient largement contesté l’authenticité des sources de l’ouvrage, la série télévisée, très librement adaptée du livre, s’avère un immense succès d’audience tant auprès des téléspectateurs "noirs" que "blancs". Racines s’impose d’ailleurs comme l’émission de télévision la plus regardée de son époque. L’audience des sept premiers épisodes a dépassé les 80 millions de téléspectateurs, et plus de la moitié de la population américaine a suivi le dernier épisode. Au total, Racines a remporté une trentaine d’Emmy Awards et reçu un accueil extrêmement favorable de la critique.
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A la fin des années 1970, certains prétendent même que la série Racines a considérablement fait progresser la qualité des relations au sein de la population américaine. C’est très exagéré. Si la série rencontre un tel succès, cela tient à sa réalisation très soignée et aussi à la stratégie de communication dont elle a bénéficié. S’appuyant sur des comédiens "noirs" et "blancs" connus du grand public et sur une superbe musique signée Quincy Jones, Racines met en scène des personnages spécialement conçus pour que les téléspectateurs "blancs" (notamment de sensibilité de gauche) et "non blancs" (surtout la communauté "noire" qui se sent la plus menacée) s’y sentent bien. La série apaise le sentiment de culpabilité des "Blancs" vis-à-vis de l’esclavage et donne aux "Noirs" l’impression gratifiante que leur histoire a été héroïque et que leurs efforts n’ont pas été vains. Racines démocratise le politiquement correct. Mais son impact est de courte durée.
Dans d’autres domaines, le livre et la série télévisée ont enregistré plusieurs succès notables. La série a ainsi imposé le format télévisuel du feuilleton "docu-drama." Elle a également favorisé l'enseignement des études afro-américaines : plus de 250 écoles et universités ont mis en place des cours inspirés du roman et de la série télévisée. Racines a sans doute contribué à populariser des écrivains comme Toni Morrison. Enfin, l'ouvrage a incontestablement permis de réaffirmer le rôle des "Noirs" américains dans des sites historiques comme Williamsburg et Monticello.
Reculs et avancées
Dans les années 1980, sous administration républicaine, après de telles avancées, une régression s’observe. Peu de gens songent encore à Racines et à son influence majeure à la fin des années 1970. Cependant, les lois sur les droits civiques votées dans la décennie 1960 font obstacle à un retour éventuel à la situation sociale des années 50. Par ailleurs, les minorités ont davantage accès à l'enseignement supérieur avec ou sans le soutien des mesures de "discrimination positive" mises en place par les universités et tant décriées. Surtout, le pays commence à prendre conscience du fait que la population ne se répartit pas seulement entre "Blancs" et "Noirs", mais qu'elle est autrement diversifiée. Si le racisme et le sectarisme sont toujours d'actualité, ils n'ont plus de légitimité juridique et institutionnelle. Le métissage n’est plus perçu comme une menace. Cette approche nuancée se répercute sur le Bureau du Recensement.
La candidature aux élections présidentielles de Barack Obama démontre l'ampleur du chemin parcouru par une société dans laquelle, il y a un demi-siècle, une telle situation n'était même pas imaginable. Pourtant, le succès d'Obama ne s'inscrit pas dans l'héritage de Racines, mais s'affirme comme une conséquence du mouvement des droits civiques des années 1960. A preuve, s'agissant de Racines, l'ouvrage et la série télévisée ont considérablement vieilli…
Article de Franklin W. Knight







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