Les Bhoutanais sont des gens fantastiques, et cette expérience est la plus marquante de notre voyage. Dans aucun autre pays, et il y en a un paquet après tant d’années de voyage, nous n’avons rencontré un peuple aussi ouvert, dénué de préjugés et amical que ces gens dont nous avons eu le plaisir de faire la connaissance pendant les cinq semaines du tournage. Des amitiés sont nées, en particulier avec notre protagoniste, Tshering. Je suis sûr que cette amitié n’est pas un feu de paille. Plusieurs semaines après notre retour, nous pensons encore souvent à Tshering, à toutes ces personnes sympathiques qui nous aidés et accompagnés.On ne filme pas comme on veut au Bhoutan. Le pays se protège de l’exploitation commerciale – quand une production utilise des gens et des paysages pour les besoins d’un film, il ne s’agit pas d’autre chose – en assortissant les autorisations de tournage de taxes exorbitantes. Par l’intermédiaire de notre contact sur place, Henk de Jong, un Néerlandais qui travaille dans l’aide au développement et qui a vécu des années au Bhoutan, nous avons été invités par la Fédération bhoutanaise de tir à l’arc. Nous avons pu circuler librement, avec notre caméra, et découvrir une facette du pays qui est refusée aux touristes lambda et a fortiori aux journalistes étrangers.
Se déplacer au Bhoutan est épuisant. Pour se rendre dans l’Est du pays, il faut faire des étapes de dix, douze heures sur des routes de montagnes cahoteuses où les éboulements sont courants. Le plus dur, c’est l’humidité atmosphérique. Le Bhoutan est comme un unique versant de montagne : de 7 500 mètres d’altitude au nord, il tombe à 100 mètres dans la plaine indienne. C’est là que s’accumule toute l’humidité tropicale. Ce qui fait le bonheur des paysans fait le malheur du caméraman. Les panoramas spectaculaires que l’on connaît des montagnes du Tibet sont extrêmement rares au Bhoutan.
Si l’on tient compte des travaux de préparation, le Bhoutan nous a occupé pendant un an. C’est un joyau qui mérite d’être préservé de l’uniformisation culturelle et de l’arbitraire économique de la mondialisation. Le « doux roi » Wangchuck l’a dit il y a trente ans. Espérons que les hommes n’oublieront pas son intelligence universelle.
Holger Riedel







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