Au ghetto de Lódź il était interdit de tenir un journal et pourtant, entre mai et août 1944, alors qu’il fut déporté, un jeune homme a couché ses pensées jour après jour dans les marges et sur les pages blanches d’un roman de François Coppée trouvé dans le ghetto – il n’avait pas d’autre papier sous la main. N’est-ce pas là aussi une forme de résistance ? Ses notes montrent que grâce au « Groupe de résistance radio » qui s’était formé dans le ghetto de Lódź autour des frères Wechsler, il connaissait le tracé de la ligne du front. Andrzej Bodek et Hanno Loewy nous font revivre les émotions du jeune diariste en nous montrant ce que pouvait être une résistance individuelle dans une situation extrême.Fritz Bauer, l’initiateur du procès de Francfort contre les gardiens du camp d’Auschwitz, écrivait il y a 40 ans : « Il existe de nombreuses formes de résistance. » Allusion à la résistance dirigée contre la tyrannie criminelle des nazis, mais longtemps privée d’une reconnaissance juridique et politique pendant l’ère Adenauer (1949-1963). Ancien émigrant, Fritz Bauer était devenu procureur général du Land de Hesse et luttait à ce titre contre « les assassins parmi nous » qui, à la différence des victimes du nazisme, bénéficièrent peu après 1945 d’une généreuse amnistie et d’une réintégration sociale. Fritz Bauer militait aussi pour la reconnaissance d’un droit à la résistance, d’où dériverait une obligation, ce qui posait à ses yeux la question essentielle de la responsabilité de l’individu. Aux coupables appliqués à taire collectivement leurs massacres à grande échelle, Fritz Bauer opposait l’image d’Anne Frank qui, même en très grand danger, soulevait les questions de la responsabilité vis-à-vis des souffrances d’autrui. Son journal est parfois la chronique d’une lutte intérieure et des tentatives de résistance contre une situation qui dégénère en barbarie.
Ainsi, le 9 octobre 1942, elle rend compte de l’arrestation de juifs parmi ses amis et ses connaissances, et de leur embarquement dans des bétaillères. Elle se demande « …à quel point sera-ce terrifiant, loin là-bas, où on les envoie ? La radio anglaise parle de chambres à gaz, mais peut-être est-ce la méthode d’extermination la plus rapide. » Plus tard, dans un cauchemar éveillé, Anne perçoit le cri de désespoir de Lies, sa camarade de classe déportée : « Sauve-moi de cet enfer ! » Déchirée entre lueurs d’espoir et pressentiments cruels, Anne continue d’écrire et, comme Job, admoneste son destin : « Pourquoi donc suis-je élue pour vivre, alors qu’elle doit peut-être mourir ? » Anne Frank, jeune fille de Francfort habitant une maison d’arrière-cour à Amsterdam, partageait la malédiction d’innombrables personnes qui vivaient dans des cachettes, sous une fausse identité ou dans des ghettos. Toutes espéraient encore survivre, et cette lueur miraculeuse ne pouvait prendre que la forme d’une libération par les Alliés. Ecrire un journal constituait une forme individuelle de résistance intellectuelle qui les maintenait en vie, une description de ce qui se passait dans leur entourage immédiat. Aujourd'hui encore, nous pouvons partager leurs aspirations et leurs craintes qui, suivant les informations leur parvenant à propos des événements extérieurs, constituaient un tableau instantané de leur état d’âme, une vague lueur d’espoir ou un cri étouffé.Les nouvelles les plus fiables sans doute étaient diffusées par la radio, mais les écouter était puni de mort par les tortionnaires allemands. En de nombreux endroits et pour beaucoup de gens, la radio était le seul lien avec le monde extérieur. Cette forme spécifique de résistance individuelle à la barbarie était ouverte à toutes celles et à tous ceux qui, en raison de leur situation personnelle, n’étaient pas en mesure de combattre, les armes à la main, contre une injustice criante et un crime sans précédent. Mais il y avait aussi des insurgés dans les ghettos de Varsovie et de Bialystok, des partisans juifs regroupés autour de Tuvia Bielski et d’Abba Kowner, les martyrs du commando spécial à Auschwitz-Birkenau ou d’autres actions de résistance menées par les membres de la Rose Blanche et de la Zegota. Pour qualifier la résistance juive, l’historien israélien Yehuda Bauer a recours au terme hébreu « amidah », ce qui recouvre aussi des actions menées sans armes par des juifs persécutés. L’historien classe entre autres sous la notion d’« amidah » « des activités culturelles, pédagogiques, religieuses et politiques visant à conforter le moral et le courage de vivre ». Anne Frank parle d’« amidah », de la volonté de supporter encore la « période souterraine » malgré les « exécuteurs » allemands, les persécuteurs des juifs. L’« amidah » a sans cesse redonné espoir et courage aux habitants du n° 263 de la Prinsengracht.
Le journal d’Anne Frank, par exemple à la date du 10 septembre 1943, nous fait connaître la forme particulière d’« amidah » à travers l’écoute de la radio : « L’Italie a capitulé sans condition !!!! (…) L’émetteur Oranje était aussi revigorant que d’habitude. » Ou encore quelques mois plus tard, lorsqu’elle note : « Les gens qui viennent de l’extérieur colportent fréquemment des nouvelles inexactes. Notre radio n’a jusqu’ici jamais menti. »
La réception et la propagation des informations diffusées sur les ondes, seule sphère de l’Europe occupée que les nazis n’ont pu conquérir, demandaient un courage extraordinaire que nombre d’auditeurs et d’opérateurs paieront de leur vie. Pourtant, pour beaucoup, les informations diffusées par la radio étaient un message d’espoir, un souffle vital, entretenant la croyance que la lutte pour la survie, l’« amidah », pourrait avoir un sens. C’est à Jurek Becker, un survivant du ghetto de Lódź, sa ville d’attache, où il fut enfermé alors qu’il n’était encore qu’un enfant, que nous sommes redevables de la propagation universelle de cette option que constituait l’« amidah ».
Dans son premier roman, « Jacob le Menteur », échafaudé autour de ces deux éléments centraux que sont la possession et l’écoute d’un poste de radio, Jurek Becker crée une toile de fond, unique en son genre, sur laquelle se projettent les multiples états d’âme des prisonniers du ghetto confrontés à la lutte quotidienne pour la survie : désespérance, refoulement, scepticisme, espoir et affirmation d’une certaine confiance en une « issue favorable ». Jurek Becker a dit qu’il avait écrit « Jacob le Menteur » avant d’être écrivain. Il a en effet créé des personnages de roman et en a fait les protagonistes d’actions imaginées dans le ghetto de Lódź, le lieu de son enfance, où il est entré alors qu’il avait deux ans et demi, et qu’il a quitté à l’âge de sept ans, accompagné de ses parents, direction Sachsenhausen et le camp de concentration. En dépit d’une amnésie presque totale couvrant les années de ghetto et de camp, il a réussi à dessiner presque à l’identique une image de la psyché collective dans le ghetto de Lódź. Survivant sans mémoire, il a décrit pour le compte de celles et ceux qui avaient été assassinés ou qui n’avaient pas la force de se souvenir, cette « amidah » qui n’a maintenu en vie, jusqu’à leur libération, qu’un très petit nombre de victimes de la Shoah.Dans la vie quotidienne du ghetto comme dans le roman de Becker, les informations radiodiffusées se répandent comme une traînée de poudre. Mais à la différence de la cruelle réalité de ce « mouroir de l’Europe », pour reprendre l’expression d’Oskar Rosenberg, chroniqueur du ghetto, Jurek Becker imagine un scénario qui se déroulerait sur fond d’espérance et dont les acteurs, les martyrs du ghetto, attendraient impatiemment la venue du Messie, des libérateurs en l’occurrence. Le personnage du roman, Jakob Heym, dont Jurek Becker dit « que sans lui cette maudite histoire n’aurait pas pu se passer », ne peut certes pas abolir les lois du ghetto, pas davantage qu’il ne peut infléchir le cours tragique des événements. Néanmoins, hormis la stratégie ébauchée par le doyen des juifs — et somme toute vaine — du « salut par le travail », il parvient à créer un autre monde d’illusions. Des illusions qui, au ghetto de Lódź, expliquent pour une large part que la volonté de survie n’a pas complètement disparu, que des projets d’avenir ont été forgés au lieu de se confronter directement à la réalité du ghetto. Grâce à l’inspiration géniale de Jurek Becker, Jakob Heym a permis à beaucoup de reprendre courage et, pendant un moment de répit, d’oublier la lutte permanente pour la survie. La rencontre fortuite avec un poste de radio diffusant des informations l’a doté de forces miraculeuses par lesquelles le ghetto, pendant la durée du récit, est converti en une « idylle inhumaine », mais au terme duquel il doit toutefois concéder : « Laisser approcher les Russes au point de presque les voir était une erreur, la radio étant la première et la plus lourde (…) La possibilité existe encore de défaire certains faits, de retomber dans l’ancienne routine. » Pourtant, aussi bien dans le roman que dans la réalité barbare du ghetto, il était trop tard pour cela. En effet, aucun poste de radio ne pouvait diffuser la nouvelle qui se propageait comme une traînée de poudre parmi tous les habitants. Les déportations étaient annoncées par affichage dans tout le ghetto.
En de nombreux endroits, à Amsterdam, Berlin, Vilnius ou Lódź, partout où la radio donna à certains la force primaire d’exister, on trouve des journaux comme celui d’Anne Frank, témoignages de ce « cordon ombilical » prolongeant ou préservant la vie.
Ce rapport indissociable entre la réception d’informations à la radio et leurs effets est nettement illustré par des carnets personnels qui nous parviennent aujourd'hui, comme des bouteilles lancées à la mer. Le 6 juin 1944, Anne Frank, Jakub Poznanski et un jeune homme inconnu du ghetto de Lódź reçoivent simultanément la nouvelle du Débarquement en Normandie et la transcrivent immédiatement dans leurs journaux respectifs.
« ‘This is D.-day’, a annoncé la radio anglaise à 12 heures (…) L’invasion a débuté », écrit la jeune Amstellodamoise de la Prinsengracht, et elle conclut la mention du 6 juin 1944 sur un ton optimiste : « Peut-être, dit Margot, pourrai-je retourner à l’école en septembre ou en octobre ! »
La frontière était fort ténue entre découragement et expression d’une espérance joyeuse, et les « doses énergétiques » dispensées par la radio avaient une forte influence. C’est ce que démontre une mention datée d’à peine 10 jours avant le Débarquement : « Cela dure déjà depuis deux ans », écrivait Anne Frank le 26 mai 1944 dans son journal, « et combien de temps encore devrons-nous résister à cette pression presque insupportable et qui ne cesse de croître ? » Anne Frank n’a pas vécu la Libération, pas davantage d’ailleurs qu’un diariste inconnu du ghetto de Lódź qui, entre le 5 mai et le 3 août 1944, avait consigné ses réflexions dans les marges d’un roman français du XIXe siècle, « Les Vrais Riches », de François Coppée. Ils semblaient reliés l’un à l’autre par une ligne imaginaire, peut-être constitutive de l’« amidah », représentative de cette forme particulière de résistance personnelle, indépendante du lieu, du moment et de la situation individuelle, caractéristique de ce combat personnel, dont jusqu’ici personne n’a fait l’éloge, contre la « bête allemande » qualifiée comme telle par le diariste inconnu parlant de ses « vrais ennemis ». Et comme si l’on avait tranché d’un seul coup l’artère commune faisant battre leurs pouls à l’unisson, les deux jeunes gens, Anne Frank à Amsterdam et son compagnon anonyme de l’« amidah » dans le ghetto de Lódź, mettent un terme à la rédaction de leur journal. L’un et l’autre sont enlevés de leurs « salles d’attente » à peu près au même moment puis déportés à Auschwitz-Birkenau. Anne Frank, sa sœur Margot et ses parents passent par le camp de Westerbork puis arrivent à Auschwitz-Birkenau ; ensuite, Anne et sa sœur sont déportées à Bergen-Belsen fin octobre 1944. C’est là, entre la fin février et la mi-mars 1945, qu’elles périront, victimes des effroyables conditions d’internement. Leur mère mourra de la même manière à Auschwitz-Birkenau, trois semaines avant la libération de cette usine de la mort. Vraisemblablement, le jeune homme et sa sœur âgée de douze ans ont été directement transportés du quai de la gare de Radegast, dans le ghetto, vers la rampe de sélection de Birkenau. Puis, les bêtes allemandes les ont « parqués » dans les « quartiers de la mort conçus judicieusement », pour parler avec Nelly Sachs.De même, Jakub Poznanski, l’un des rares diaristes juifs à avoir survécu, fait retentir dans ses carnets l’écho radio du Débarquement, en même temps que les deux autres chroniqueurs : « …à neuf heures, l’information nous est parvenue que des Anglais et des Américains avaient franchi la Manche et ouvert un second front en Europe occidentale. Comme un éclair, la bonne nouvelle a fait le tour du ghetto et s’est répétée à tue-tête, comme si le risque d’être surpris par les Allemands n’était plus qu’un mauvais souvenir. Il a suffi d’une seule heure pour que tout le monde soit au courant. » Jakub Poznanski avait commencé la rédaction de ses carnets en janvier 1941, et il la poursuivit en juin 1945, quelques mois à peine après sa libération. Il doit sa survie à l’« amidah » et à un concours de circonstances et de constellations du destin. En août 1944, alors que tous les habitants restés dans le ghetto sont déportés à Auschwitz-Birkenau, Poznanski, sa famille et des amis disparaissent dans une cachette préalablement aménagée, où il poursuit la rédaction de son journal. Il s’agit d’un témoignage unique, et pour ainsi dire unique en son genre, de ce qu’il restait du ghetto de Lódź, où existaient quelques autres caches du même genre et où survécurent quelque 870 personnes. Jusqu’au 21 octobre 1944, Jurek Becker était avec ses parents dans le ghetto résiduel, mais dans le camp de regroupement des esclaves en réserve qui attendaient leur « affectation » dans l’industrie de l’armement.

Tout autre est l’état d’esprit du jeune homme qui, le 6 juin 1944, en marge du roman « Les Vrais Riches », prend note du Débarquement avec hésitation et sur un ton plutôt sceptique : « La nouvelle de… est arrivée aujourd'hui au ghetto. Qui sait ? » Mais ces nouvelles du Débarquement qui électrisent le ghetto, il les décrit moins dans une perspective d’« amidah » qu’avec un « cœur plein de cicatrices » et un « cerveau encroûté d’espoirs fracassés », pour reprendre les termes utilisés par Oskar Rosenfeld dans son dernier compte rendu, intitulé « Apocalypse ou rédemption », pour qualifier le « type humain du ghetto de Lódź fin juillet 1944 ». Il confirme la réception et la véracité des informations passées sur les ondes, mais tout en manifestant un profond scepticisme et une désespérance qui le paralyse.
Sa mention datée du 7 juin 1944 a la teneur suivante : « C’est exact, c’est confirmé, mais allons-nous survivre, est-il possible de remonter d’une profondeur tellement inconcevable, d’un gouffre si abyssal ? ». Mais ses notices du 9 juin 1944 traduisent un net recul dans les effets des substances messagères de l’« amidah » : « Les rumeurs autour de l’invasion qui a débuté le [6] 6/1944 sont avérées. Nous n’avons plus la force de patienter et d’attendre ou d’espérer parce que nul ne peut s’imaginer une telle possibilité, la possibilité d’une libération et d’un soulagement pour nous. (…) Les mots me manquent pour décrire notre situation. (…) La chose va-t-elle devenir réalité ? Allons-nous devenir des hommes ? Ne vont-ils pas nous tuer comme ils ont tué tous nos parents et amis ? Ne vont-ils pas nous anéantir au dernier moment ? Bien que le ghetto et le diariste aient eu connaissance de l’attentat du 21 juillet 1944 contre Hitler, leur destin était définitivement scellé, et la peine de mort prononcée des années auparavant par la « hyène germanique » (sic) fut appliquée quelque temps plus tard.
Puissent les extraits ci-après de la dernière mention datée du 3 août 1944 et portée en marge du premier chapitre des « Vrais Riches », quelques jours avant sa déportation à Auschwitz-Birkenau, sous le titre allusif « On rend l’Argent », parler d’eux-mêmes et témoigner de la profondeur des failles creusées dans la vie psychique, intellectuelle et affective des victimes des déportations, de l’indélébilité des traces laissées chez les survivants et leurs descendants par la barbarie nazie : « J’écris ces lignes dans un effroyable état mental — nous devons tous partir du ghetto en quelques jours. (…) Les gens regrettaient de n’être pas morts dès le premier jour de guerre. Pourquoi subir ce « combat d’extermination » pendant cinq ans, n’auraient-ils pas pu nous donner le « coup de grâce » dès le début ? (…) Quand je vois ma petite sœur, mon cœur s’alourdit. Cette enfant n’a-t-elle pas porté sa part de souffrance ? Elle a combattu si héroïquement ces cinq dernières années. (…) Oh ! Dieu du ciel, pourquoi as-Tu créé les Allemands ? pour qu’ils détruisent l’humanité ? Je ne sais même pas si je peux rester avec ma sœur ! Je ne peux plus écrire. » Peut-être ces frère et sœur de nous inconnus ont-ils, dans les ultimes instants de leur vie, saisi dans toute sa dimension la stratégie de l’« amidah » longtemps défendue par beaucoup, même s’ils ont vu, en route pour les « quartiers de la mort », que l’« amidah », avec ou sans armes, ne pouvait ni libérer ni sauver les victimes de la bête allemande assistée de ses nombreux séides et suppôts. Assassiné à Auschwitz-Birkenau, l’écrivain et corédacteur de la chronique du ghetto dans les archives du doyen des juifs, Oskar Rosenfeld, nous a légué à tous une question consignée dans ses notes du ghetto de Lódź, et dont la réponse se fait encore attendre : « Si pareille chose était possible, quoi peut l’être encore ? (…) Le monde pour quoi faire encore ? »
Les deux auteurs, Hanno Loewy et Andrzej Bodek, s’intéressent depuis 16 ans à la Shoah, à l’histoire de ses répercussions, et plus particulièrement au ghetto de Lódź.
Hanno Loewy, ancien directeur et fondateur de l’Institut Fritz-Bauer, dirige actuellement le Musée juif de Hohenems (Autriche).
Andrzej Bodek est en charge des Affaires culturelles de la Ville de Francfort-sur-le-Main.
Image 1 : Szaja Weksler, Ghetto Fighters' House, Israel
Images 2, 3 et 4 : Extraits des réflexions d'un jeune diariste inconnu mentionnées dans le livre « Les Vrais Riches » - Notizen am Rand. Ein Tagebuch aus dem Ghetto Lodz » (de Mai à Août 1944), auteurs : Hanno Loewy et Andrzej Bodek






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