Un zoom au cœur de l’Histoire
Ken Burns compte parmi les 4 grands documentaristes américains. Michael Moore aime à se mettre en scène dans ses films, une technique qu’il a inaugurée à la fin des années 1980 dans « Roger & Me », un documentaire sur les licenciements massifs chez General Motors. A l’époque déjà, Moore n’hésitait pas à passer devant la caméra et à intervenir, une méthode à laquelle il est resté fidèle par la suite : dans « Bowling for Columbine » (2002), son règlement de compte avec la violence et les armes aux Etats-Unis, dans « Fahrenheit 9/11 » (2004) sur les relations entre Bush et Ben Laden, et dans « Sicko » (2007) qui épingle le système de santé américain.
Frederick Wiseman, quant à lui, a une approche totalement différente : dans ses films, il privilégie l’observation de longue haleine. Dans « Juvenile Court » (1973), une critique du système pénal concernant les mineurs, comme dans, « Domestic Violence » (2001) sur la violence au sein des familles, il a campé avec sa caméra dans des tribunaux, mais aussi lors de sessions de thérapies de groupe ou d’interventions des forces de l’ordre, jusqu’à ce que les protagonistes oublient sa présence. Il qualifie ses films de« Realfiction » car, même si les prises de vues sont fidèles à la réalité, la sélection des images et le montage leur confèrent malgré tout une dimension fictionnelle.
Errol Morris, la troisième figure emblématique du documentaire américain, se caractérise par ses talents artistiques. Il a même remporté un oscar pour « The Fog of War », un documentaire sur les leçons que l’ancien ministre de la défense Robert McNamara a tirées de la guerre du Viêtnam. Morris intervient par moment, mais pas systématiquement, et puise toujours dans les possibilités qu’offre le cinéma, crée des « dreamscapes », des paysages oniriques. Sur cette foisonnante scène documentaire américaine, Ken Burns, né en 1953 et dans le métier depuis les années 1980, a développé sa propre manière de faire revivre le passé à l’aide de documents d’archives. La plupart de ses films sont des méditations sur l’Amérique, ce qui l’a régulièrement amené à se replonger dans le passé.
L’effet Ken-Burns
Burns s’est fait connaître en 1990 avec la série « The Civil War » ; en 1994, dans « Baseball », il consacrait 14 heures à l’histoire de ce sport vedette outre-Atlantique et, en 2001, il tournait « Jazz », un chef-d’œuvre sur ce style de musique né aux Etats-Unis. Ses films sont en marge des lois du 7e art : « The War », par exemple, ne peut être abordé d’un seul tenant. La marque de fabrique du cinéaste est « l’effet Ken Burns » : filmer des photos et leur redonner vie par de lents zooms et panoramiques. Cette technique permet au documentariste d’insuffler de l’émotion à des images fixes et met toujours en valeur le caractère véridique du support ; elle confère toute sa spécificité à « The War ».
A la fin du film, lorsqu’il est question des jours précédant le 8 mai 1945, certains des protagonistes évoquent l’entrée des troupes américaines dans les camps de concentration. Burnett Miller, un soldat originaire de Sacramento, raconte son arrivée à Mauthausen en Autriche ; à ce moment-là, il a vraiment compris pourquoi il avait combattu. Les habitants du village à proximité mentaient tous lorsqu’ils prétendaient ne pas être au courant parce qu’on y sentait la mort à pleines narines.
« The War » montre à quel point la passion et le sens de la justice sont liés. Mais il nous renvoie régulièrement dans le présent. Et là, le film dévoile un second « effet Ken Burns », plus incisif. La Deuxième Guerre mondiale semble étonnamment proche car le style du réalisateur américain oblige le spectateur à « regarder la guerre en face ».
Par Susan Vahabzadeh
Puis notre pays est entré en guerre, en Afghanistan et en Irak. Nous avions réfléchi à notre sujet bien avant tout cela et nous n’avons pas cherché à comprendre ce qui s’était passé il y a soixante ans au regard du contexte actuel, résolument différent. Difficile, cependant, d’éviter toute comparaison. Lors d’une projection aux Etats-Unis, une rencontre a eu lieu entre un vétéran de notre film, un ancien du Vietnam et un jeune soldat de retour d’Irak, et à travers leur expérience, l’effet de miroir était saisissant.
Lynn Novick, co-réalisatrice de THE WAR
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