23/05/07
Renaissance des codes vestimentaires
Interview d’Anna von Griesheim
Anna von Griesheim n’a pas seulement une formation de coupeuse, elle est également créatrice de mode. Depuis l’ouverture de sa boutique à Berlin en 1991, elle compte parmi ses clientes des célébrités du monde de la politique, des médias et de la société civile.
Madame von Griesheim, pendant des années, l’apparence des hommes et des femmes politiques n’a joué qu’un rôle secondaire dans notre société. Pourquoi, à votre avis, est-il aujourd’hui si important que les personnalités politiques, et en particulier les femmes, soignent leur image ?
Je pense que nous assistons à une renaissance des codes vestimentaires. Après l’anticonformisme qui a régné dans les années 70, nous attachons à nouveau, de manière très générale, une grande importance à notre façon de nous exprimer, également à travers nos vêtements. Par ailleurs, nous prêtons davantage attention à l’apparence des autres. A mon avis, cette vague nous vient également des Etats-Unis. Prenez Condoleezza Rice : elle s’habille très bien et soigne particulièrement son style vestimentaire. Elle montre que notre perception d’autrui n’est pas uniquement influencée par ce qu’une personne dit, mais également par ce qu’elle dégage à travers ses vêtements, sa manière de se présenter et sa façon de s’exprimer via son apparence.
Observez-vous également un changement dans les choix vestimentaires et l’apparence des femmes politiques à l’échelle mondiale ? Je pense par exemple à Condoleezza Rice, Hillary Clinton, Ségolène Royal ou Julia Timochenko. Ces femmes, de par les tenues qu’elles portent, influencent-elles également le milieu de la mode au niveau international ?
Bien sûr. Je suis heureuse qu’elles redonnent aussi sa place à la féminité. Les femmes ne portent plus seulement des tailleurs-pantalons ou des vêtements masculins. Il apparaît clairement qu’en optant pour des jupes et des talons, elles adoptent un style plus féminin. L’image de ces postes s’est nettement féminisée.
Les femmes sont toujours sur la corde raide : d’un côté, elles ne veulent pas d’une apparence trop sobre, terne et neutre, mais de l’autre, elles ne souhaitent pas non plus avoir l’air trop féminin et sexy. A quoi ressemble le look parfait ?
Une personne a un look parfait à partir du moment où elle s’assume parfaitement et où on a l’impression qu’elle se sent bien. A mon avis, la soumission à un quelconque code vestimentaire peut parfois confiner au déguisement et paraître très artificiel. Par contre, lorsqu’une personne trouve une tenue qui lui sied à merveille et qui lui permet d’avoir l’air naturel, justement parce que le vêtement est vécu comme naturel, on peut parler de tenue idéale.
Dans nos sociétés, les hommes ont moins de difficultés : il leur suffit de porter un costume, notamment de couleur sombre, pour que leur tenue soit toujours de mise. Pour les femmes, c’est une autre paire de manches. Que conseillez-vous à une cliente ou à une femme qui doit paraître en public ? Avez-vous un remède miracle ?
Elle peut opter pour un ensemble seyant ou un tailleur bien coupé avec une couleur plus fraîche en dessous - pour ne citer qu’un grand classique, par exemple avec un chemisier blanc -, c’est-à-dire pour une tenue qui tombe bien et qui met sa silhouette en valeur, une tenue cintrée, peut-être, qui ne laisse aucun doute sur le fait qu’elle est portée par une femme. C’est une recette infaillible.
A quel moment les hommes et femmes politiques se sont rendu compte que la mode et l’apparence avaient un rôle de premier plan à jouer dans leur carrière ? Est-ce Gerhard Schröder qui a ouvert la voie ?
Je pense en effet que Gerhard Schröder, de par ses excellents choix vestimentaires, a toujours dégagé une image très mode, tout du moins à mes yeux. Personne ne peut nier qu’il a véritablement fait avancer les choses. Lorsque qu’une tendance se dessine en douceur, les gens l’acceptent plus facilement.
Diriez-vous que l’intérêt et le goût pour la mode sont de l’ordre de l’inné ou de l’acquis ? Ou bien peut-on également apprendre progressivement ?
D’après moi, on peut toujours apprendre et développer ses connaissances en la matière. Bien sûr, il faut être prêt à investir un peu de son temps et de son attention. Je dirais que cela dépend toujours des individus : pour certaines personnes qui se sont toujours intéressées à la mode, il s’agit d’un goût naturel. D’autres diront plutôt : je joue désormais un rôle public et souhaite représenter quelque chose de particulier, je dois donc m’intéresser davantage à la mode même si, personnellement, cela ne me passionne pas.
Propos recueillis par Katja Dünnebacke.
Edité le : 10-01-07
Dernière mise à jour le : 23-05-07