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Suddenly, Last Winter

Un film documentaire de Gustav Hofer et Luca Ragazzi sur les dérives homophobes de la société cisalpine. Un journal intime tour à tour drôle et révoltant...

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Suddenly, Last Winter

Un film documentaire de Gustav Hofer et Luca Ragazzi sur les dérives homophobes de la société cisalpine. Un journal intime tour à tour drôle et révoltant...

Suddenly, Last Winter

Samedi 03 janvier à 18:00 / Dimanche 11 janvier à 13:00 / Lundi 12 janvier à 01:20 - 31/12/08

Rencontre avec Gustav Hofer et Luca Ragazzi

Un an après la sortie de leur documentaire, "Suddenly, Last Winter", Gustav Hofer et Luca Ragazzi ont le sentiment d'avoir fait le tour du monde. En Italie, le droit à l'union libre, lui, reste au point mort...

Gustav & Luca interview décembre 2008

- Depuis la sortie de votre documentaire "Suddenly, Last Winter", vous êtes partis dans une tournée incroyable autour du monde, c'est un véritable succès. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez vécu cette tournée internationale, et les difficultés que vous avez rencontrées. Par exemple, en Italie, les distributeurs refusaient de distribuer votre film ...

Gustav : C'est après la première du film à Berlin que tout a commencé. Nous avons reçu la mention spéciale du jury qui nous a beaucoup aidé à être sélectionné dans de nombreux festivals. Suite à ça, nous avons vraiment fait le tour du monde. Pour nous, bien sûr, c'était incroyable, parce que c'est un tout petit film que nous avons autoproduit chez nous. Et puis, ce qui est beau, c'est qu'on s'est rendu compte que c'était une histoire universelle. Par exemple, le film est récemment sorti dans les salles thaïlandaises, et bien que ce soit l'histoire d'un couple italien sur fond d'actualité politique italienne, le film est accessible à des cultures complètement différentes de la notre.
Pour ce qui est des distributeurs en Italie, après Berlin, nous étions assez optimistes. Malheureusement, tout le monde nous a répondu : "On a beaucoup aimé votre documentaire, mais pour l'instant, on ne peut pas montrer un film comme le votre. Il est trop critique de la politique, qu'elle soit de gauche ou de droite, ainsi que de l'église et du Vatican. On ne peut pas montrer ça dans notre pays". Malgré tout, on s'est quand même dit que c'était important de diffuser le documentaire en Italie, parce que le thème de l'union civile est devenu un véritable tabou dans la politique italienne. Donc, juste avant les élections, nous avons lancé un appel sur notre site internet pour organiser une soirée de projection et nous avons eu beaucoup de réponses positives de ciné-clubs et d'associations culturelles.


- Si votre documentaire a eu un tel succès, c'est notamment grâce à Internet et au bouche à oreille ?

Gustav : Oui, c'est vraiment grâce à Internet, à facebook et myspace ... il y a eu un effet boule de neige. Aujourd'hui, même si c'est un petit film sans distribution, on a fait plus de 20 000 entrées dans les salles en Italie. Et grâce à Internet, il va continuer à tourner.


- Y'a-t-il eu d'autres pays qui ont refusé de distribuer votre film ?

Luca : nous n'avons pas vraiment cherché de distribution au cinéma à l'étranger parce que nous avons été invités par beaucoup de festivals. On a vraiment été partout : Allemagne, Espagne, France, mais aussi en Amérique du sud et au Brésil. Partout, ça a été le même accueil et aucun autre pays n'a refusé pour des raisons politiques.


- Est-ce que vous avez eu la sensation qu'il y avait des pays peut-être plus réceptifs que d'autres ?

Luca : Oui bien sûr. En Italie par exemple, la question des homosexuels, et tout simplement de l'union libre, est quelque chose de complètement tabou. Il est interdit de toucher à cette image, d'ailleurs plus théorique que réelle, du mariage à l'église et de la famille.

Gustav : Alors qu'au Brésil, les gens ont plus ou moins les mêmes problèmes, mais ils ont réalisé grâce au film que, même chez eux, ils avaient plus de droits qu'en Italie. Il y a une chose commune à tous les pays où nous avons été, que se soit en Israël, en Corée ou au Brésil, c'est que là où la religion joue un rôle important dans la vie publique du pays, le thème de l'union civile pause problème, à la différence des pays où il y a une séparation entre l'état et l'église. C'est un des aspects universels du film.


- Le point de départ de votre documentaire, c'est la victoire du centre-gauche en 2006 en Italie et la proposition du gouvernement du DICO (diritti de conviventi : droits et devoirs de ceux qui vivent ensemble), un contrat d'union libre (un peu comparable au Pacs français). Puis, l'opposition de la droite, de l'église, de la population, soit disant "pour la famille", et finalement le rejet de la loi par le sénat. Quelle est la situation aujourd'hui en Italie, est-ce que les choses ont évolué après la diffusion de votre documentaire ?

Gustav : Non, rien de nouveau. Le DICO est au point mort, la proposition de loi n'a jamais été votée. En avril 2008, Berlusconi a de nouveau gagné les élections, et à partir de là, il n'y a plus eu de discussion. Cela veut dire que pendant les cinq prochaines années de centre-droit, il n'y aura probablement pas de changement.


- Avez-vous la sensation que votre film a joué un rôle en faveur de cette loi ?

Gustav : Je pense qu'il a joué un rôle important en Italie, parce que le film est devenu une sorte de manifeste. Et puis, même si nous n'y avions pas du tout pensé en le faisant, c'est la première fois qu'un film représente un couple homosexuel dans sa vie quotidienne. Normalement en Italie, quand on parle d'homosexualité, on parle de personnes malheureuses qui veulent se suicider... Ce documentaire a provoqué une sorte de prise de conscience au sein de la communauté gaie et lesbienne italienne dans son ensemble : il est important de se battre.


- On a parlé du film qui a voyagé, de l'évolution de la situation en Italie, mais cette histoire, c'est l'histoire des couples gais mais c'est aussi votre histoire. Est-ce que vous avez la sensation que votre couple a été bouleversé par cette expérience ?

Luca : Je n'ai pas eu cette sensation parce que nous étions toujours en train de voyager. Et puis, nous avons raconté cette histoire de notre point de vue, mais c'est un problème commun au couples hétéros, parce qu'il n'existe aucun contrat en Italie en dehors du mariage, il n'y a pas de PACS.

Gustav : Pour notre couple, ça a été une expérience très importante. Ça faisait longtemps que je voulais faire un projet avec Luca et finalement on l'a fait, ça nous a pris neuf mois, et aujourd'hui, on voit ça un peu comme notre bébé.


- Il y a des moments quand même assez violents dans ce documentaire. On vous dit droit dans les yeux que vous êtes déviants, que vous ne devriez pas exister. Avez-vous eu envie d'arrêter à certains moments ?

Gustav : Luca bien sûr.

Luca : chaque jour (rires)

Gustav : moi, je n'ai jamais voulu arrêter. C'est triste à dire, mais on s'habitue à ces réflexions homophobes, on sait à l'avance ce que les gens vont nous répondre. Nous étions vraiment partis avec l'idée d'avoir un dialogue avec eux, on voulait savoir pourquoi ils étaient si hostiles à la loi. Parce que, finalement, cette loi, c'est vraiment peu de chose en ce qui concerne les droits des unions libres. Mais ce n'était même pas possible de dialoguer. Les opposants de la loi ne cessent de répéter les slogans que la télévision diffuse en Italie. Malheureusement, il n'y a pas de système d'information libre dans notre pays, tout est fait pour la diffusion de la propagande, sans vraiment informer. Alors, au début ça a été dur, mais on s'y est fait...

Luca : Quand on a commencé, nous étions même très optimistes. On voulait faire un film sur ce moment historique que serait le vote du DICO dans notre pays. Ce n'est qu'après que l'on a réalisé que la loi n'allait peut-être pas passer.


- Avez-vous choisi les interviews les plus violentes ? On a le sentiment que ces réactions sont presque caricaturales...

Gustav : non malheureusement, ce n'était pas un choix dans le montage. Dans toutes les manifestations où nous avons été, les gens disaient la même chose, il n'y avait pas d'autres positions, plus libérales, plus ouvertes.

Luca : Nous avons essayé d'équilibrer le documentaire entre les différentes positions. Nous avons à la fois filmé des manifestations contre et en faveur de la loi et des politiciens des deux bords. Mais les gens contre sont tellement agressifs et violents qu'ils atténuent la visibilité de l'autre partie. Pourtant si on regarde bien le documentaire, il y a un équilibre entre les deux positions.


- Avez-vous pensez à quitter l'Italie? Y'a-t-il un pays que vous avez eu l'occasion de découvrir pendant votre tournée qui vous attire plus qu'un autre ?

Gustav : On y pense chaque jour malheureusement, parce que c'est vraiment difficile de vivre ici. On a déjà beaucoup d'amis qui sont partis. Cette année, nous avons eu la chance de beaucoup voyager. Par exemple, nous avons été au Canada, un pays où le mariage homosexuel existe et où il est même possible d'adopter. Leur société est vraiment harmonieuse. Et en même temps, on se dit que c'est important que nous restions en Italie en ce moment, parce qu'il faut continuer à se battre. Ce serait trop facile de partir, c'est notre responsabilité de rester. Et puis, si ça ne s'arrange pas, si ça devient trop lourd, on partira...


- Vous ne vous étiez pas rendu compte avant la loi sur le DICO et la vague d'homophobie qu'elle a déclenché, que l'Italie était encore si conservatrice ? Ça a été un choc pour vous ?

Gustav : oui, nous pensions vraiment que l'Italie était prête, comme tous les pays européens, à voter cette loi. Parce que le DICO donnait finalement assez peu de droits, on pensait qu'avec un gouvernement de centre-gauche on arriverait à être reconnu comme une communauté, aujourd'hui au XXIème siècle, en 2008. Oui, ça a été une triste surprise.


- Quelle est la prochaine action que vous aimeriez faire qui irait dans le sens de l'union libre en Italie ou ailleurs dans le monde ?

Gustav : on va continuer à montrer le film le plus possible, on va continuer à se battre, à faire de la pression politique avec le mouvement, avec les associations Lgbt (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres ). On va essayer de rendre le débat public, de faire comprendre que c'est un problème qui concerne beaucoup de gens.

Interview menée par Justine Gourichon


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Homophobie à l'italienne (Suddenly, Last Winter)
De Gustav Hofer et Luca Ragazzi
(Italie, Allemagne, 2008, 58mn)
Samedi 03 janvier à 18:00
Dimanche 11 janvier à 13:00
Lundi 12 janvier à 01:20

Edité le : 30-12-08
Dernière mise à jour le : 31-12-08


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