(Allemagne, 2006, 93 min.)avec : Sandra Hüller, Burghart Klaussner,Imogen Kogge…
Ours d'Argent de la meilleure comédienne Berlinale 2006
Interview:
Hans-Christian Schmid, à propos de Requiem(interview en allemand
)
Le trailer du filmSynopsis : Inspiré d’un fait réel, ce film raconte l’histoire de Michaela Klingler, une jeune femme déchirée entre sa famille, sa foi et la maladie, victime d’un exorcisme au début des années soixante-dix. A 21 ans, après avoir grandi dans une famille rigoureusement catholique, Michaela part s’installer à Tübingen pour y suivre des études de pédagogie. Son père la soutient dans cette quête d’indépendance, mais sa mère éprouve des sentiments mitigés et tente de protéger sa fille épileptique en l’enfermant dans un carcan d’interdits et de précautions.

Critique: En racontant dans « Requiem » l’histoire d’un exorcisme basé sur des faits réels, le réalisateur allemand laisse aux spectateurs une certaine perplexité néanmoins teintée d’émotions fortes. Le film possède indéniablement de nombreux atouts, des comédiens de grande qualité (mentions spéciales à Sandra Hüller interprétant Michaela et Imogen Koggen, sa mère dans le film), des décors très travaillés pour une reconstitution fidèle du début des années 70, un choix musical adapté et jamais superfétatoire. Hans-Christian Schmid se sert de tous ces éléments pour décrire prioritairement avec une minutie de maniaque un contexte étouffant dans un petit village d’Allemagne près de Tübingen, un carcan catholique qui détermine le moindre agissement et oppresse en définitive fondamentalement les individus. Michaela, jeune fille fragilisée, souffrante et fidèlement croyante sait qu’en entreprenant des études à Tübingen elle pourra s’affranchir des pressions d’une mère détestable pour goûter enfin, du haut de ses 21 ans, à un peu de liberté. Alors que « la maladie » de Michaela s’affirme progressivement par l’irruption de crises, ses contours demeurent toujours flous : s’agit-il d’un problème d’épilepsie, psychiatrique ou de possession ? Volontairement Hans-Christian Schmid ne répond pas mais joue d’ambiguïtés: Michaela est persuadé d’entendre des voix, ne parvient pas à toucher le christ en croix accroché au mur de sa chambre, pousse des cris de possédée se roulant par terre, tremblante. Elle se confie en priorité à un prêtre qui, après un revirement prend son cas au sérieux. Le retour de la jeune fille à l’intérieur de sa cellule familiale au bout de quelques mois, donne lieu à une grande scène de révolte, Michaela se venge de sa mère avec brutalité et convainc son entourage qu’un exorcisme est finalement nécessaire.
Si Schmid à ce stade ne peut éviter d’évoquer, les effets spéciaux en moins, « The Exorcist » de William Friedkin (1973), le manque de position sur le caractère hors normes des scènes auxquelles nous assistons, se relève assez gênant. Au même titre que « Requiem » est exempt de tout discours sur la foi, entendre les hurlements de Michaela en n’adhérant jamais à l’idée qu’elle soit ou non habitée par le démon peut apparaître dommageable. C’est en tout cas en comptant sur le fait que le spectateur accepte sans broncher la démesure d’un exorcisme pour décrire l’univers contrit d’une famille catholique allemande que « Requiem », peut alors gagner son pari et trouver l’adhésion.
Olivier BombardaBiographie : Hans-Christian Schmid est né en1965 à Altötting, en Bavière. Il étudie la réalisation de films documentaires à la HFF de Munich de 1985 à 1992. Boursier de l’atelier d’écri ture de scénarios de Munich, puis étudie l’écriture de scénarios à l’université de Cali fornie du Sud de Los Angeles. IL réalise en 1996 son premier long métrage, une comédie de générations, NACH FÜNF IM URWALD, avec dans le rôle principal Franka Potente, qu’il a découverte pour le cinéma, tout comme plus tard August Diehl et Tom Schilling. Ses films suivants, 23, CRAZY et LICHTER, reçoivent chacun un prix d’argent du cinéma allemand.


Critique: Tout le monde connaît ces tristes petits villages de campagne avec leurs maisons familiales bien ordonnées, dont les fenêtres sont masquées par d'épais rideaux. On connaît que trop bien ces villages et leurs habitants taciturnes pour lesquels le pasteur représente encore la plus haute autorité. Le metteur en scène Hans-Christian Schmid („Crazy“, „23“, „Lichter“) et son caméraman Bogumił Godfrejow sont parvenus à saisir cette étroitesse petite-bougeoise avec une pertinence presque douloureuse: même les prairies et le ciel sont d'un gris déprimant. L'esprit encombré par ces images et sa relation difficile avec une mère coincée, Michaela part faire ses études à Tübingen: un éloignement nécessaire tant ses crises d'épilepsie et d'angoisse étaient devenues fréquentes. Cette jeune fille, tourmentée par la haine qu'elle a d'elle-même, son aspiration à la liberté, son attachement profond au catholicisme et sa quête désespérée de sens, est si bien incarnée par Sandra Hüller, qu'elle fait partie, à n'en pas douter, des favorites pour l'attribution du meilleur rôle féminin.Le film s'inspire d'une véritable affaire d'exorcisme des années 70, lors de laquelle une femme trouva la mort. „Requiem“ n'est cependant pas un film sur l'exorcisme. Il s'agit plutôt d'un film à propos d'un monde parallèle qui durant les deux siècles derniers n'a pas été atteint par les Lumières, l'humanisme ou l'individualisme éclairé, et dans lequel des théoriciens du satanisme aussi dangereux que bienveillants -tel ce pasteur admirablement joué par Jens Harzer- peuvent continuer à raconter d'horribles histoires éculées de satanisme à des gens désemparés et sous influence. Les scènes d'exorcisme, toujours un peu outrancières, n'auraient d'ailleurs pas été nécessaires: le film laisse de toute façon l'impression durable que presque personne ne pourrait sortir indemne d'une exposition prolongée à ce mélange nocif de peur, de soumission servile et de superstition. A juste titre, "Requiem" ne s'arrête donc pas au moment de la mort par épuisement de Michaela -suite à une nouvelle séance d'exorcisme-, mais au moment où elle a atteint le point de non retour, persuadée qu'il lui faut rentrer chez elle.
Hans-Christian Schmid qui est né en Bavière à Altötting, lieu de pèlerinage, a réussi un film sombre et impressionnant, certainement parce qu'il sait de quoi il parle.
Thomas Neuhauser--------------
Requiem
(Allemagne, 2006, 93 min.)
avec : Sandra Hüller, Burghart Klaussner,Imogen Kogge…
Ours d'Argent de la meilleure comédienne Berlinale 2006
Sortie du 13 décembre 2006
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