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Du 7 au 17 février, l’équipe web franco-allemande en collaboration avec la rédaction du Journal de la Culture couvre en direct l’intégralité de la Berlinale.

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Filmfestival Berlinale 2008 - Compétition officielle - 01/09/08

Restless

Portrait d’un loser magnifique, Moshe, poète subversif exilé à New York, « Restless » aborde aussi la crise identitaire de tout un pays.

Drame opposant un père et son fils



Synopsis : Moshe est au bout du rouleau. Les nombreuses petites affaires qu’il gère à New York ne rapportent plus rien. Il y a vingt ans, Moshe était un écrivain de renom en Israël mais peu reconnu auprès du public. Déçu par l’armée, son pays, la violence et la vie conjugale dans lesquels il se sentait emprisonné, il partit pour l’Amérique abandonnant sa femme et son fils, Tzach. Celui-ci plein de haine pour ce père absent, sert maintenant comme soldat, un sniper d’élite, dans l’armée israélienne. Quand sa mère meurt, Tzach décide de contacter son père : la confrontation entre eux semble inévitable.

Le trailer du film

Critique : Sans prendre de gants, « Restless » commence par illustrer brutalement et frontalement son titre : « sans repos / agité » avec un coup de poing, de la violence brutale filmée caméra à l’épaule dans une arrière-cour sombre. Moshe, petit arnaqueur plein de bagout et d’amertume, est en train de se faire casser la gueule par des voyous payés par des clients mécontents. Cette galère pour Moshe c’est un quotidien entre petits trafics, verres de whisky, conquêtes d’un soir et humiliation permanente. Amos Kollek rend Moshe absolument imbuvable pendant la première demi-heure du film : ce type ment, jure, arnaque et montre son pire visage comme un permanent bras d’honneur au monde. Mais le cinéaste réussit pourtant son coup : spécialiste des losers, des êtres perdus et désespérés errants sur l’asphalte new-yorkaise « Sue perdue dans Manhattan » ou « Fiona », il donne peu à peu à son Moshe une vraie épaisseur, une vraie complexité. Scène après scène, Moshe commence à dévoiler ses failles au lieu de ne montrer que ses défauts. C’est un être blessé, en exil raté, qui a cessé de croire en tout y compris en lui-même.

Par l’intervention d’un de ces amis, patron d’un petit bar, ce loser pathétique devient une sorte de « Lenny Bruce » humoriste et poète subversif, qui déclame ses peines et ses griefs en vers à la face du monde paradoxalement conquis par tant de sincérité. D’ailleurs, le grand acteur Moshe Ivgy, impressionnant, soutient facilement la comparaison avec le Dustin Hoffmann du film de Bob Fosse. Mais, bien au-delà de ce personnage, le réalisateur parle de la crise d’identité de tout un peuple écartelé entre l’amour pour le pays et le soutien inconditionnel à une politique qui prône la défense par l’ultra-violence. Montrant la détermination de Tzach, plongé à 200 % dans son métier de snipper pour ne plus penser à sa propre vie, Amos Kollek, lui-même soldat de l’armée israélienne de 1965 à 1968, sait parfaitement ce dont il parle. Peut-être en fait-il trop quand il montre Tzach, pourtant soldat d’élite, tuant accidentellement un enfant qui joue au foot à côté de lui. Peut-être pas. De toute façon, il maîtrise et imprime avec virtuosité plusieurs niveaux de lectures à son film. Evidemment, Kollek fait monter la pression sur toute la fin du film sur cette rencontre potentiellement explosive entre le père et son fils et, inspiré, il s’en tire remarquablement bien. Avec honnêteté et compassion.

Delphine Valloire


Synopsis: Moshe est arrivé à New York il y a 20 ans, pour retrouver sa liberté et son indépendance. En quittant Israël, il a abandonné sa femme et son fils, âgé alors d'un an. Un jour, son fils Tzach -qui est devenu entre temps tireur d'élite au sein de l'armée israélienne- lui laisse un message sur le répondeur pour l'informer que sa mère est morte et qu'on l'attend en Israël pour l'enterrement. Il ne part pas, mais reçoit finalement la visite de son fils à New York.

Critique: Le père comme le fils ne tiennent pas en place. Ils errent sans cesse sur deux continents différents. Peut-être est-ce dû aux gènes, peut-être n'ont-ils tout simplement pas encore trouvé le port où ils aimeraient s'arrêter; peut-être même ont-ils peur de le trouver. Amos Kollek a rassemblé deux acteurs débordants d'énergie et dont la confrontation est explosive. Ainsi, la première conversation téléphonique avec son père a un tel impact sur Tzach qu'il appuie par mégarde sur la détente de son arme, tuant involontairement un garçon innocent. Indirectement, Mosche provoque donc la fin de la carrière militaire de son fils. Ce dernier se retrouve complètement démuni et désorienté, d'autant que sa mère est morte. Il décide de retrouver son père, mais une rencontre avec un tireur d'élite peut être fatale. La caméra de Virginie Saint-Martin, parvient à capter l'agitation intérieure des personnages et à la restituer, par ses perspectives et ses mouvements, la quête perpétuelle, l'instabilité, le mouvement incessant, l'absence de répit, et parfois, des instants de calme. Quand Tzach tient dans ses bras l'enfant qu'il a blessé, en espérant que l'hélicoptère arrive à temps, on assiste à une phase de repos. La caméra (embarquée dans un hélicoptère) s'élève et montre Tzach et le garçon depuis le ciel, entourés d'une vaste étendue déserte : la zone frontalière que doit surveiller Tzach. Au fur à mesure que la caméra s'élève, les deux personnages paraissent de plus en plus petits, de plus en plus perdus. Une transition brutale conduit ensuite les spectateurs dans la boite de nuit, le "Shimons", où Mosche déclame ses poèmes, d'inspiration bukowskienne, devant son public.

Après une dizaine de films mettant en scène des femmes de caractère, tel que la trilogie SUE, FIONA, BRIDGET, dans laquelle la muse de Kollek, Anna Thomsen, incarnait des personnages très différents, mais toujours marqués par une certaine fragilité, le metteur en scène israélien se consacre pour la première fois à des personnages masculins. « Il y a beaucoup de mes propres émotions dans le personnage du père et celui du fils », avoue Kollek. Le père de Kollek, Teddy, fut longtemps maire de Jérusalem. Ses enfants en ont souffert, car « la priorité de mon père n'était pas sa famille, sa priorité, c'était Israël. » Teddy Kollek est mort au début de l'année 2007, ce film lui est dédié. Evidemment, les femmes de caractère ne manquent pas. Mosche révèle tout son côté charmeur à l'égard d'une diva d'âge avancé (magnifiquement interprétée par Phyllis Sommerville), dont les trois époux sont morts, et dont les portraits règnent harmonieusement au-dessus du lit de la veuve. Il lui lave même les pieds. Mais, sa véritable muse, celle pour laquelle bat son coeur, c'est l'hôtesse de bar blonde, au tempérament résolu, qui a combattu en Irak pour l'armée américaine. Trouvera-t-il auprès d'elle le repos auquel il aspire?

Nana A.T. Rebhan
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Restles
Un film d’Amos Kollek
(Israël / Allemagne / Canada / Belgique / France, 2008, 100 mn)
Avec Moshe Ivgy, Ran Danker, Karen Young, Phyllis Sommerville…
Compétition officielle – Berlinale 2008

Edité le : 08-02-08
Dernière mise à jour le : 01-09-08