06/02/09
Retranscription du Chat avec Serge Gordey
Merci d'avoir participé à notre chat en direct avec Serge Gordey, producteur du webdocumentaire « Gaza - Sderot : La vie malgré tout ».
Bonsoir à toutes et à tous, nous avons le plaisir d'accueillir Serge Gordey, le producteur du web documentaire "Gaza-Sderot, la vie malgré tout". Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis le producteur délégué de Gaza-Sderot, ce qui veut dire que je représente ici l'ensemble de l'équipe. Producteurs Israéliens et Palestiniens.
Soizic: Avez- vous des nouvelles des gens que vous avez filmé à Gaza? Comment vont- ils?
Je suis en contact régulier avec mon confrère le producteur Palestinien Youssef Atwa. Les communications sont difficiles et lui-même a perdu le contact avec nos personnages.
Marcel : Comment vous est venu l'idée pour un tel projet ?
L'idée du projet est venue des longues réflexions communes d'Arte et de producteurs Israéliens et Palestiniens. Il s'agissait de mettre en présence les points de vue et les vies quotidiennes des uns et des autres.
Mouradb: Le reportage a t-il été filmé par vous même ? Il y a peut-être un malentendu, le reportage de ce soir est distinct du projet Gaza-Sderot qui, comme je vous l'ai dit, a été mené sur le terrain par des professionnels Palestiniens et Israéliens. Quant à moi, j'ai joué un rôle de coordination et d'animation de l'équipe.
Walter: Aujourd'hui, Barack Obama est intronisé président des Etats-Unis. Cela représente t-il un espoir de paix selon vous ? Un espoir pour les Palestiniens comme pour les Israéliens ? >
Ce qui est certain, c'est qu'après le résultat des élections présidentielles américaines on a énormément parlé tant à Gaza qu'à Sderot, de ce que sera la politique d'Obama. Mais, en général, on a surtout entendu beaucoup de scepticisme.
Yrtt14 : Comment pourriez- vous définir le projet « Gaza-Sderot : la vie malgré tout » ?
Pourquoi "la vie malgré tout" ? C'est parce que nous avons voulu montrer comment de jour en jour d'un côté comme de l'autre, on essaye de résister à une situation souvent insupportable.
Pierre Bezoukhov: Pensez-vous, pour avoir côtoyé la population palestinienne, que le Hamas exerce un régime de terreur et que les Palestiniens en ont peur? Est-il au contraire légitime?
Je pense que nos personnages se sont saisis de l'occasion qui leur était donnée avec le projet Gaza-Sderot pour dire ce qu'ils avaient sur le coeur. Mais dans leur humour souvent noir ou dans leur colère, on peut entendre qu'ils ne sont sans doute pas satisfaits de l'état des choses dans la société palestinienne. Ce qui est sûr, c'est que la situation où se trouve Gaza n'est pas la plus favorable à la vie démocratique.
DE: Werner Holt: L'issue de la guerre qui vient juste d'avoir lieu était tout à fait prévisible. Voyez vous, du côté d'Israël, d'autres motifs à cette guerre que des motifs électoraux ? Je ne peux intervenir ici que sur la base de ce que nous ont dit nos personnages et nos équipes. Peut-être y a-t-il eu une exploitation politique, mais ce qui est certain, c'est qu'il y a à Sderot une immense fatigue devant les menaces des "Kassams" lancées par le Hamas et une grande amertume devant l'impression d'être comme des laissés pour compte de la société israélienne.
Elise: Dans certaines vidéos de votre projet, d'un coté comme de l'autre de la frontière, tout le monde veut la paix. L'intensité des témoignages en est la preuve. Du coup, cette guerre parait presque absurde. Qu'en pensez-vous ?
Ce qui est sûr, c'est que lorsqu’on regarde aujourd'hui ce que les uns et les autres nous ont dit si intensément comme vous le remarquez, on ne peut manquer d'avoir le coeur serré et l'impression d'un grand gâchis.
Vincent: Pourquoi avoir choisi plus précisément la ville de sderot ? Est-ce le symbole en Israël du problème des roquettes ?
Sderot est une ville immédiatement voisine de Gaza et a eu pendant des années le "privilège" de se faire "arroser" par des tirs de Kassams. Et puis, Sderot est une sorte de symbole d'une ville oubliée par les milieux un peu favorisés de Tel-Aviv.
Félicien: Comment avez-vous choisi les gens pour tourner ces vidéos ? Sont-ils des volontaires ? Son-ils vraiment représentatifs ?
Le choix est le résultat d'un travail de repérage très important. De plus, nos équipes sont issues de Gaza et Sderot, elles connaissent donc très bien la situation locale. Donc, nos personnages ne sont sans doute pas "représentatifs", mais sont révélateurs de leurs sociétés respectives.
DE: Claudia: Vous êtes-vous vraiment interdit tout parti pris, toute subjectivité ? Avez-vous vraiment réussi à vous effacer devant les témoignages des uns et des autres ? Non, je pense qu'il y a eu beaucoup de sympathie entre nos équipes et leurs personnages. Par contre, le parti pris du projet était de mettre en présence les uns et les autres sans prétendre avoir un point de vue définitif ni donner des leçons.
Marco: Comment les personnages ont réagi a leur traitement dans le documentaire ? Se sont-ils vu ? Auraient-ils envie aujourd'hui de poursuivre l'expérience si cela était envisagé ? Pour ce qui est du côté palestinien, nous ne savons pas quelle serait leur envie. Du côté israélien, nous sommes toujours dans un rapport de confiance avec nos personnages. Nos personnages se sont vus, bien sûr, et aucun n'a souhaité quitter le projet pendant nos tournages.
Tchanko: Pourquoi votre confrère Youssef Atwa ne peut-il pas être là ce soir? Pourriez-vous nous rapporter sa vision des choses ?
Il ne peut pas être avec nous parce qu'aujourd'hui personne ne peut quitter Gaza. D'autre part, il estime que son devoir est de témoigner de ce que les habitants de Gaza ont vécu ces derniers jours. Il nous a dit qu'il peine à trouver les mots pour décrire la situation qu'il juge horrible.
Vincent: Que pensez-vous du format "web documentaire" ? Avez-vous trouvé un vrai format adapté au média web ?
Une telle série documentaire permet de suivre au jour le jour nos personnages, ce qui est passionnant. Et le fait d'être sur le web permet aux internautes de "naviguer" entre les sujets, ce qui est une expérience très enrichissante à mon avis.
Ali: Pensez- vous que les medias cachent des images troublantes ?? abdelkrimxxx: Quel est votre avis sur la situation des journalistes à Gaza aujourd'hui? tchanko: Justement, comment analysez-vous l'interdiction faite aux journalistes de faire leur travail dans des conditions normales?
Je ne crois pas qu'il y ait vraiment eu une pénurie d'images pendant cette guerre. Par contre, ces images étaient avant tout des images de guerre qui ne permettent guère de comprendre la complexité du conflit. Ce qui manque c'est la possibilité de réfléchir vraiment avec des images souvent brutes et suscitant surtout de l'émotion.
Christophe Al-Wahad: Pourquoi ne pas envisager aussi des Chats avec les personnages pour ajouter de l"interactivité au web documentaire ? Pourquoi pas, c'est une idée à envisager.
Charles: Pourquoi ne pas avoir choisi de sortir de ce faux parallèle Gaza - Sderot dont nous abreuvent les journaux télévisés ?
Tout d'abord, quand nous avons tourné à Gaza et à Sderot, nous étions un peu seuls. Quant au parallèle, je ne pense pas que le mot soit juste. C'est plus d'une mise en présence des uns et des autres qu'il s'agit.
DE:Claudia: Le fait d'être sous le feu des projecteurs a-t-il protégé ou plutôt exposé les personnages filmés ?
Protégé de quoi ?
DE:Moni Kornisch: Y a-t-il eu une rencontre entre les habitants de Sderot et ceux de Gaza? Car connaître, écouter l'autre, se parler, c'est le début de la réconciliation. Il n'y a pas aujourd'hui et il n'y a pas depuis des mois de possibilité de passage de frontière de part et d'autre. La rencontre n'est donc pour le moment que "virtuelle", sur Internet par exemple. Mais la vraie rencontre est difficile quand chacun est tellement préoccupé et envahi par ses propres malheurs.
Mathieu : Pourquoi avez-vous arrêté le tournage juste avant le début de la guerre?
Ce n'est pas nous qui avons décidé du déclenchement de la guerre. Par contre, il était prévu depuis le début que le projet durerait 2 mois.
Vincent: N'est-ce pas dur de se dire qu'une guerre aura été votre meilleure attachée de presse ?
Je ne suis pas d'accord avec vous. Je pense que ce qui a attiré après coup de nombreux internautes, c'est la possibilité que le projet Gaza-Sderot leur a donné d'entendre et voir ce que peut être la vie dans la région. D'autre part, au risque de l'immodestie, je dois vous dire que le projet a suscité beaucoup d'intérêt chez les journalistes, chez les professionnels de la télévision (prix Europa à Berlin, forte présence au festival du documentaire d'Amsterdam).
Abdelkrimxxx: Les conditions de vie en Israël sont nettement et je dis bien nettement supérieures à celles des Palestiniens >
Abdelkrimxxx: Pourquoi ne pas avoir fait mention des checkpoint israéliens; Pour un reportage sur les conditions de vie à Gaza je trouve cela très dommage.
Vous devriez mieux regarder les chroniques, il y est beaucoup question des dures conditions de vie imposées par le siège, et dans une chronique du début novembre on découvre comment une femme enceinte est interdite de traverser le checkpoint pour aller se faire soigner dans un hôpital israélien.
YaMINE FAYCEL: Je ne comprends pas pourquoi tous les médias utilisent le terme "guerre", le mot ne qualifie-t-il pas un combat entre deux armées organisées et contrôlées ? Je comprends votre point de vue, cependant, il s'agit bien d'un affrontement extrême même si les deux parties sont de forces inégales.
Gaza : Et aujourd'hui à Gaza? Est-ce que les Palestiniens veulent encore travailler avec les équipes israéliennes?
A vrai dire, les deux équipes n'ont pas travaillé "ensemble". Elles ont contribué chacune de leur côté à un projet mis en place par Arte. Je ne peux vous dire aujourd'hui comment les choses évolueront de ce point de vue.
Jonro: Que pensez-vous qu'Internet apporte au genre documentaire ? Tout d'abord, une grande liberté pour le spectateur de choisir son propre itinéraire dans les images et la possibilité de mettre en discussion ce qui est discutable.
Xans: Avez-vous envoyé votre documentaire au Hamas et aux autorités Israéliennes ? si oui quelles ont été leurs réactions ?
J'imagine que les autorités en Israël et à Gaza exercent une veille sur Internet. Mais je dois vous dire que nous n'avons pas reçu de message de leur part.
DE:GAutr: Le gaz dans la bande de Gaza a t il joué un rôle dans cette guerre ? Comme moyen de pression supplémentaire des uns ou des autres par exemple ?
Aucun de nos personnages n'a évoqué cette question.
Christophe Al-Wahad: A part ce web documentaire, quelles sont vos autres réalisations ?
Nos deux équipes sont très expérimentées, je vous invite à aller sur le net pour découvrir leurs "antécédents". Moi-même, j'ai beaucoup travaillé à des films dans la région, toujours en partenariat avec des professionnels locaux.
Jeanne: Que deviennent les gens qu'ont suivait sur http://gaza-sderot.arte.tv ?
Charles: Certains protagonistes de ce documentaire sont peut-être morts aujourd'hui. Une suite à ce reportage est-elle prévue ? Nous avons des nouvelles de nos personnages de Sderot. Ils sont restés dans la ville malgré les menaces des roquettes. Nous n'avons malheureusement pas de nouvelles de nos personnages Palestiniens. Peut-être l'accalmie relative nous permettra-t-elle de renouer des liens.
DE:Christof: Avez-vous d'autres projets concernant cette région ?
Mes partenaires ont beaucoup de projets que la nouvelle situation appelle. C'est trop tôt pour en parler.
Max55 : Avez-vous eu des problèmes lors du tournage ?
Nos équipes sont issues des deux villes. Elles savent remarquablement y manoeuvrer. Elles n'ont donc pas rencontré de difficultés majeures.
Ratoto: Croyez-vous qu'il y'ait une manipulation des médias quant aux images montrées sur le conflit à Gaza ?
Si vous parlez du projet Gaza-Sderot, il n'y a pas eu de manipulation. Pour ce qui est de la situation actuelle, la guerre est aussi une guerre d'images.
Merci Serge Gordey. Le mot de la fin ?
Est-ce que vous me permettez de dire à nos équipes à quel point nous pensons à elles et à leurs personnages ? Merci à tous et bonne nuit.
Edité le : 15-01-09
Dernière mise à jour le : 06-02-09