Presque tout le monde connaît le couple Don Quichotte et Sancho Pansa. Mais les deux fidèles compagnons de nos preux guerriers, le cheval et l’âne, ont-ils eux aussi été dotés de caractéristiques particulières par Miguel Cervantes, l’auteur ? Forment-ils eux aussi un couple plein d’antagonismes ? Questions posées à Susanne Lange, qui a traduit l’ouvrage vers l’allemand. Par leur aspect extérieur, les deux animaux correspondent évidemment à leurs maîtres : Rossinante est un cheval grand et maigre, alors que Rucio est petit et rondelet.
Les deux animaux, surtout Rossinante, adoptent leur propre attitude par rapport au comportement de leur maître respectif. Contrairement à Don Quichotte, Rossinante est la voix de la raison qui – dès qu’il se fait nuit, qu’ils n’ont pas de quoi manger ou qu’ils se trouvent près de leur domicile – cherche tout naturellement son écurie pour y trouver son avoine. Le cheval n’est pas vraiment convaincu des escapades et des idées chevaleresques de son maître. Il est pacifique et ne partage pas l’attirance de son maître pour l’aventure. Dans l’un des poèmes servant d’introduction au roman, Rossinante se permet même, avec Babieca, le destrier du Cid, de se moquer de la folie de son maître.
Don Quichotte, quant à lui, ne voit en Rossinante que le fier destrier. Il arrive que ce dernier doive prendre la place de Sancho Pansa, quand celui-ci n’est pas disponible. En effet, Don Quichotte a constamment besoin d’un interlocuteur, pour ne pas dire d’une oreille ouverte à ses monologue. Il arrive aussi qu’il fasse endosser à Rossinante la responsabilité de ses propres échecs.
Et Rucio ? Est-il lui aussi en opposition avec Sancho Pansa ?Non, absolument pas. On pourrait même dire qu’ils sont comme cul et chemise, de vrais complices. Sancho entretient avec sa monture un sentiment de grande proximité, qui est d’ailleurs presque plus fort que ce qu’il ressent pour sa femme ou pour son maître. La perte de Rucio est pour Sancho un vrai drame.
Que peut-on dire sur les noms « Rossinante » (« Rocinante » dans la version originale espagnole) et « Rucio » ?
Rucio n’est pas un nom propre, mais un synonyme affectueux pour « âne ». « Rocin » est le mot espagnol désignant une « vieille rosse », « ante » signifie « avant ». Lorsque Don Quichotte décida de devenir chevalier, il éleva également sa monture au rang de cheval de bataille, ce qu’il a voulu documenter par le choix du nom. En outre, le nom de Rossinante véhicule aussi la connotation de « rocin andante », qui en fait le cheval perpétuellement en mouvement, à voir en parallèle avec le « chevalier errant ».
images par Stefan Matlik






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