Les années 50 seront des années d’expérimentation au travers de courts-métrages, souvent d’inspiration littéraire, auxquels participeront ses amis des « Cahiers » : « Charlotte et son steak » en 1951 (avec Jean-Luc Godard dans le rôle de Walter), « Les Petites Filles modèles » en 1952, « Bérénice » en 1954 (Jacques Rivette est directeur photo et responsable du montage), « La Sonate à Kreutzer » en 1956 (toujours avec la participation de Jacques Rivette), « Véronique et son Cancre » en 1958 (avec la participation de Chabrol). Ces essais aboutiront au premier long-métrage d’Éric Rohmer, « Le Signe du lion », tourné en 1959, une année symbolique qui consacre la naissance de la Nouvelle Vague avec la présentation de films tels que « Les quatre cents Coups » et « Hiroshima mon amour » au Festival international du film de Cannes. Le film d’Éric Rohmer ne sortira que trois ans plus tard sans bouleverser le monde du cinéma et sans parvenir à faire vibrer un public conquis par les flamboyants Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Alain Resnais et François Truffaut. « Le Signe du lion », très théorique, applique en tous points le programme de la Nouvelle Vague ; projet à la fois cathartique et novateur qui permet à son auteur de prendre position, notamment en refusant les dynamiques d’un cinéma hollywoodien, en cherchant un équilibre entre cinéma classique et cinéma moderne, en phagocytant les cinéastes qu’il admire, tels que Murnau, Hawks, Rossellini, Hitchcock, pour élaborer une forme narrative discrète et subtile.
En 1962, Éric Rohmer fonde avec Barbet Schroeder la société Les Films du Losange qui produira la majorité de ses films et qui financera les œuvres de réalisateurs tels que Wim Wenders et Rainer Werner Fassbinder. En raison de divergences avec François Truffaut, Éric Rohmer abandonne en 1963 son poste de rédacteur en chef des « Cahiers du cinéma ». Il collaborera encore à la revue, mais il se concentre désormais sur son activité de metteur en scène. Les années 60 à 70 sont marquées par une série de réalisations pour la télévision scolaire dont une grande partie alimente la série « En profil dans le texte ». Éric Rohmer collabore également à la fameuse série « Cinéastes de notre temps », fondée par Janine Bazin et André-Sylvain Labarthe, en réalisant un portrait de Carl Theodor Dreyer et l’émission « Le celluloïd et le marbre » qui reprend le titre d’une série d’articles rédigés dans les années 50, dans lesquels il compare le cinéma aux autres formes d’art pour affirmer la position unique de l’art cinématographique. En 1962, Éric Rohmer entame son premier cycle, les « Six contes moraux » (1962-1972) qui lui vaut la reconnaissance du public et de la critique : en 1968, « Ma nuit chez Maud » révèle Éric Rohmer, tout comme par la suite « Le Genou de Claire » et « L’Amour l’après-midi » (1972) qui charment par un style entre sensibilité et ironie, porté par des dialogues très littéraires. Alors que les « Six contes moraux » mettent en scène des hommes qui ne savent pas saisir les occasions et qui hésitent entre plusieurs femmes, son deuxième cycle « Comédies et proverbes » (1980-1987) se concentre sur des femmes qui se battent et qui prennent des risques. Sur la différence entre les deux cycles, Rohmer déclare :
Chacun des films de cette deuxième série débute par un proverbe connu ou inventé. Avec une apparente désinvolture, Éric Rohmer y livre un portrait de société et y décline toutes les facettes de l’amour. Ce cycle rencontre beaucoup de succès auprès du public, avec des films tels que « Pauline à la plage » et « Les Nuits de la pleine lune ». Parmi les films de « Comédies et proverbes », « Le Rayon vert » remporte le Lion d’Or à la Mostra de Venise. Son dernier cycle, « Contes des quatre saisons » (1990-1998), s’attache quant à lui à des personnages confrontés à la solitude et à l’angoisse face au choix.
« La grande différence avec le précédent est que ce nouvel ensemble ne se réfère plus, par les thèmes et les structures, au roman, mais au théâtre. Alors que les personnages du premier s’appliquaient à narrer leur histoire tout autant qu’à la vivre, ceux du second s’occuperont plutôt à se mettre en scène eux-mêmes. Les uns se prenaient pour des héros de roman, les autres s’identifieront à des caractères de comédie, placés dans une situation apte à les faire valoir. »
Ces cycles sont interrompus par des films historiques et littéraires tels que « La Marquise d’O… » en 1976, « Perceval le Gallois » en 1978 ou encore « L’Anglaise et le Duc » en 2000 tourné en numérique. En 2003, Éric Rohmer tourne également un film d’espionnage intitulé « Triple Agent » qui suit le destin d’un général de l’armée tsariste réfugié à Paris en 1936. Fidèle à lui-même, le cinéaste ne se lance cependant pas dans le film d’action tel qu’on le conçoit, mais crée un film où « la parole est action ». Il confiera à « Libération » à la sortie du film :
Son dernier film, « Les Amours d’Astrée et de Céladon » – qui concourt pour le Lion d’Or au Festival de Venise 2007 – met en scène un roman pastoral du XVIIe siècle, écrit par Honoré d’Urfé. Ce film lumineux qui porte un regard lucide et amusé sur la nature humaine s’insère avec grâce dans l’Œuvre d’Eric Rohmer.« Je ne cherche pas à faire des films, plutôt une œuvre cohérente. Un par un, mes films sont plus critiquables, disons inégaux, que dans leur ensemble. Ils se soutiennent les uns les autres et ils gagnent à être rapprochés ».
Éric Rohmer est mort le 11 janvier 2010.







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