Le sud-est de Washington DC est dangereux. Tous les jours, de jeunes Afro-américains sont abattus par balles. L'organisation «Peaceoholics » est parvenue à ramener un peu de paix dans le quotidien violent des jeunes du quartier. Depuis 2004, Ronald L. Molten et ses amis organisent des réunions d'information sur le sida et les drogues, sur les possibilités de formations continues, et développent des programmes sociaux ; depuis peu, ils proposent même des ateliers sur l'énergie solaire et visitent les écoles et les prisons. Celui qui inspire et motive Ronald Molten à se mobiliser pour sa communauté, c'est Malcom X, son lointain parent et le compagnon de route de Martin Luther King Jr.
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« Mon rêve, c'est de vivre vraiment le rêve américain – avec des gens de toutes les couleurs qui s’assemblent, se respectent mutuellement, se regardent dans la glace et changent ce qui ne va pas. Nous avons déjà fait un bon bout de chemin. En 1963, alors que Martin Luther King a été arrêté et incarcéré, des enfants manifestent – sans leurs parents – dans les rues de Birmingham, Alabama pour réclamer l’abolition des lois ségrégationnistes. C’est que l’on a appelé la « croisade des enfants ». À l'époque, ils avaient déjà compris l’importance de l'éducation, car ils s’étaient battus pour y avoir droit. Ils avaient un but. Ils connaissaient leur histoire. Quarante ans plus tard, nos enfants sont largués. Ils veulent donner un sens à leur vie mais ne savent pas dans quel but. Ils ne peuvent se raccrocher à rien de positif qui les aide à s'épanouir et à trouver leur place dans la vie. Les drogues, les armes, sont partout. Sans aide, ils n'ont pratiquement aucune chance de sortir de ce cercle vicieux et ils commettent des infractions qu’on peut ensuite suivre à la télévision. Et puis il y a ceux qui savent et qui ne font rien – ou plutôt qui préfèrent fermer les yeux. À Washington DC, 50 % des élèves afro-américains ne terminent pas leur scolarité secondaire. La plupart arrêtent l'école après le collège. À Washington DC, un Afro-américain sur quatre a une MST, un sur seize est séropositif. Le droit à l'éducation est devenu un privilège. Malgré tout, je continue de rêver, comme Martin Luther King, que tous les hommes sont égaux. La réalité, c’est aussi que dans presque toutes les villes américaines, les habitants sont chassés des quartiers traditionnellement afro-américains, où le prix de l’immobilier et les impôts fonciers explosent. Le coût de la vie est trop élevé, et les possibilités trop limitées. Qui peut encore s'acheter une maison à 300 000 $ avec un revenu annuel de 19 000 dollars. Ma vie n'a pas été qu’un long fleuve tranquille. Moi aussi j'ai fait des bêtises. Mais ma famille m'a inculqué des principes. Quand je dérapais, je pouvais me raccrocher à ce que ma grand-mère m’a appris. En six mois, j'ai été capable de transformer 150 $ en 100 000 $. Mieux que ça : j’ai su positiver une situation défavorable, mobiliser une mauvaise énergie pour faire quelque chose de bien. Peaceoholics emploie 60 personnes, principalement des anciens délinquants, des gens qui autrefois faisaient partie du problème. La morsure du serpent se soigne avec un antidote, un venin qui vient lui aussi du serpent. Je ne suis pas amer envers la société. Je veux juste faire en sorte que nous puissions nous aussi réaliser notre rêve. Un rêve ouvert à tous. Un monde dans lequel Noirs et Blancs peuvent vivre ensemble. J'ai vécu presque six mois à Myrtle Beach et là, j'ai vu que les petits Blancs nous trouvaient super et voulaient être comme nous. Ils voulaient simplement être copains avec nous. Ils se moquaient du passé. Les gamins noirs s'en moquaient eux aussi – le passé, c'est le passé. Le simple fait d’observer ces amitiés naissantes m'a ouvert les yeux. On peut vivre ensemble. On peut repartir de zéro. Les anciennes générations se sont durcies. La nouvelle génération, elle, ne veut plus entendre parler du passé et de sa noirceur. »
www.peaceoholics.org
Ecoutez l'entretien (4'11'', en anglais)