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Actualité DVD

Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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Actualité DVD - 25/10/06

Route One, USA

Une pastorale américaine, inquiète et majestueuse, le long de la côte Est.

ailleurs sur le web

De Robert Kramer
(1989, USA, 4h)
Avec Paul McIsaac, Robert Kramer, Jesse Jackson…

2 DVD Editions Montparnasse, accompagnés d’un CD audio

Synopsis : Après dix ans d’un exil volontaire en Europe, le cinéaste Robert Kramer revient aux Etats-Unis, pays dont il fut naguère une figure majeure de la contre-culture et plus encore du cinéma indépendant. Pendant six mois, en 1987 et 1988, il entreprend un retour aux sources résolument personnel, descendant la route numéro 1 qui, sur 5000 kilomètres, longe la côte atlantique de la frontière canadienne jusqu’à la pointe de la Floride, là où se condensent toutes les strates de l’Histoire américaine.

Critique : Il ne faut surtout pas réduire l’œuvre de Robert Kramer à la case documentaire, tant elle dépasse ce que signifie aujourd’hui cette terminologie. Revoir aujourd’hui « Route One, USA », c’est constater le culot d’un cinéaste qui débute son voyage vers les USA, non à la douane de l’aéroport, mais par une juxtaposition de plans où on le retrouve passager d’un bateau, accostant en pleine nuit à Manhattan, comme l’aurait fait le capitaine Smith s’il s’y était trouvé en 1648, au lieu de s’établir à Jamestown. Voyageur et clandestin, Kramer revient dans un pays qui ne l’attend pas, un pays figé dans ses contradictions, mais qui continue de s’agiter frénétiquement et méthodiquement, qui avance sans vraiment savoir dans quelle direction. Kramer n’a pas son pareil pour filmer l’Amérique au travail, dans le détail d’une machinerie humaine en perpétuel mouvement. Des terrains vagues aux manufactures désertées, le commentaire du cinéaste opte pour une réflexion presque littéraire, du « slam » finalement pas si éloigné d’une autre voix off, celle qui parcourt les films de son compatriote Terrence Malick, lui-même contemplatif, érudit et inquiet.
Grâce au montage alterné, lorsque le témoignage d’un jeune prévenu issu d’une banlieue résidentielle ravagée par le crack se combine à celui d’un procureur livrant à la caméra la vision de sa petite maison près des bois, où il envisage une retraite douillette, Kramer évite l’ironie réductrice pour porter son œuvre vers une pastorale américaine et délavée. Il sait filmer et en fait usage, même quand il se trouve dans la rue caméra à l’épaule, au lieu de cochonner au nom du vérisme dont il se fiche, compte tenu de la matière foisonnante mise à sa disposition lorsqu’il se porte à l’écoute de tous les américains. Policiers, ouvriers, instituteurs, vagabonds, évangélistes, entrepreneurs ou capitaines d’industrie incluent leur témoignage dans une mosaïque hivernale. Par le biais de la figure du Doc, un personnage fictif filmé à la place de Kramer (idée habile et élégante), le cinéaste interroge ses propres choix et son parcours hiératique mais assumé. Au final, cette sarabande constitue à vingt ans de distance l’un des portraits les plus évocateurs de l’Amérique contemporaine. « Tous ces coraux font partie du même corps, un seul et même système digestif »… Telle est la conclusion équivoque d’un film de quatre heures où l’interrogation de l’espace américain parcouru d’inquiétantes natures mortes, de son système social et de ses communautés désunies se sera assimilée à une formidable rumination poétique.

  • Les bonus : Assemblé en 1990 lors du montage de « Route One », « Dear Doc » est une ciné-lettre adressée par Robert Kramer au comédien Paul McIsaac, ce Doc par le truchement duquel le cinéaste a entrepris son voyage, « un petit film de fiction où nos différences s’estomperaient ». Grâce à une alternance des rushes américains avec les plans des musiciens en studios, accaparés par l’enregistrement de la musique du film, et ceux enfin de la région parisienne où il s’est établi, Kramer livre un opuscule fragile (des images vues à travers le moniteur de la table de montage) à son récit de l’exil volontaire et des impossibles retrouvailles : « You can’t go home again » disent les américains. Cette lettre est d’ailleurs émaillée de longs silences, malgré l’hypothétique délivrance générée par l’achèvement du projet. Heureux qui comme Ulysse, après un long voyage… En bonus également, et pour la première fois, le CD de la musique du film, exécutée par des pointures telles que John Surman et Michel Petrucciani. Ce trésor aujourd’hui exhumé d’un jazz en quartet (percussions, contrebasse, piano et clarinette) distingué par son époque, la fin des années 1980, accompagne avec une texture ample et sûre les errances de Robert Kramer, tout en parvenant à se révéler autre chose que le support promotionnel des images, d’où la pertinence de cette édition discographique tardive.

Julien Welter


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Route One, USA
De Robert Kramer
(1989, USA, 4h)
Avec Paul McIsaac, Robert Kramer, Jesse Jackson…
2 DVD Editions Montparnasse, accompagnés d’un CD audio
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Edité le : 24-10-06
Dernière mise à jour le : 25-10-06