La pièce maitresse de la collection du Kremlin de Riazan, l'unique icône de la Mère de Dieu de Riazan, qui date du 13ème siècle, doit bientôt quitter le musée. L'historienne de l'art Irina Kusova ne cache pas son désarroi. La quasi-totalité des précieuses pièces d'exposition de ce musée, fondéil y a 120 ans, doivent être rendues àl'Église. 2500 objets quitteront ainsi à jamais les salles d'exposition. «Ils sont en train de piller et de ruiner la collection. Si ça continue, on n'aura plus rien », déplore Irina. Avec ses collègues, elle a fondéil y a trois ans le comitédes citoyens pour la protection du Kremlin de Riazan. Mais face àla puissance de l'Église, ils n'ont aucune chance de l'emporter. Les lettres ouvertes au Patriarcat et au Kremlin ainsi que les manifestations n'ont donné aucun résultat.
L'Église orthodoxe russe retrouve sa puissance
Suite àla Révolution d'octobre 1917, l'Église orthodoxe russe avait étédépossédée de ses biens par les Bolchéviques. Aujourd'hui, la tendance s'est totalement inversée. En offrant un grand nombre de privilèges àl'Église, l'ancien président et actuel Premier ministre Vladimir Poutine ne fait que renforcer sa sphère d'influence. La loi très controversée sur la restitution des biens religieux n'a pas encore étévotée mais depuis plusieurs mois déjà le processus est lancé. Et il concerne aussi bien les icônes et les fresques que l'immobilier ecclésiastique. L'Église orthodoxe russe, redevenue principale force idéologique depuis le deuxième mandat de Vladimir Poutine, gagne toujours plus en puissance. En retour, elle est entièrement dévouée à la politique patriotique du Kremlin.
Les musées russes s'inquiètent pour leurs collections
Peu importe que les objets qui doivent être restitués aient effectivement appartenu àl'Église avant la Révolution d'octobre ou qu'ils proviennent de collections privées. De nombreux bâtiments et pièces d'expositions devraient être concernés par cette nouvelle loi dont une grande partie des collections de la prestigieuse galerie moscovite Tretiakov ou le musée de l'Hermitage à Saint-Pétersbourg. Seuls certains monuments inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, comme la cathédrale Basile le Bienheureux, sur la Place Rouge à Moscou, resteront propriétéde l'état. L'ensemble des vieilles villes russes comme Riazan, Kostroma ou encore Zvenigorod vont perdre une partie de leurs trésors et de leur prestige. Six bâtiments du complexe culturel du Kremlin de Riazan ont déjà étérestitués àl'église. Une grande partie des archives du musée a été perdue et aucune compensation n'a été versée, ni par l'état, ni par le patriarcat de Moscou...
Vaines protestations des historiens de l'art et des employés des musées
Selon les directeurs de musées, l'héritage culturel national est en grand danger. Dans une lettre de protestation datant de février 2010, 150 experts culturels russes ont mis en garde le président Dmitri Medvedev sur les risques encourus par les pièces restituées car seuls les musées disposent des moyens technologiques permettant leur bonne conservation. Dans les cathédrales Vladimir et de Zvenigorod plusieurs fresques et icônes ont déjà détruites par la fumée des cierges et l'humidité.Les manifestations devraient se multiplier dans les hauts-lieux culturels russes, sans être relayées par les médias nationaux. Quoi il en soit, la loi sur la restitution des biens religieux à l'Église devrait en vigueur le 1er janvier 2011...
Masha Rodé pour ARTE Journal
Notre dossier
À CONSULTER
- La nouvelle typologie des liens entre l'état russe et l'église (Article IRIS)
- L'état autorise la restitution des biens religieux (Article Ria Novosti)
- Poutine accélère la restitution des biens religieux (Article Inforussia)
- L'église orthodoxe récupéra son patrimoine immobilier (Article Ria Novosti)l
- L'église orthodoxe récupère ses biens (Article + vidéo Russia today)
- Site journée internationale des musées







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