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ARTE Journal - Dossier - 04/03/10

Russie : le retour de l'art officiel ?

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En Russie comme dans le reste du monde le marché de l'art dicte ses tendances. Des biennales d'art contemporain prestigieuses sont organisées depuis 2005 dans la capitale russe. Ce qui ne veut pas dire que tout va bien pour l'art contemporain, bien au contraire. Non seulement l'art est régi par les lois du marché mais l'autocensure est de mise et seuls les "arts autorisés" ont le vent en poupe. La société, les milieux conservateurs et les autorités religieuses -très influentes ces dernières années - ont lancé une véritable croisade contre certaines expressions de l'art contemporain. Et surtout contre certains artistes jugés sulfureux, dangereux, subversifs. Magnifier la Russie, certes, mais pas question de la critiquer, de la tourner en dérision. Pas question non plus de pointer du doigt certaines réalités, un regard autocritique pourtant nécessaire à la bonne santé d'une société. En Russie, les artistes qui dérangent sont humiliés, tabassés, condamnés par la justice, les autorités religieuses ou les groupuscules ultra nationalistes. Sale temps pour la liberté..


L'attitude du grand public et des principaux directeurs des centres d'art reste très fidèle à la tradition, et parfois même à l'art de manipulation des masses. L'ex-conservateur du département d'art contemporain de la prestigieuse galerie Tretiakov, à Moscou,en a fait les frais. Andréï Erofeïev, éminent critique d'art et collectionneur, s'est fait licencier en juillet 2008. Motif : il aurait commis des " violations grossières dans la conservation du musée. Sa faute : avoir organisé plusieurs expositions d'art contemporain qui ont choqué la bienséance officielle russe. Il défraie la chronique en 2007 avec l'exposition sur le "Sots-art", un mouvement artistique soviétique apparu dans les années 70 pour tourner en dérision la propagande officielle. Le Ministre de la Culture de l'époque, Alexandre Sokolov, a qualifié l'expo de "honte pour la Russie". Plusieurs œuvres- jugées pornographiques dont une montrant deux policiers en train de s'embrasser- ont été censurées avant le départ de l'exposition à Paris. Et déjà la France ne disait rien sur cette violation avérée de la liberté d'expression. Cette année encore, les autorités françaises ignoreront superbement le cas Andréï Erofeïev, préférant mettre l'accent sur une exposition fort consensuelle, même si très belle, d'art ancien russe d'avant le 18ème siècle...

Et pourtant depuis dix mois, l'ex conservateur du département d'art contemporain de la galerie Tretiakov et Yuri Samodorov, l'ex directeur du Musée Sakharov, à Moscou sont au cœur d'un procès fleuve, attenté par 130 personnes et organisations dont plusieurs proches du patriarcat de Moscou. Leur faute : avoir organisé en 2007 une exposition dénonçant la censure et l'omnipotence de l'église. Ils risquent jusqu'à 5 ans de prison pour « incitation à la haine et dénigrement . Mais rien ne pourra entamer l'engagement d'André Erofeïev en faveur de l'art contemporain et de la liberté d'expression, persuadé que l'éducation, l'échange, le débat et non la peur, sont les remèdes à tous maux. Un entretien réalisé par Masha Rodé, correspondante d'Arte Journal à Moscou.
(Mascha Rodé, Claire Stephan, Arte Journal 02.03.2010)

Edité le : 01-03-10
Dernière mise à jour le : 04-03-10


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