De différents écrivains européens, chinois et du Proche-Orient parlent de l'importance de Schiller dans leurs pays
Schiller en IranInterview de Mahmud Doulatabadi, auteur, metteur en scène et comédien iranienNon seulement j’ai lu Schiller, mais je l’ai joué. Cela remonte à loin : Schiller a été traduit en persan il y a une cinquantaine d’années et c’est comme ça qu’on a pu voir ses pièces sur scène. J’ai été particulièrement impressionné par Guillaume Tell, où l’on retrouve ce mélange de courage, de précision, de sincérité et de persévérance qui m’a tellement ému.
Mais après la révolution islamique, les auteurs étrangers n’ont plus eu la cote en Iran. J’espère que les œuvres de Schiller seront rééditées un jour.
Schiller en ChineInterview de Xiao Kaiyu,auteur chinoisEn Chine, Schiller suscite la même vénération que Goethe, Shakespeare et Dante. Il est considéré comme un grand philosophe et on le cite volontiers. Récemment, Intrigue et amour a même été mis en scène en Chine. C’est nouveau, car jusqu’à présent, si on pouvait lire ses œuvres, il était rare de les voir au théâtre. Pendant longtemps, on est parti du principe que les grands auteurs européens faisaient partie de la culture classique, mais qu’ils n’avaient pas leur place sur scène ! Cela tient aussi au fait que la Chine a une longue tradition de l’opéra, mais pas vraiment du théâtre. La pensée esthétique de Schiller compte beaucoup pour moi.
Schiller en SerbieInterview d’Ildiko Lova,écrivaine serbe, vit en HongrieChez nous, on lit Schiller au lycée, tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu à la littérature le connaissent. Mais le 250e anniversaire de sa naissance passe plutôt inaperçu chez nous. En tant qu’auteur, on est amené à le rencontrer : quand on écrit, on s’interroge forcément sur des œuvres comme celles de Schiller. En ce sens, il est présent, indépendamment de son anniversaire. Mais ses pièces ne sont pas mises en scène.
Ma préférence va aux auteurs contemporains, Schiller ne me passionne donc pas vraiment, même si j’apprécie ses qualités, par exemple sa manière d’exprimer des émotions ou sa capacité à écrire sur les grandes questions existentielles. Les réponses qu’il donne sont intemporelles. Pour moi, c’est un auteur sincère : il a vécu ce qu’il a écrit.
Schiller en HongrieInterview de Katalin Budais, critique littéraire hongroise À l’école, tout le monde lit Schiller, ce qui, en tant que critique littéraire, ne peut que me réjouir : depuis une dizaine d’années, on commence à monter ses pièces de théâtre – souvent dans des mises en scènes réduites, ce qui est plutôt amusant. Imaginez Marie Stuart interprétée par seulement trois acteurs ! S’il y a eu un regain d’intérêt pour Schiller en 1989, l’année de la chute du Mur ? Non, pas vraiment. Il est considéré comme un dramaturge du romantisme. Les œuvres que je préfère sont Les Brigands et Marie Stuart, mais j’aime bien aussi ses essais sur l’esthétique. Sinon, je le connais surtout à travers les travaux de
Rüdiger Safranski.
Mais parlons un peu des classiques hongrois, on les connaît en Allemagne et en France ? Probablement pas. Il y a 10 ans, la Hongrie était invitée au Salon du livre de Francfort. Cela a nettement contribué à faire connaître nos auteurs dans l’espace germanophone. Mais nos classiques ? Ils sont davantage lus en Chine et en Allemagne. Vous connaissez Sándor Petöfi, János Arany, Mihály Vörösmarty et Imre Madách ?
Schiller en IrakInterview de l'écrivain Najem Wali Si on connaît Schiller en Irak ? Bien sûr, les classiques sont connus ! Certaines de ses œuvres ont même été traduites, notamment Les Brigands et ses poèmes, mais il n’est pas joué au théâtre.
J’ai fait des études de littérature allemande en Irak, j’ai donc lu Goethe et Schiller évidemment. D’une certaine manière, Schiller m’est plus sympathique, peut-être parce qu’il était plus bel homme ?! En plus, il n’était pas aussi élitiste que Goethe. Schiller est le poète de la liberté, voilà c’est ça, c’est probablement ce qui m’a le plus touché chez lui.
Schiller en Allemagne et en TurquieInterview de Feridun ZaimogluÉcrivain allemand d'origine turque Pour certains, votre écriture fait penser au pathos chez Schiller. Avez-vous des accointances avec lui ?À chaque fois que j’entends les noms des classiques – Schiller, Goethe – cela me rappelle le temps du lycée et je sais bien que je suis toujours sensible à Schiller : c’est la tempête, la passion, le Sturm und Drang, ce qui suscite vite le ridicule ! Aujourd’hui quand on parle de pathos, c’est toujours avec une pointe de mépris. Mais le pathos, c’est la volonté de ne pas se prendre trop au sérieux en tant que personne, et aussi l’envie de se surpasser. S’il y a un lien entre nous ? Même si j’ai l’ambition d’écrire des livres plus sobres, je n’échappe pas à l’écriture de livres enflammés ; en fait, je n’arrive pas à me sortir de la passion.
Y a-t-il une œuvre de Schiller qui vous tienne particulièrement à cœur ?Vous savez, j’ai de sérieuses lacunes culturelles ! Je confonds Schiller et Goethe pour le théâtre. Les brigands sont-ils de Schiller ? Oui ? Gagné !! Vous savez, des théâtres me demandent souvent d’adapter des œuvres classiques. J’ai adapté Shakespeare et Wedekind, et ça se passe toujours de la même manière : je ne connais pas la pièce avant de la monter. J’aimerais bien qu’on me demande de mettre en scène Les brigands de Schiller et le Faust de Goethe, mais à part ça, les classiques sont pour moi des noms, des grands noms, et quand un journaliste me compare à E.T.A. Hoffmann, Hölderlin ou Schiller, je me dis toujours « vas-y, souris, tu ne les as même pas lus. ».
Connaît-on Schiller en Turquie?Malheureusement, je suis mal placé pour vous dire ce qu’il en est en Turquie.je m’y rends en touriste, ma vie est ici, en Allemagne. Bien sûr, il y a des classiques en Turquie, comme dans n’importe quel pays, des œuvres qu’on cite en exemple, dont on prend ses distances comme le fait l’avant-garde, et dans ce cas, on a tendance à se référer plus volontiers aux classiques turcs qu’aux classiques allemands. Tout comme ici, nous sommes peu enclins à mettre Shakespeare en avant. Shakespeare est un génie, mais les Allemands que nous sommes lui préfèrent quand même Goethe.
En Turquie, les classiques sont surtout des poètes et des poétesses. La discipline reine, ce n’est pas la prose, mais la poésie.
Schiller en FranceInterview de René-Marc Pille Philologue à ParisAujourd'hui, les poésies de Schiller sont pratiquement inconnues en France. Certaines de ses pièces de théâtre sont encore jouées en France, mais pas toutes. Deux pièces reviennent le plus souvent à l’affiche : d'une part Les Brigands, car c’est cette pièce qui a rendu Schiller célèbre en France. Il lui doit même d'avoir obtenu la citoyenneté française pendant la Révolution. Ce fut un grand succès, mais dans une adaptation mélodramatique. L’autre pièce la plus jouée est Marie Stuart.
Si l’on ne se lasse pas de monter « Les Brigands » aujourd'hui , c’est parce qu’elle incarne l’esprit de révolte. Les jeunes générations la redécouvrent à leur tour, et pas seulement en France. Tout comme les nouvelles générations ne cessent de redécouvrir Rimbaud ou le jeune Brecht : Schiller et ses Brigands font partie de ces éternels rebelles
Propos recueillis par Angelika Schindler (ARTE, octobre 2009), Thomas Neuhauser a parlé avec René-Marc Pille en 2005.