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23/05/05

Schläfer

Un film de Benjamin Heisenberg


Une question taraude le jeune chercheur Johannes (Bastian Trost) : son nouveau collègue et ami Farid (Mehdi Nebbou) est-il vraiment un « agent dormant » du terrorisme islamique ?

(Allemagne, 2005, 1h40)
Avec Bastian Trost, Mehdi Nebbou, Loretta Pflaum, Gundi Ellert, Wolfgang Pregler

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Synopsis: Johannes (Bastian Trost) a quitté Berlin pour aller vivre à Munich, où le jeune virologue a obtenu une place d'assistant à la prestigieuse chaire du professeur Behringer (Wolfgang Pregler). À Munich, il se lie d'amitié avec son collègue Farid (Mehdi Nebbou), qui est d'origine algérienne. Mais bientôt lui viennent de premiers doutes sur la véritable identité de Farid, car les Renseignements allemands, qui soupçonnent son ami d'appartenir à une organisation terroriste, lui demandent de le surveiller. La compétition dans le travail et la rivalité des jeunes gens pour conquérir le cœur de Beate vont mettre sérieusement à mal le code moral de Johannes...

Critique: Les premiers plans du film « Schläfer » de Benjamin Heisenberg font l'effet d'une paisible balade dominicale d'une mère accompagnée de son fils. Les apparences sont trompeuses, car la charmante dame en tenue sport qui bavarde tranquillement dans un accent bavarois est en fait un agent des renseignements généraux qui use de tout un arsenal de ficelles psychologiques pour convaincre le jeune homme de se muer en espion, au nom de la sacro-sainte lutte contre le terrorisme international. Nous sommes au lendemain des attentats du 11 septembre, le gouvernement allemand vient de voter de nouvelles lois qui, mine de rien, tendent à effriter la législation garantissant la confidentialité des données et les libertés individuelles. Dans cette atmosphère trouble, la peur et le doute finissent par s'emparer de Johannes, même s'il repousse d'abord avec indignation la proposition qui lui est faite.

Johannes, un garçon discret et sympathique magistralement interprété par Bastian Trost, ne manque pas d'ambition, certes, mais il se fait aussi une gloire d'être un homme intègre et serviable que les problèmes de société ne laissent pas indifférent. À Munich où il est venu travailler, il habite chez sa vieille grand-mère, dont il s'occupe le plus naturellement du monde. Et avec Farid, son collègue originaire d'Algérie, il entend bien – et le fait très vite savoir à son nouvel ami – ne pas entrer dans une relation de compétition. Mais au fil de situations diverses, au bureau et dans le privé, le jeune cinéaste munichois montre comment, l'incertitude politique et sentimentale aidant, la perception du jeune chercheur commence à changer, et avec quelle facilité la peur, le doute et la méfiance peuvent se substituer à une insouciante amitié. L'esprit de compétition attisé par le professeur et la jalousie qu'il éprouve en amour font le reste.

Heisenberg montre rarement la tragédie sous forme de conflits notoires et flagrants. Le repli sur soi et la perte de valeurs constituent un processus lent et insidieux qui n'est pas systématiquement lié aux notions de culpabilité ou d'innocence. Et même l'aboutissement final de cette évolution négative, la trahison accomplie dans un moment de grande détresse intérieure, a quelque chose de très banal : le protagoniste garde le silence au lieu d'aider son ami et collègue en lui fournissant un (vrai) alibi. Fin observateur, Heisenberg connaît la fragilité morale de l'être humain sans pour autant la juger. Dans un bar, Johannes avoue à son ami Farid, comme s'il voulait excuser d'avance sa trahison : « Le pire dans la vie est qu'on peut comprendre tout le monde. ». Ce film parle d'un dilemme inquiétant de notre époque : tout est relatif, il y a les arguments pour et les arguments contre, tous présents à l'esprit au moment de la prise de décision : et voilà qu'au lieu d'un acte courageux, c'est l'impasse, la stagnation. Ce qui prime au bout du compte, c'est l'instinct de conservation nourri par l'incertitude et la peur. Et cette prière qui monte vers le ciel pour demander la rédemption. Bref, des perspectives peu rassurantes…

Martin Rosefeldt


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Schläfer
Un film de Benjamin Heisenberg
(Allemagne, 2005, 1h40)
Avec Bastian Trost, Mehdi Nebbou, Loretta Pflaum, Gundi Ellert, Wolfgang Pregler
Cannes 2005 - Un Certain Regard

Edité le : 21-05-05
Dernière mise à jour le : 23-05-05