Pionnier du manga en France, l’histoire des Editions Tonkam s’est bâtie sur une succession de challenges avant-gardistes. L’ambition de Tonkam a toujours été de partager sa passion avec le lectorat français en conservant rigoureusement l’esprit original japonais.
Tonkam est un précurseur dans beaucoup de domaines, nous avons par exemple été le premier éditeur à adopter une publication similaire aux versions japonaises (jaquettes et sens de lecture original). Nous avons aussi été les premiers à publier des versions luxes.
Si je devais retracer l’histoire des différents challenges de Tonkam cela donnerait à peu près ça : 1990 : Premiers Imports de Mangas au magasin Tonkam situé à Bastille, en plein cœur de Paris
1994 : Premier Manga en version française : Vidéo Girl Aï de Masakazu Katsura
1994 : Première Collection Seinen française avec comme premier titre Asatte Dance de Naoki Yamamoto.
1997 : Première Collection Shojo française avec comme premier titre Fushigi Yugi de Yuu Watase.
1997 : Première Cosplay de France organisé par Tonkam à Bastille, en plein cœur de Paris
2000 : Première Collection Yaoï française avec comme premier titre Zetsuai de Minami Ozaki
2002 : Première Collection Horreur française avec comme premier titre Spirale de Junji Ito
2003 : Premier magazine de prépublication de shojo mangas en France : Magnolia
Mang'Arte : Tonkam a deux antennes : la librairie et l’édition. Quel rôle joue chacun de ces pôles ?En fait, Tonkam aujourd’hui c’est un peu plus que ça. Il y a Tonkam Edition bien sûr, mais aussi Tonkam Distribution qui assure la diffusion et la distribution de nos titres en France et dans les pays francophones. Tonkam.com qui est un site éditeur mais aussi un site de vente par correspondance, et enfin il y a la librairie Tonkam.
Le rôle de l’édition est multiple. En premier lieu il y a la sélection des titres, la mise en place de collections, puis vient le travail de traduction et d’adaptation. Viens ensuite le travail de PAO, qui consiste à refaire le manga en version française : on retravaille les onomatopées, on nettoie le livre, on le peaufine et enfin on le transforme en version française. Une fois toutes ces taches accomplies, le manga part en impression puis c’est Tonkam Distribution qui prend le relais.
Le rôle de la librairie Tonkam (29, rue Keller à Paris) techniquement parlant, c’est d’être un point de vente spécialisé, mais son implication va bien au-delà. La librairie Tonkam, c’est avant tout la possibilité d’être en contact direct avec les lecteurs, de connaître leur opinion, leur point de vue et leur attente. Finalement, Tonkam Bastille c’est aussi une oreille à l’écoute de ce qu’attendent les gens. C’est pour nous le moyen de ne jamais nous éloigner de nos lecteurs.
Mang'Arte : Vous publiez « Tsuki Sélection », une collection consacrée aux dessinateurs de manga français. Pouvez-vous nous en dire plus ?Effectivement il y eu 2 volumes de Tsuki. Tsuki fut un hommage à une génération de fans de mangas qui ont souhaité passer de l’autre coté de la barrière. De lecteurs, ils sont devenus auteurs. Tsuki fut un coup de pouce que Tonkam a voulu donner à ces jeunes talents et nous avons la satisfaction de constater que ce fut le cas pour certains d’entre eux qui sortent leur propre album.
Mang'Arte : Vous publiez à peu près tous les genres de manga. Est-ce un choix commercial ou éditorial ?
Comme vous le savez, Tonkam est à la base de beaucoup de genres différents en France. C’est une résolution qui tient plus de la passion et de la volonté de démocratisation de ces œuvres en France qu’à une quelconque machine commerciale. Maintenant, le marché aujourd’hui est ce qu’il est ; de nombreux éditeurs nous ont rejoint et il est vrai qu’une nouvelle nécessité est apparue. Celle d’éditer aussi des titres plus commerciaux, mais nous voyons l’édition de ces titres comme un moyen de pouvoir continuer à proposer des titres plus « underground ».Enfin il y a une chose qu’il ne faut pas oublier, c’est ce qui fait un choix éditorial. Un titre commercial, c’est uniquement l’accueil que le public lui réserve et à ce titre, la popularité peut varier entre le lectorat français et japonais. Aujourd’hui, nous constatons que le lectorat français nous a fait confiance de nombreuse fois, lorsque par exemple nous avons décidé d’éditer Tezuka en France ou bien lorsque nous avons voulu éditer Hikaru no go.
Mang'Arte : Vous avez publié plusieurs œuvres d’Osamu Tezuka. Quelle est votre préférée ?C’est sans aucun doute MW, tout d’abord parce que je trouve l’ambiance qui s’en dégage tout à fait fascinante, mais aussi car cette œuvre m’as permis de découvrir l’autre visage de Tezuka et nous amène à se poser la question : Finalement, qui était vraiment Tezuka ?
Mang'Arte : Comment percevez-vous l’évolution du marché du manga en France ?
Le marché étant la rencontre de l’offre et la demande, cela dépend de la vision à laquelle vous faites allusion. Le manga est en pleine démocratisation et la demande s’intensifie. Cependant, elle ne parvient pas toujours à rejoindre l’offre qui apparaît comme exponentielle. Le manga est malheureusement vu par beaucoup de sociétés comme un eldorado commercial. Beaucoup d’éditeurs, notamment de bandes dessinées européenne ont diversifiés leurs activités afin de prendre une part de ce marché. Parallèlement à ça, de nombreux petits éditeurs passionnés montent leur maison d’édition afin de proposer quelques titres. De plus, on constate une prolifération des sorties chaque mois qui pourrait s’apparenter à une espèce de « course à l’armement ». Je pense malheureusement que dans un avenir proche, toutes ces maisons d’édition vont devoir se confronter à la réalité d’un marché dont l’élasticité de la demande n’a rien d’infini.
Propos recueillis par Nathalie van den Broeck et Emmanuel Raillard, janvier 2005






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