Après Tchernobyl, la première réaction en Occident a été de souligner la vétusté du parc nucléaire soviétique. La centrale ukrainienne n’était pas conçue, comme en France, pour résister à l’emballement, et son enceinte en béton était de mauvaise qualité. Pourtant, les pays occidentaux n’ont jamais été à l’abri d’incidents.
Nicolas Constans
Après Tchernobyl, la première réaction en Occident a été de souligner la vétusté du parc nucléaire soviétique. La centrale ukrainienne n’était pas conçue, comme en France, pour résister à l’emballement, et son enceinte en béton était de mauvaise qualité. Pourtant, les pays occidentaux n’ont jamais été à l’abri d’incidents.
En 1979 se produit aux États-Unis un accident que l’on croyait totalement impossible : le cœur d’un des réacteurs de la centrale de Three Mile Island, en Pennsylvanie, fond. Comme plus tard à Tchernobyl. Mais il n’y a pas d’explosion et l’enceinte de protection tient miraculeusement – les radiations émises à l’extérieur seront minimes. L’enquête a montré que les opérateurs en charge de la centrale avaient mal apprécié la situation, faute de données suffisantes, et pris de mauvaises décisions. Désormais, pour éviter qu’ils aient à analyser la situation, les opérateurs suivent un protocole prédéfini qu’ils appliquent en fonction des paramètres dont ils disposent. Plus que Tchernobyl, c’est Three Mile Island qui a réellement fait évoluer la conception de la sécurité nucléaire dans les pays occidentaux.
Réaction en chaîne
L’autre accident grave a lieu au Japon il y a sept ans, dans l’usine de traitement de l’uranium de Tokaï-mura, exploitée par une entreprise privée. Sous pression pour respecter des délais, une équipe décide de ne pas utiliser le récipient habituel lors d’une opération. Tout à coup, elle voit une lumière bleue. Une réaction en chaîne s’est déclenchée qui dure plus de vingt heures. Les deux ouvriers présents, très fortement irradiés, meurent dans l’année. Plusieurs centaines de personnes sont exposées à des radiations importantes et plusieurs centaines de milliers sont évacuées. Il ne s’agit pas véritablement d’une erreur humaine : les ouvriers ont appliqué une procédure décrite dans les manuels de l’entreprise, mais qui n’a pas été validée par les autorités. Depuis, le programme nucléaire civil japonais est sur la sellette.

- IPPNW
- CRIIRAD
Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité - Sortir du nucléaire
- ACRO
Association pour le Contrôle de la Radioactivité de l'Ouest

En France, l’incident le plus grave a lieu en 1980 à la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux, sur la Loire. Une partie de l’uranium fond et endommage durablement le réacteur. Plus près de nous, en mars 1999, un technicien est fortement irradié à la centrale de Tricastin, dans la Drôme, parce qu’il a pénétré dans une zone qui aurait dû lui être fermée – fait pour lequel EDF sera condamnée. En décembre de la même année, la tempête provoque ce que l’on estimait hautement improbable : une inondation de la centrale du Blayais, dans l’estuaire de la Gironde, qui met hors d’usage plusieurs dispositifs de sécurité.
Si ces incidents sont connus aujourd’hui, c’est avant tout parce que Tchernobyl a modifié le paysage de la contestation et que les anti-nucléaires ont poussé les pouvoirs publics à plus de transparence. Les mouvements pacifistes des années 1970 peinaient à formuler des critiques crédibles. Mais, en 1986-1987, la polémique sur le fameux nuage et ses retombées a favorisé l’émergence de centres d’expertise indépendants comme la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité. Autre conséquence de Tchernobyl : l’irruption de Greenpeace, au début des années 1990, dans le débat nucléaire français.
Plus récemment, au début des années 2000, on a assisté à la montée en puissance du réseau associatif "Sortir du nucléaire", qui diffuse l’information via son site Web.
Suite aux répercussions médiatiques de ces actions, l’État se voit parfois obligé de communiquer, voire de lancer des recherches. Cela a été le cas, récemment, à propos de la capacité des centrales à résister à une attaque terroriste ou à un séisme. Petit à petit, la filière nucléaire est passée d’un fonctionnement très centralisé, sous le contrôle étroit de l’État, à un système où les différentes missions sont exercées par des organismes indépendants les uns des autres. Ainsi, en 1998, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a été séparé du Commissariat à l’énergie atomique, afin que les recherches sur la sécurité soient distinctes de celles qui visent à développer les centrales.
Deux approches de la sécurité
Historiquement, en matière de sécurité nucléaire, il y a deux approches : la française, déterministe, qui essaie d’examiner tous les scénarios et prévoit des dispositifs de remplacement ; et l’américaine, statistique, qui évalue quels sont les accidents les plus probables. Aujourd’hui, les deux approches sont en vigueur mais leurs logiques s’opposent parfois. Ainsi, les exploitants de centrales voudraient ne retenir que les scénarios les plus probables afin de pouvoir assouplir les règles de sécurité.
Le calcul des probabilités se fonde pour l’essentiel sur des simulations sur ordinateur, certes élaborées mais qui manquent cruellement de données réelles. D’où le recours à des mini-réacteurs d’essais comme Phébus et Cabri, à Cadarache près de Marseille, centrales en réductions au 1/5000. Grâce à eux, depuis les années 1990, on comprend mieux pourquoi un réacteur explose et comment circule l’iode radioactif, un contaminant rejeté en masse à Tchernobyl.
En 1979 se produit aux États-Unis un accident que l’on croyait totalement impossible : le cœur d’un des réacteurs de la centrale de Three Mile Island, en Pennsylvanie, fond. Comme plus tard à Tchernobyl. Mais il n’y a pas d’explosion et l’enceinte de protection tient miraculeusement – les radiations émises à l’extérieur seront minimes. L’enquête a montré que les opérateurs en charge de la centrale avaient mal apprécié la situation, faute de données suffisantes, et pris de mauvaises décisions. Désormais, pour éviter qu’ils aient à analyser la situation, les opérateurs suivent un protocole prédéfini qu’ils appliquent en fonction des paramètres dont ils disposent. Plus que Tchernobyl, c’est Three Mile Island qui a réellement fait évoluer la conception de la sécurité nucléaire dans les pays occidentaux.
Réaction en chaîne
L’autre accident grave a lieu au Japon il y a sept ans, dans l’usine de traitement de l’uranium de Tokaï-mura, exploitée par une entreprise privée. Sous pression pour respecter des délais, une équipe décide de ne pas utiliser le récipient habituel lors d’une opération. Tout à coup, elle voit une lumière bleue. Une réaction en chaîne s’est déclenchée qui dure plus de vingt heures. Les deux ouvriers présents, très fortement irradiés, meurent dans l’année. Plusieurs centaines de personnes sont exposées à des radiations importantes et plusieurs centaines de milliers sont évacuées. Il ne s’agit pas véritablement d’une erreur humaine : les ouvriers ont appliqué une procédure décrite dans les manuels de l’entreprise, mais qui n’a pas été validée par les autorités. Depuis, le programme nucléaire civil japonais est sur la sellette.

- IPPNW
- CRIIRAD
Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité - Sortir du nucléaire
- ACRO
Association pour le Contrôle de la Radioactivité de l'Ouest

En France, l’incident le plus grave a lieu en 1980 à la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux, sur la Loire. Une partie de l’uranium fond et endommage durablement le réacteur. Plus près de nous, en mars 1999, un technicien est fortement irradié à la centrale de Tricastin, dans la Drôme, parce qu’il a pénétré dans une zone qui aurait dû lui être fermée – fait pour lequel EDF sera condamnée. En décembre de la même année, la tempête provoque ce que l’on estimait hautement improbable : une inondation de la centrale du Blayais, dans l’estuaire de la Gironde, qui met hors d’usage plusieurs dispositifs de sécurité.
Si ces incidents sont connus aujourd’hui, c’est avant tout parce que Tchernobyl a modifié le paysage de la contestation et que les anti-nucléaires ont poussé les pouvoirs publics à plus de transparence. Les mouvements pacifistes des années 1970 peinaient à formuler des critiques crédibles. Mais, en 1986-1987, la polémique sur le fameux nuage et ses retombées a favorisé l’émergence de centres d’expertise indépendants comme la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité. Autre conséquence de Tchernobyl : l’irruption de Greenpeace, au début des années 1990, dans le débat nucléaire français.
Plus récemment, au début des années 2000, on a assisté à la montée en puissance du réseau associatif "Sortir du nucléaire", qui diffuse l’information via son site Web.
Suite aux répercussions médiatiques de ces actions, l’État se voit parfois obligé de communiquer, voire de lancer des recherches. Cela a été le cas, récemment, à propos de la capacité des centrales à résister à une attaque terroriste ou à un séisme. Petit à petit, la filière nucléaire est passée d’un fonctionnement très centralisé, sous le contrôle étroit de l’État, à un système où les différentes missions sont exercées par des organismes indépendants les uns des autres. Ainsi, en 1998, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire a été séparé du Commissariat à l’énergie atomique, afin que les recherches sur la sécurité soient distinctes de celles qui visent à développer les centrales.
Deux approches de la sécurité
Historiquement, en matière de sécurité nucléaire, il y a deux approches : la française, déterministe, qui essaie d’examiner tous les scénarios et prévoit des dispositifs de remplacement ; et l’américaine, statistique, qui évalue quels sont les accidents les plus probables. Aujourd’hui, les deux approches sont en vigueur mais leurs logiques s’opposent parfois. Ainsi, les exploitants de centrales voudraient ne retenir que les scénarios les plus probables afin de pouvoir assouplir les règles de sécurité.
Le calcul des probabilités se fonde pour l’essentiel sur des simulations sur ordinateur, certes élaborées mais qui manquent cruellement de données réelles. D’où le recours à des mini-réacteurs d’essais comme Phébus et Cabri, à Cadarache près de Marseille, centrales en réductions au 1/5000. Grâce à eux, depuis les années 1990, on comprend mieux pourquoi un réacteur explose et comment circule l’iode radioactif, un contaminant rejeté en masse à Tchernobyl.







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