Polyfffonies!
La Francophonie a soulevé une polémique dont Amin Maalouf s’est fait le porte-parole dans Le Monde des livres du 10 mars, titré " Contre la littérature francophone " :
" Francophones, en France, aurait dû signifier nous ; il a fini par signifier eux, les autres, les étrangers, ceux des anciennes colonies... En ces temps d'égarement où les identités se raidissent et où l'universalisme est en perpétuelle régression, les vieux réflexes sont revenus.
Peu de gens auraient l'idée d'appeler Flaubert ou Céline francophones ; et même des écrivains d'origine étrangère, s'ils ne viennent pas d'un pays du Sud, sont vite assimilés à des écrivains français ; je n'ai jamais entendu décrire Apollinaire ou Cioran comme des francophones... J'ai passé récemment en revue une longue liste de noms pour tenter de cerner les critères qui régissent ce clivage. Ce que j'ai découvert, j'aurais honte de l'écrire. Même si je ne faisais qu'énumérer ces critères, je me sentirais souillé. Disons seulement qu'il y a là des subtilités discriminatoires indignes de la France, indignes de ses idéaux, indignes de ce qu'elle représente dans l'histoire des idées et des hommes... "
Ce terme peu flatteur est apparu comme un cloisonnement des identités post-coloniales. La France aurait-elle du mal à s’absoudre de son passé de colonisateur ?
Cette Francophonie là avait un goût d’exotisme, excluant les auteurs français. Aucun n’avait été choisi pour représenter l’hexagone. Un antagonisme étonnant qui évoque l’idée de satellites gravitant autour de la France. Un cabinet de curiosités peu amène à décloisonner les écrivains. La confrontation n’a pas eu lieu.
D’ailleurs Francofffonies avec trois F, qu’est-ce que ça signifie ?Le sigle FFF est-il une boutade ? Cette variation est un facteur de réduction supplémentaire, peu amène à rendre compte de la diversité des écritures et des identités. Alors, la Fédération française de foot ? de funk, de francophonie ?
Que de débats…
Parmi les débats faisant la part belle à la Francophonie, nombre d’entre eux s’attachaient à traiter aussi largement que possible des thèmes très variés. Plusieurs espaces étaient ainsi dévolus aux rencontres et aux confrontations d’idées : le forum des auteurs, la scène littéraire, l’agora, etc.
L’art de la nouvelle était évoquée, effleurée. Quatre nouvellistes chevronnés ou débutants racontaient des histoires, mais il y manquait le débat, l’échange d’idées sur la genèse des nouvelles.
L’engagement, la transgression ont été des thèmes phares, etc.
L’autofiction a été malmenée par des êtres narcissiques. Et évidemment, on retrouve les éternelles stars en goguette, Francis Huster, ou les chanteurs qui s’essaient à la littérature et les écrivains à best-seller, comme Marc Lévy dont la file d’attente encombrait à outrance les allées déjà bien remplies du Salon.
Mais le Salon du Livre c’est aussi le lieu de l’inattendu, de la rencontre avec l’anecdotique...
Salve de tarte
Bernard Henry Lévy entarté. La clameur rugissait, les vigiles accouraient avec leurs talkies-walkies. Les badauds étaient agglutinés, espérant apercevoir un BHL défait, retranché derrière le stand Grasset, ôtant les ultimes traces de crème. Bon élève, il a rejoint malgré tout son poste pour dédicacer, lorsqu’une deuxième salve de crème l’a atteint de plein fouet.
Noël Godin, porte-parole de l’Internationale pâtissière, entouré de ses complices levait les bras au ciel en un signe de victoire, immortalisé par les flashs crépitants.
Des "échauffourées" ont ensuite éclaté entre le staff de l'éditeur Grasset, les photographes, les "entarteurs" et les vigiles aguerris. C’en était trop, " notre philosophe national " s’est extrait de la foule et est reparti sous bonne escorte, ayant du mal à digérer sa septième tarte.
En bref…
Le Salon du Livre est un miroir aux milles facettes, morceaux reflétant la diversité de l'industrie du livre. C’est l’un des rares moments pendant lequel on peut découvrir quelques petites maisons d’éditions, étonnantes, aux démarches profondément originales. C’est aussi un lieu d’échange, dans lequel, l’amateur chevronné ou le curieux non averti sauront trouver leur bonheur, en sortant des sentiers battus. On y découvre sur les stands régionaux, par exemple, entre l'art de la choucroute et le point de croix, des livres qui se révèlent être de véritables pépites, éditées par des passionnés d’une générosité sans pareille.
Alexandra Morardet






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