Voyage à Uroshima
Fukuyama (Yôji)
Sakka / 9, 95 €
Alors qu’il descend d’un train en catastrophe pour rendre une carte tombée du sac d’une lycéenne, un quinquagénaire se retrouve en plan sur le quai, bloqué à Uroshima. Demandant des renseignements, il découvre médusé les mœurs de cette ville inconnue où tout le monde fait l’amour librement, avec n’importe qui, n’importe quand et surtout n’importe où ! Passée la surprise, il s’adapte rapidement à son nouvel environnement et part à la recherche de cette adolescente sur laquelle il ne cesse de fantasmer.
Uroshima mon amour, tel aurait pu être le titre de ce conte libertin qui démarre à la façon d’un épisode de la Quatrième dimension. Adaptation très libre et jouissive de Urashima Tarô, (histoire fameuse d’un pêcheur découvrant un royaume sous-marin paradisiaque) ce manga transforme les fantasmes érotiques en réalité s’amusant particulièrement des obsessions libidineuses que peuvent porter certains hommes mûrs sur les lycéennes en uniforme. Grivois et joyeusement polisson, l’auteur évite toujours le graveleux en imaginant des situations qui versent dans l’absurde et l’exagération en s’amusant de l’impuissance (au propre comme au figuré) de ce héros incapable de satisfaire sa dulcinée. Comme si le fantasme était voué à perdre toute sa magie dès l’instant où l’objet du désir se retrouve à portéede main et presque assouvi… A l’instar du très débridé Bienvenue à Gamurakan, le découpage classique n’empêche pas une mise en scène pleine de punch qui fait de ce manga un indispensable pour l’amateur de lecture nippone friponne. A réserver aux adultes avertis, comme on dit.
Les Vents de la colère t.1 (série en 2 tomes)
Yamagami (Tatsuhiko)
Delcourt-Akata / 8, 50 €
A la fin des années 60, Gen Rokkôji un lycéen oppressé par les valeurs traditionalistes familiales décide de s’émanciper. Il déniche un petit boulot dans une maison d’édition et se lie d’amitié avec le patron dont la fille est défigurée. Son état est dû à la terrible « maladie de Moiké » qui décima trente ans plus tôt un village du nord du Japon. Gen décide d’enquêter sur cette affaire devenue secret d’état tandis que la guerre du Vietnam s’envenime impliquant désormais le Japon, fidèle allié des USA.
Sorti en plein bourbier vietnamien et alors que la renégociation du traité de sécurité nippo américain provoquait des manifestations monstres dans l’archipel, ce manga n’est pas passé inaperçu lors de sa sortie au Japon. Attaquant sans ménagement les élites à la solde de l’occupant américain, l’inertie du peuple face à un pays fascisant qui abat les opposants politiques et couvre des affaires honteuses, Yamagami signe un brûlot qui dépasse le simple cadre de la politique-fiction. D’ailleurs, les milieux d’extrême droite ne s’y sont pas trompés et ont fait peser des pressions sur l’auteur et la maison d’édition incitant le mangaka à se consacrer par la suite au manga d’humour, avec un très grand succès par ailleurs. En résonance avec les grands combats de l’époque, cette œuvre militante capte toute la rage et les aspirations de cette génération née après-guerre et qui aux valeurs patriotiques et militaristes préfèrent substituer celles des droits de l’Homme, de justice et d’égalité. Rappelant parfois le ton sulfureux du magistral MWde Tezuka, Les Vents de la colère démontre la liberté dont jouissait les mangakas à cette époque de la part de maisons d’édition désireuses de conquérir un lectorat lycéen et étudiant politiquement engagé. Critiquant frontalement l’ordre établi derrière le paravent d’une série jeunesse très distrayante, Le Vent de la colère s’impose comme une œuvre historique à plus d’un titre.
Les mystères de Taisho t.1 (série en cours au Japon)
Toume (Kei)
Delcourt-Akata / 7,50 €
Au Japon dans les années 20, Maya une jeune fille introvertie au passé trouble se met au service d’un détective privé pour l’aider dans ses tâches quotidiennes. Accompagnée d’un chien borgne, elle ne tarde pas à lui donner un coup de main pour résoudre ses enquêtes…
De la chronique quotidienne de Sing Yesterday for me en passant par le dépoussiérage en règle du mythe vampirique dans Les Lamentations de l’agneau, Kei Toume glisse naturellement d’un genre à l’autre pourtant, on reconnaîtrait ses mangas entre mille. On retrouve ce même dessin caractéristique esquissé nerveusement au crayon et surtout ce personnage typique de jeune fille, secrète et presque sans attache qui fait son entrée dans la vie d’un personnage masculin à l’existence assez morne. Moins excentrique que la Haru de Sing yesterday for me, Maya lui ressemble pourtant par bien des aspects notamment dans les zones d’ombre de son passé, ses blessures familiales et sa solitude. Aussi même si on est habituellement peu client des récits à énigme dont la résolution est parfois expédiée un peu trop rapidement, les rapports entre le détective et son assistante donnent suffisamment de piquant pour faire de ce premier volume un honnête divertissement. Et le rebondissement final dû à un lapsus de Maya produit son petit effet, propulsant d’un coup l’histoire à la lisière du fantastique.
Kajô, la corde fleurie (2 tomes parus, série encore en cours au Japon)
Koïke (Kazuo), Mori (Hideki)
Delcourt-Akata / 7,50 €
Epoque Edo au Japon, un gigantesque sumotori connu par le passé sous le nom de Tamatsubaki, Hanatarô s’accuse d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Mais le chef de la brigade mobile, Heizô Hasegawa ne s’y laisse pas prendre et l’engage comme bras armé dans son unité pour lutter contre la pègre et enquêter sur différents larcins. Les pulsions suicidaires de Hanatarô n’ont pourtant pas totalement disparu et il suffit d’un rien pour qu’elles resurgissent.
Star du manga et scénariste de séries cultes mondialement connues comme Crying Freeman et Baby Cart (édité en France sous le titre Lone Wolf and Cub par Génération Comics), Kazuo Koike a imaginé un personnage dont l’apparence extérieure solide et imperturbable contraste avec la faiblesse intérieure. Victime d’un dégoût de la vie autant que de lui-même, il s’associe à Heizo Hasegawa, formant un couple atypique rappelant la relation père-fils développée dans Lone Wolf and cub. S’appuyant sur une solide documentation et sur des personnages historiques qui ont réellement existé (comme Heizô Hasegawa), cette fiction historique très documentée s’annonce passionnante et bénéficie comme d’habitude chez Akata, de notices explicatives bienvenues pour permettre une meilleure compréhension du récit. Le sumo, son histoire et ses règles n’auront bientôt plus de secret pour vous.
Strawberry Shortcakes
Nananan (Kiriko)
Sakka / 9, 95 €
Tôkô est une mangaka en vogue qui se remet mal de la rupture avec son petit ami surtout quand elle apprend que sa colocataire Chihiro fréquente depuis peu un garçon. Toutes deux peinent à s’épanouir, de même que Akiyo qui tout en se prostituant rêve en secret de vivre une vraie relation avec un garçon et Riko dont le cœur reste désespérément à prendre. Pourquoi le bonheur apparemment à portée de main se refuse-t-il obstinément à elles ?
Après Blue et Everyday, Nananan sonde une fois encore les bleus à l’âme des jeunes nippones à travers le portrait croisé de quatre d’entre elles. Dans une narration toujours aussi fluide, elle évoque avec sa sensibilité coutumière les tourments intérieurs de personnages insatisfaits de leur vie. La dessinatrice nous brosse leur mal de vivre qui s’exprime et se matérialise physiquement pour Akiyo dans une logique masochiste (qui accepte voir son corps martyrisé par quelques clients peu scrupuleux) ou pour Tôkô, tombant dans l’anorexie. Le mal-être de Riko et Chihiro est lui plus sournois et éclate parfois dans des gestes anodins magnifiés par la science du découpage et de l’ellipse de Nananan. Un coussin jeté contre une porte devient ainsi un geste d’une vraie intensité dramatique témoignant de la relation équivoque qui s’est progressivement instaurée entre Chihiro et Tôkô. Chez Nananan, la violence se fait toujours sourde et allusive, mais elle n’en est que plus étouffante. Un manga très émouvant par l’une des plus grandes narratrices du manga contemporain.
Happy Mania t.9 (série en 11 volumes)
Anno (Moyoco)
Pika Edition / 6, 95 €
Les affres amoureuses de trois copines Shigeta, Fuku-chan et Mari-chan, incapables de trouver l’âme sœur. Dans ce volume, l’ex de Shigeta, Takahashi ayant perdu la mémoire suite à une piqûre d’abeille (?) décide de se marier avec une provinciale grassouillette et émotive, ce qui met en fureur ladite Shigeta qui pour se venger se laisse séduire par le petit copain de Mari-chan, lui-même convoité par Fuku-chan. Tout est bien clair ?
Des histoires sentimentales compliquées, des quiproquos, des engueulades, des réconciliations, voilà les ingrédients classiques de cette série autour de jeunes urbaines très fashion. On y parle du célibat dans cette ville gigantesque qu’est Tokyo, mais ce pourrait être Paris ou Londres, de ces femmes qui flirtent avec la trentaine et désespèrent de rencontrer un homme digne de ce nom, tendre et affectueux, qui suive idéalement la trinité : jeune beau et riche. Evidemment, tout est dit sur le ton de la comédie, Mayoco Anno nous faisant sourire plus d’une fois voire franchement rire avec ses petites annotations au détour des cases. On apprécie Shigeta passionnée et expansive et ses amis dans leur façon d’incarner les paradoxes d’une génération désireuse d’indépendance tout en aspirant secrètement à construire un foyer, avec mari, enfant et petite maison individuelle « que l’on rembourserait sur 30 ans. Faut être réaliste… »
In the clothes named fat
Anno (Moyoco)
Kana (coll. Made In) / 12, 50 €
Une employée de bureau gironde subit les sarcasmes de son entourage qui la culpabilise sur ses kilos en trop. Elle accepte cette situation jusqu’au jour où elle apprend que son petit ami la trompe. Pour le récupérer et afin d’être enfin respectée, elle décide de maigrir coûte que coûte au point de tomber dans l’anorexie.
Avec ce one-shot, Mayoco Anno s’écarte de la comédie sentimentale façon Happy mania pour s’aventurer vers un registre plus dramatique. La mangaka y met en scène une héroïne qui entretient une relation complexe avec son corps. A la fois objet de dégoût contribuant à la dévaloriser et à la rendre manipulable et soumise aux yeux des autres, celui-ci est aussi une carapace rassurante qui l’aide à se protéger de la violence environnante. Pour Noko manger devient un acte mécanique pulsionnel et obsessionnel, un refuge pour l’aider à supporter les humiliations du quotidien. Mais son embonpoint est aussi une part de sa vie, de son histoire personnelle. Elle comprendra qu’en voulant maigrir à tout prix pour suivre les canons esthétiques qu’on lui impose, elle reniera ni plus ni moins qu’une part d’elle-même. Souvent d’un réalisme cru, le ton du récit se fait parfois plus léger et frise par moment la caricature à l’image des collègues de bureau écartés par leur hiérarchie et qui croupissent dans le sous-sol lugubre d’un immeuble. Visiblement plus à l’aise dans des sujets plus légers, Anno a au moins le mérite de poser des vraies questions sur la dictature de l’apparence qui gouverne aujourd’hui les relations humaines dans la société, au Japon et ailleurs...
Emerging (série achevée en 2 tomes)
Hokazono (Masaya)
Kurokawa / 7,50 €
Une épidémie s’abat sur Tokyo. Débutant comme un simple rhume, la maladie s’accompagne de fièvre et convulsions, les yeux se mettent à saigner, le corps se couvre de boursouflures, de nécroses, avant d’entraîner une mort foudroyante, spectaculaire et douloureuse. Tandis que la panique gagne, une course contre la montre s’engage pour identifier l’agent pathogène et stopper la contagion.
Voilà encore un récit catastrophique comme seule la bande dessinée japonaise peut nous en livrer à intervalles réguliers. Dans un pays qui a connu l’attaque au gaz Sarin de la secte Aum dans le métro de Tokyo, il est vrai que les Japonais sont sensibilisés à ce genre de sujet, à ces menaces invisibles qui planent autour de nous et créent parfois de façon irraisonnée la psychose. Alors que l’on parle régulièrement dans l’actualité de menaces bactériologiques, de maladies contagieuses (SRAS, grippe aviaire…), Hokazono joue avec l’attirail de nos peurs contemporaines pour les mettre au service d’un thriller médical musclé. Si on accepte le côté horreur comme la loi du genre, on regrette tout de même une dose de mauvais goût franchement déplacé (une des scientifiques entretient une passion pour le virus Ebola…) Du reste, on prendra aussi du recul en lisant la postface Hidehoki Nakahara « docteur en médecine » qui procède à des raccourcis historiques un peu hardis en soutenant que la déchristianisation en Europe occidentale et la fin de la Première Guerre mondiale furent respectivement la conséquence des épidémies de peste noire et de grippe espagnole …
Real (tome 5, série en cours au Japon)
Inoue (Takehiko)
Kana (coll. Big Kana) / 8, 50 €
Responsable d’un accident qui a entraîné la paralysie d’une amie lycéenne, un mauvais garçon vit mal sa culpabilité et tente de reprendre contact avec elle. En parallèle, on suit la vie d’autres personnages, handicapés de naissance ou victimes d’un accident, qui fédèrent leur force pour former l’équipe de basket handisport la plus compétitive possible.
A la fin de sa série fleuve Slam Dunk, Takehiko Inoue s’est fendu d’un remerciement pleine page paru dans les six plus grands quotidiens nationaux japonais à l’adresse de ses fans. Cela donne une idée du statut de cet auteur qui est parvenu à faire d’un sport obscur, le basket, l’un des plus prisés des gamins de l’archipel. Avec Real, c’est toujours de basket dont il est question à cette différence que les sportifs sont ici des handicapés. Il y applique en pro les recettes du shônen de sport, l’engagement, le dépassement de soi et la solidarité, sauf que tout prend une dimension supplémentaire puisque le courage sur le terrain n’est rien à côté de la volonté qu’il faut à ces ados pour accepter leur infirmité et supporter le regard de l’autre dans la vie quotidienne. Le mangaka transcende donc son sujet sans jamais en faire trop et s’attarde sur les moments simples de la vie comme le début maladroit d’une histoire amoureuse, les coups de déprime, le sentiment d’injustice, le désir de mordre la vie à pleine dent... Son style réaliste minutieux d’une extrême sobriété achève d’en faire une vraie réussite du genre.
Sommelier (3 tomes parus sur 6)
Araki (Joh), Kaitani (Shinobu),
Hori (Ken-Ichi)
Glénat / 7, 50 €
Joe Satake est un sommelier japonais de génie qui travaille dans un grand restaurant parisien. Capable de reconnaître la provenance et le millésime de n’importe quel grand cru, son talent suscite l’admiration… tout autant que la jalousie. Un député xénophobe le met au défi.
Chapeauté par Ken-Ichi Hori, grand œnologue nippon, Sommelier aurait pu être une très bonne surprise. Bénéficiant de son œil d’expert, le manga n’a pourtant pas les moyens de ses ambitions. Les vagues intrigues sont cousues de fil blanc et reposent presque toujours sur un schéma récurrent qui vise à mettre à l’épreuve la sagacité du sommelier. Fin psychologue, celui-ci n’a pas son pareil pour mettre à nu la personnalité de ses clients, suivant une devise toute personnelle qui pourrait être « dis moi ce que tu bois, je te dirais qui tu es ». Bref, malgré toute la bonne volonté des auteurs qui cherchent à démontrer que la consommation de vin est autant une affaire de goût qu’un art de vivre, on a tendance à s’intéresser davantage aux notes de bas de page qui parsèment l’ouvrage et dévoilent les mille et une richesses du vin, ces différents vignobles et cépages… Pas sûr malheureusement que cela soit suffisant pour faire sortir le secteur viticole français de la crise.
Avant la prison
Hanawa (Kazuichi)
Vertige Graphic – Coconino Press / 18 €
Tout en racontant l’histoire de la fille d’un forgeron fabricant d’arme dans le Japon médiéval, Kazuichi Hanawa nous parle de sa fascination pour les armes à feu.
Condamné à la réclusion pour possession illégale d’arme à feu, Hanawa a témoigné de son incarcération dans le curieux Dans la prison édité par Ego comme X (voir mang’actu mars 2005). L’auteur y décrivait avec une froideur et un détachement surprenant le quotidien de sa détention. Avant la prison, censé revenir sur les causes de son emprisonnement n’explique pourtant rien comme on aurait pu s’y attendre. Encore marqué par cette épreuve et la « honte » qui l’accable, l’auteur bifurque de son sujet et signe un récit abrupte et fragmenté mêlant son histoire personnelle à un récit fantastique imaginaire. Passant sans ménagement de l’un à l’autre, il imbrique les deux récits sans se soucier des transitions et comme si ces deux mondes devaient naturellement se combiner, ce qui n’est pas le cas. Si l’un renvoie à l’univers animiste de Tensui (deux volumes aux éditions Sakka, cf. Mang’actu mai 2005), l’autre, aux antipodes, raconte avec une précision maniaque comment Hanawa a restauré une arme de la Seconde Guerre mondiale, un Remington rongé par la rouille. Le mangaka fait l’impasse sur l’essentiel, ne raconte ni comment il a pris possession de cette vieille arme ni les circonstances de sa découverte qui ont conduit à son arrestation. Comme Dans la prison, Hanawa se perd volontairement dans des détails comme s’il refusait d’affronter la réalité de ce qui lui est arrivé. Visiblement plus subi que voulu, ce manga nous épargne l’écueil d’un témoignage direct invitant à la compassion ou à l’empathie. Mais il apparaît finalement comme le fruit d’une démarche un peu vaine et pas complètement réussie.
Ryota du Mandala (deux tomes parus)
Hatanaka (Jun)
Seuil (coll. Mangaself) / 13,50 €
Dans une petite station thermale, Ryota un lycéen au physique disgracieux vit dans l’auberge familiale du Mandala où se croise une faune bigarrée. Amants, geishas, yakuzas, tous viennent profiter des bienfaits des sources d’eaux chaudes, là où les corps se détendent et les mœurs se relâchent…
Cette série de la fin des années 70 récompensée par la Japan cartonnists Association en 1981 fit le succès de Jun Hatanaka. L’auteur prend pour point de départ une situation comique efficace en imaginant ce que pouvait ressentir un ado frustré en pleine poussée hormonale immergé dans un milieu particulier invitant à la luxure. L’humour joue la carte de l’exagération constante et les clichés vont bon train entre jeunes filles peu farouches ou frigides et garçons obsédés lubriques qui ont toujours une idée derrière la tête. Pas toujours subtile, cette série aborde cependant des sujets plus graves comme l’avortement et le viol en ridiculisant le comportement misogyne du Japonais moyen, en l’occurrence ici… très moyen.
Spirit of the Sun (tome 5), Tonkam. On en sait plus sur le passé d’un des personnages principaux de cette fresque, Misao Munakata qui participe activement à la refondation d’un nouveau Japon. Quinze ans plus tôt, son futur était pourtant bien compromis alors que son père ruiné par la crise était criblé de dettes et cherchait à fuir. Le tsunami qui décima sa famille et lava l’honneur de son nom fût pour lui l’occasion de prendre un nouveau départ. Les querelles de pouvoir avancent peu mais ce cinquième volume est toujours aussi prenant à lire.
On signale que Tonkam a profité de l’été pour achever l’édition luxe de Bouddha (tome 8), classique parmi les classiques à posséder obligatoirement dans sa mangathèque. On ne le répètera plus !
Pourquoi la société est-elle injuste ? Ki-itchi ne saisit pas toute la complexité du monde qui l’entoure mais ce qu’il sait, c’est qu’il veut faire payer tous ceux qui ont fait souffrir sa camarade de classe, Misato, prostituée par son père pour satisfaire la perversité de notables de la ville. Aidé de Kai, le cerveau et d’une petite équipe de télévision, il tente de faire éclater la vérité mais la tâche s’avère rude. Le salut viendra-t-il du père de Kai lui-même impliqué dans l’affaire ? Un septième volume toujours aussi dérangeant et qui présente un Japon déliquescent bien loin de son image d’Epinal. (tome 7, Delcourt-Akata, 7,50 €)
Coq de combat (tome 16, Delcourt Akata, 7,50 €), l’heure de la castagne est venue entre Ryo et « le Singe » qui vient d’abréger les souffrances de son ancien maître. L’issue de la lutte ne fait pas trop de doutes mais la mise en scène des combats de Tanaka est toujours aussi époustouflante. Du manga viril mais (in)correct.
Kimi wa pet suit son chemin, Sumiré part retrouver Hasumi à Hong Kong et fait connaissance avec une de ses collègues de bureau qui va lui faire une nouvelle fracassante : Hasumi serait père ! Pour les mordus de la série. (Kurokawa, t. 7, 6, 50 €)
Vous rêvez d’apprendre le B.A-BA du manga ? Manga Bible est fait pour vous. Réalisée par deux professionnels de la profession, Hiroyoshi Tsukamoto et Akihisa Mayama, cette pédagogie express prévue en trois volumes vous livre les bases pour réaliser un manga mainstream plus vrai que nature. De la création des personnages aux principales techniques narratives en passant par le matériel, l’ouvrage donne un florilège d’astuces et de conseils qui a cependant tendance à réduire l’art du manga à un simple savoir-faire. Reste qu’il intéressera à coup sûr les mangakas en herbe. (Soleil, 14, 95 €)
La guerre du Vietnam vue à travers des lapins, des chats, des pandas... Si Motofumi Kobayashi reprend à son compte le procédé du Maus de Spiegelman, la comparaison s’arrête là. Cat shit one fait état des différentes missions d’une petite unité américaine dans la jungle vietnamienne, mais le choix de le faire à l’aide d’animaux n’apporte absolument rien à son propos. Simple artifice, ce parti pris a même tendance à laisser indifférent le lecteur et plus gênant à déréaliser la guerre, un peu comme si l’auteur se contentait de jouer aux petits soldats. (Glénat, 6,50 €)
Mitsuru Adachi sera-t-il l’homme de la rentrée ? Ce grand nom du shônen s’est fait le spécialiste des triangles amoureux sur fond de rivalité sportive. Cette approche lui a permis de plaire aux garçons et de gagner aussi un public féminin touché par les atermoiements amoureux sans fin des personnages. Dans Touch, peut-être sa série la plus connue en France (diffusée en dessin animé dans les années 80 sous le nom Théo ou la Batte de la Victoire), c’est le base-ball qui sert de cadre à la rivalité entre deux frères qui se disputent le cœur d’une fille avant qu’un accident terrible ne vienne tout bouleverser (8 tomes parus chez Glénat). Rough (Glénat) quant à lui se déroule dans le domaine de la natation et Katsu (Pika) dans celui de la boxe. Son style graphique dépouillé et très reconnaissable pour son côté rétro sert des intrigues interchangeables. Malgré cela, sa narration soignée et son attachement à développer une vraie profondeur à ses personnages aident à maintenir l’intérêt du lecteur. Cela explique qu’Adachi soit devenu l’un des mangakas les plus populaires au Japon au même titre que Rumiko Takahashi, l’une de ses prestigieuses admiratrices. Un auteur à découvrir donc, par les jeunes et moins jeunes, d’autant qu’un nouveau titre H2 est sur le point d’être édité chez Tonkam. Cette série d’une trentaine de volumes prendra pour cadre à nouveau le base-ball et se concentrera –une fois n’est pas coutume- sur la relation, non pas de trois, mais de quatre personnages. On devrait vous en reparler.
Côté BD chinoise, on retiendra une série en couleur dans un format album franco-belge classique, Un monde idéal de Chen Weidong et Peng Chao qui met en scène un jeune looser qui manque de confiance en lui et s’imagine poursuivi par la poisse. Une oeuvre pour les plus jeunes, plutôt lente à s’installer, mais avec un anti-héros attachant. Parus chez Xiao Pan, 2 tomes/5, 10,50€)
Concis, pratique et accessible avec une belle couverture de Nicolas Nemiri en prime, Le guide des mangas (Bordas, 14,90 €) se propose de présenter 100 titres indispensables du manga classés en quatre grandes catégories : le manga pour adolescente, adolescent, adulte et alternatif. Même si certaines séries auraient mérité à nos yeux une double-page comme Lone Wolf and Cub, Golgo 13 ou Sing yesterday for me, l’ouvrage s’avère un outil précieux pour le néophyte désirant se constituer sa « mangathèque » idéale.
Puisque l’on est dans les guides, signalons aussi la sortie du Hors-série n°10 de Animeland qui fait suite à un Spécial manga référence, réalisé en 2003. Chapeauté par Bounthavy Suvilay, ce numéro met plus particulièrement l’accent sur la japanim’ en retraçant l’histoire des grands studios d’animation avant de livrer un aperçu des séries et films les plus remarquables de la production japonaise ainsi que ses grandes thématiques. Des portraits de mangakas et des genres du manga viennent compléter le tout. Passionnant, richement illustré et disponible pour un prix modique, à peine plus cher qu’un manga (8,50 €) !
C’est tout pour ce mois-ci,
Mata ne !
Nicolas Trespallé






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