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Venise 2004 - 09/09/04

She Hate Me

Un film de Spike Lee
Hors compétition

Synopsis: John Henry Amstrong, diplômé de Harvard en bio-tech et vice-directeur d’un trust pharmaceutique se fait virer pour avoir découvert des malversations financières et son compte en banque est gelé. Son ex-fiancée Fatima lui rend visite accompagnée de sa nouvelle petite amie Alex. Les deux femmes lui proposent un marché : elles le paient dix mille dollars pour se faire féconder. Coincé par le manque d’argent, Jack accepte le marché. D’autres lesbiennes viennent alors lui demander ses services. Entre le procès qui l’oppose à ses anciens employeurs et ses activités lucratives mais épuisantes de géniteur, sa vie devient très compliquée…

Critique : Spike Lee tire encore une fois à boulet rouge en plein dans le drapeau étoilé et ne rate pas sa cible : corruption des multinationales, guerre des sexes, procréation artificielle, hypocrisie rampante et ambition rapace à tous les étages. Devant « She Hate Me », la jubilation le dispute à la réflexion, réveillant des sensations déjà procurées par le cinéaste au meilleur de sa forme avec « Jungle Fever », « Malcom X » ou « Do the right Thing ». Les « business managers » incarnés par Ellen Barkin ou Woody Harrelson ressemblent à des piranhas habillés en Hugo Boss, maniant les discours duplices sur l’ « entreprise – famille » comme une arme de combat. Le héros se perd entre ses propres sentiments (honnêteté loyauté et amour) et son obligation sociale d’être un gagnant. L’élite qu’il représente (Harvard) le fait devenir un homme-objet : le géniteur idéal pour beaucoup de femmes, au lieu de le rendre libre.

Les idéaux empruntent aujourd’hui le mauvais chemin et trouvent des voies surprenantes se pervertissant jusqu’à devenir absurdes. John Henry Amstrong devient ainsi au même moment l’élément de destruction d’une entreprise en fraude et le père d’une dizaine d‘enfants qu’il a conçu avec des lesbiennes new-yorkaises contre rétribution, lors de scènes très « hots » mais totalement hilarantes. La tentative du cinéaste de décrypter cette nouvelle sexualité aux frontières plus que floues, ce mode de vie de ces nouvelles familles anti-conventionnelles, s’accompagne d’un respect sans faille : respect pour la sincérité des sentiments et pour la différence. Il mêle aussi la politique au sexe sans inhibition. Spike Lee utilise la métaphore de l’affaire du Watergate et le spectre de Nixon pour attaquer un autre homme. Dans une sorte de cauchemar, le héros voit les « hommes du Président » en caricatures sinistres jouer une comédie effrayante, le tout vu par un employé devenu victime, dans le parking du Watergate. La vision se termine par un fondu au noir avec en voix-off : « encore quatre ans ». Le message ne pouvait pas être plus clair. Voilà, Spike Lee essaie encore de bousculer les choses. Toujours avec cette même idée d’idéaliste borné, que si un film ne peut pas changer le monde cela vaut quand même le coup d’essayer. En plus d’être un équilibriste de l’élégance cinématographique, Spike Lee a encore la rage.

Avec « She Hate Me », il frappe fort et il frappe juste.

Delphine Valloire


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She Hate Me
(USA, 2004, 138 mn)
De Spike Lee
Avec Anthony Mackie, Kerry Washington, Ellen Barkin, Monica Bellucci, Woody Harrelson…
Venise 2004 – Hors compétition

Edité le : 08-09-04
Dernière mise à jour le : 09-09-04