Germaine BeaumontDes maisons, des mystères La Harpe irlandaise - Les Clefs - Agnès de rien Présentation de Hélène Fau Omnibus, février 06 25 € / 864 pages Si je devais… Postface : André Parinaud Préface de : Hélène Fau Le Dilettante, nov.05 192 pages / 14,50 € | ![]() |
La chroniqueuse
Journaliste, elle fait ses armes au « Matin » et participe au nouveau projet de revue lancé par Maurice Martin du Gard et Jacques Guenne, « Nouvelles littéraires ». Pendant cinquante ans, elle y tiendra des chroniques dénommées « disques ». Quelques-unes sont enfin réunies dans le recueil « Si je devais... » édité au Dilettante. Ces textes courts entre la chronique poétique et le billet d’humeur, « en prose cadencée » selon Antoine Blondin, traitent de sujets aussi variés et divers que les jardins, les personnages féminins dans la littérature, le tourisme, le livre jeunesse…
«La supériorité des ballons rouges sur les avions, c'est qu'ils ne vont nulle part. Grappes de Chanann dont la pointe est tournée vers le ciel, ils voyagent lestés du marchand qui les égrène dans de petites mains. Chaque enfant qui tient un ballon rouge est un enfant perdu.»
Les titres sont prometteurs laissant augurer de belles balades poétiques : « La plupart des gens s’ennuient », « Le Diable opère lentement », « La supériorité des ballons rouges » et sont déjà d’une saveur indescriptible. La dérision et l’humour sont accrus par un sens aiguisé de l’observation et servis par une plume métaphorique et surannée, égrenant les chapelets de mots et d’adjectifs. Germaine Beaumont fait preuve d’une fantaisie et d’une originalité plaisantes. Ces courtes chroniques, très fleuries au langage désuet, sont des friandises à déguster sans modération.
Romancière
Son premier roman "Piège" est publié en 1930. En 1934, auteur de cinq romans, Germaine beaumont intègre le jury du Fémina. Guidée par son « instinct des livres », loin des mondanités et du consensus, elle défend avec ferveur les romans qu’elle a aimés. Ainsi, elle défendra Patrick Modiano, Henri Thomas, Robert¨Pinget, Dominique Rolin, Marguerite Yourcenar. Elle claque la porte en 1945 et ne rejoindra les Dames du Femina que sept ans plus tard. La notoriété lui permet dans les années quarante de se concentrer sur l'écriture romanesque.
Saluée par la critique et le public, elle déploie des univers moirés, mystérieux, aux intrigues noueuses. « Des maisons, des mystères » regroupe trois romans aux consonances surnaturelles, écrits dans les années quarante.
Dans « La Harpe Irlandaise », Laura, une veuve aux aspirations poétiques, guidée par son instinct et l’apparition de son mari décédé, découvre La Jamoise, une maison abandonnée par de mystérieux propriétaires. Les secrets sont traqués et révélés. Les fantômes du passé réapparaissent.
Dans « Les Clefs », Frédérique Marshall, riche veuve achète une maison sur un coup de tête. La Jondraie, sur les remparts est vide depuis des années. Ses voisins, les anciens propriétaires, animés par une curiosité malsaine et une médisance exacerbée, l’observent, assoiffés de ragots. Recueillant Marie, la servante, harcelée par le fils de la maison voisine, elle se retrouve isolée, en proie à la malveillance d’une communauté influençable. Les secrets de famille pesants, sont révélés, dans un dénouement brutal.
« Agnès de rien », nous plonge dans un huis-clos étouffant. Agnès de Chaligny est envoyée par son mari Francis aux Fonts de Laumes, la maison familiale, pour obtenir de l’argent. Accueillie brutalement par un beau-frère qu’elle ne connaît pas, elle découvre peu à peu l’ambiance insulaire, l’ennui et le mensonge dans lesquels, sont plongés les habitants de cette demeure en décrépitude, entourée des ruines de l’ancienne fabrique. Alix et Carlo forment un couple en proie à la haine, soudés par le malheur tandis que la belle-mère reste invisible. L’histoire est moins hypnotique, bien que l’ambiance soit plus sombre et revêche.
Germaine Beaumont réussit à nous emporter dans des histoires pleines de suspens, menées par une plume enchanteresse, sensible et fortement attachée à l’expression des sensations. Les odeurs de bois vermoulu, d'humidité, les bruits, craquements des parquets usés, les grains de poussière dansant dans les rais de lumière filtrée par les persiennes déchirées, se matérialisent dans une grâce poétique.
Il n’y a pas de détectives dans ces histoires, mais des femmes solitaires emportées malgré elles sur la piste de lourds secrets de famille. Grande lectrice de romans policiers, Germaine Beaumont construit ses intrigues selon ces modèles. Celle qui disait « Je suis une maison hantée » s’attache à rendre ces demeures vivantes. Dépositaires du passé, elles gardent précieusement le souvenir des rires enfantins, des tissus des robes frôlant les chambranles, des odeurs de vieux livres, des douleurs et rancœurs ruminées. Cet univers teinté de fantastique, porte ouverte sur un autre monde est littéralement envoûtant. Une écriture à humer, formidablement enchanteresse, qui éblouit.
Alexandra Morardet






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