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Berlinale 2005 - Compétition - 18/02/05

Solnze

Un film d’Aleksandr Sokurov


Loin de dépeindre maladroitement Hirohito en s’évertuant à lui donner des reflets de sainteté, Sokurov a choisi de donner le visage de l’enfance et de l’innocence au Japonais.

Synopsis: Le 15 août 1945 au Japon, l’Empereur Hirohito exhorte l’armée et son peuple à mettre fin aux hostilités ; sauvant des millions de vies par son attitude, Hirohito nous donne une leçon d’humanité et d’Histoire…

Critique: A la suite de « Moloch » qui dépeignait la figure d’Hitler, puis « Taurus » consacré à Lénine, Aleksandr Sokurov réalise « Le soleil », un chapitre supplémentaire parmi les évocations de personnages historiques sombres à travers un moment clé de la vie de l’empereur du Japon, Hirohito. Fait notable, le cinéaste Russe et son acteur principal (Issey Ogata) se sont inscrits sans ambiguïtés en marge des règles sacrées interdisant une quelconque forme de représentation de l’Empereur considéré intouchable puisque Dieu vivant dans l’Empire du Soleil Levant.

En outre, le sort d’Hirohito relève toujours d’un débat très vif au Japon et les producteurs ont apparemment évalué très tôt le danger des probables mesures d’interdiction du film au Japon. Ils ont néanmoins laissé entièrement carte blanche au grand maître du cinéma russe qu’est Sokurov, sans doute par respect pour son Art mais encore plus certainement parce que l’artiste n’éprouvait que gratitude en la personne d’Hirohito : l’Empereur, en son temps, avait refusé l’idée d’une attaque militaire contre la Russie et, usant de son pouvoir politique pour exiger la rédition de son peuple lors d'une retransmission radiophique célèbre et sacrilège, avait sauvé une multitude de vies. Loin de dépeindre maladroitement Hirohito en s’évertuant à lui donner des reflets de sainteté, Sokurov, qui au passage admet l’absence de sources historiques conséquentes sur le sujet, a choisi de donner le visage de l’enfance et de l’innocence au Japonais.

Ainsi, l’acteur talentueux Issey Ogata précise les contours d’un homme excessivement solitaire mais également amusant et touchant de simplicité, de spontanéité, un homme timide dont la charge du pouvoir l’écrase et le rend profondément malheureux. Ainsi de manière quelque peu inédite dans « Solnze », Sokurov fait état de toute son humanité pour un homme décalé qui, de part la puissance de son statut, agit héroïquement presque « malgré lui » et avec un naturel déconcertant. Toujours dans le cadre d’une esthétique filmique magnifique dont s’échappent quelques saillies violentes et irréelles, à l’image des sensations verdâtres de « Moloch » et « Taurus », Sokurov parfait son expertise obsessionnelle du pouvoir qui façonne et détermine les hommes. Se livrant particulièrement dans « Solnze » à une exceptionnelle émotion, il produit une fois encore du très grand Art.

Olivier Bombarda
Solnze
(Le Soleil)
d’Aleksandr Sokurov
(Russie, Italie, France, Suisse, 110 min.)
Avec: Issey Ogata, Robert Dawson, Kaori Momoi, Shiro Sano, Shinmei Tsuji, Taijiro Tamura…

Edité le : 18-02-05
Dernière mise à jour le : 18-02-05